changement de la typo FreeSerif vers Cormorant Garamond, évolution de la taille de la police
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title: 14 novembre 2015
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date: 2025-09-18
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- Nanowrimo
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- attentats
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- relu
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Désœuvré hier soir, j'ai repris en main l'exemplaire de *Guerre con amore* mais ma lecture a été interrompue. D'abord par une panne électrique sur l'un de mes ordinateurs : j'en ai été très contrarié car j'ai investi de l'argent il y a deux mois à le réparer, argent et temps perdus, donc. Dans un moment de fébrilité, fébrilité dont j'ai oublié la cause, j'ai embroché une fiche jack de casque dans une prise USB. Cela a sans doute créé une surtension et mon ordinateur ne démarre plus. Je n'ai plus qu'un seul ordinateur portable en état de marche chez moi -- c'est-à-dire connecté à l'Internet --, situation quasi invivable. J'espère que c'est réparable. En tout cas, je dois passer du temps les prochains jours à remettre en service un très vieil appareil, que je ne pensais pas ressusciter si vite et auquel je n'envisageais de donner que des tâches subalternes.
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Ensuite évidemment, quelques minutes plus tard, après un repas rapide car tardif, cette péripétie domestique est passée au second plan. Comme tout le monde, j'ai été happé par l'annonce et le déroulé des tueries à Paris, et notamment au Bataclan dont je peux me représenter les lieux ayant assisté à un concert l'an dernier dans cette salle. Je me suis couché tard, *groggy*, sans aucun espoir d'un lendemain joyeux. Un sentiment d'indécence, même, à imaginer travailler encore, comme une culpabilité à compter le retard s'accumuler tandis que l'actualité prend le dessus sur tout. C'est cela *l'état d'urgence*.
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C'est en ces moments que l'on a envie d'écrire juste. D'employer les mots précis, d'éviter les tournures romantiques et les envolées. La sidération se dit, rester sans mot ne va qu'un moment, plus exactement : les balbutiements doivent trouver enfin à s'ordonner. Rien à voir avec vouloir ou devoir être intelligent. Plutôt prouver que la peur ne fait pas peur et que la terreur n'est qu'un fait, pas un principe. Un crime, pas un mode de vie.
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Il reste que recueillir ces premiers mots n'est pas vain non plus. Depuis hier soir, j'ai envoyé des messages et, ce matin, passé des coups de fil. Je voulais savoir quel pouvait être le rapport de mes « sujets d'enquête » -- de mes *enfants du siècle* comme je les appelle parfois (mais jamais dans mon rapport) – à une histoire si grave et si immédiate.
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Ruth m'a immédiatement répondu, nous avons échangé quelques messages :
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> Ce sont d'autres années de plomb, sans même aucun espoir politique derrière. On se rend compte que presque rien ne nous sépare de ces années-là, en temps je veux dire, nous n'avons quasiment connu aucune année de paix. Peut-être juste avant l'an deux mille. C'est la guerre frontale maintenant, mais je ne sais pas bien entre qui et qui. Il n'y a plus de frontière, ni en tant que zone de combat, ni en termes idéologiques ou politiques. C'est-à-dire des lignes distinguant des choix préférables pour la société, pas des choix délétères. Là, on l'impression d'une lutte entre deux suicides, il n'y a pas d'avenir. C'est ça, la terreur masque l'avenir, c'est le noir complet, horrible.
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Je la trouve très intello, ses mots ne sont pas des réactions, elle maîtrise. Même si la pensée n'est pas fouillée ou ordonnée. Je le lui dis. Elle répond.
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>Vous savez, moi et mon frère, mes cousins aussi, on a tous plus ou moins milité depuis le lycée. Un peu de syndicat étudiant, un peu de PS pour moi au début, plutôt des associations antifa pour mon frère. ATTAC aussi, des campagnes écolo bien sûr, tout un tas de trucs. Tout et rien peut-être, ce n'est pas à moi de juger -- enfin, quand je vois tous ceux qui ne font rien *du tout* sauf écouter France Inter ! Alors, les mots, les phrases, les oppositions, on les connaît, on sait les manier. Du moins les oppositions un peu classiques. Là, comme je le disais avant, ce n'est plus pareil. Mais il faudra trouver, il faudra bien trouver.
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Et Ruth poursuit :
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>On hérite toujours de pleins de choses, de faits comme d'idées, de croyances j'ai envie de dire : celle apprise au lycée, par exemple, qu'il n'y a plus de guerre depuis la seconde, que le monde connait une période de paix relative. Oui, à part la Corée, le Vietnam, l'Algérie, le Rwanda, la Palestine, l'Afghanistan, etc. Et on s'étonne ensuite ? En fait, peut-on parler de paix quand il y a des vagues d'attentats tous les dix ans ? La guerre a commencé je crois quand on a commencé à nous apprendre à l'école et dans les médias toutes ces conneries, que nous étions *préservés* et que les attentats étaient des *exceptions*.
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Je lui ai répondu en lui demandant si elle pouvait imaginer sa jeunesse si, par exemple depuis Pasqua, la France avait réellement intégrer dans sa vie politique et son organisation démocratique ce fait terroriste ?
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Sans l'avoir relancée, elle me répond légèrement de biais dans ce message ce matin :
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>Qu'est-ce qu'on a loupé ! On s'est laissé en tant que citoyens embarquer dans des débats à la con. On s'est laissé diminuer, on s'est laissé devenir insignifiants par le monde politique depuis quinze ans. Par la construction européenne, qui s'est enlisée dans des règlements de petite boutique, sans que rien d'important ne soit jamais discuté. Tout ce qui est important a été écarté et on a cru que c'était pas grave, qu'on avait le temps : l'écologie, la finance, les conflits au Moyen Orient, la pauvreté, tout ça. Hé bien, on se rend compte maintenant qu'on avait pas le temps, qu'il est trop tard. Même le printemps arabe, on en a pas reconnu l'urgence et la nécessité.
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> Sauf que maintenant, nous n'avons plus rien d'autre que la police et l'armée ! Plus aucun moyen d'influer sur le fonctionnement de l'Etat : trop tard, tous ces sujets ont été sortis du débat, ils ne sont plus *éligibles*. Nous n'avons plus démocratiquement notre avenir en main. Pas étonnant que nous devenions des cibles.
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Achille Matei m'a finalement rappelé il y a une heure, de chez son voisin. Nous avons discuté tant bien que mal en un mélange d'anglais et de français. Achille est sous le choc, me dit-il. Que ça se passe à Paris, surtout. Paris est un centre culturel et intellectuel important, la violence n'y a pas sa place. Mais Paris est devenue la capitale militaire de l'Europe depuis plusieurs mois, avec d'évidentes crispations autoritaires.
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>La prochaine étape est sans doute Berlin, ou Rome. La capitale du pouvoir, la capitale économique, mais aussi de l'accueil de migrants, comme Rome d'ailleurs, prophétise-t-il.
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Avec calme, il ajoute :
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> L'écosystème de la guerre ne cesse de s'agrandir. On ne peut pas être un pays vendeur d'armes et guerrier sans y entrer fatalement, tôt ou tard. Même les États-Unis l'ont expérimenté. Pour l'instant, la France a toujours pu, peu ou prou, trouver des raisons et des échos intérieurs aux attentats. Pas cette fois-ci."
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Et ceci :
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>Je serais cynique, je dirais qu'en France, lorsqu'il y a un socialisme qui n'est pas pacifiste, c'est la boucherie. Reprenez les livres d'histoire. Ce socialisme-là n'en est pas responsable *mais il en est un acteur*.
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>Non, je ne suis pas relativiste. Je ne souhaite aucunement l'effondrement de l'Europe et encore moins l'expansion du djihad. Mais je ne souhaite encore moins qu'avant être embrigadé dans un camp. Comme je vous l'ai dit, je suis agnostique en politique. Je suis aujourd'hui dégoûté, en plus. La politique, quand on veut l'imposer à son voisin, est synonyme de guerre et donc de morts. Une centaine ici, des milliers en Méditerranée, des centaines de milliers en Irak et en Syrie, etc. Les chiffres ne sont pas le problème. Et toutes les victimes sont équivalemment innocentes.
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Quand j'ai appelé Julie Besnard, elle était absente. Son mari m'a répondu et il n'a pas été très loquace :
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>Il faut leur rentrer dedans à ces connards, ou alors se désengager de là-bas. Vous savez, moi, j'ai vécu plusieurs années aux States : on peut discuter comme ça là-bas, le choix est entre on y va ou on reste chez soi. Y'a pas trop d'entre-deux, comme ici en Europe. Faut décider et puis après, ce qui compte, c'est l'unité nationale.
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Je l'interroge, Et c'est quoi l'unité nationale ?
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>Oui, je suis d'accord, c'est compliqué. Ne me prenez pas pour un fana du drapeau...
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Hier soir, assez tard, j'ai reçu d'Aurore une réponse à mon message. J'imagine qu'elle a veillé tard dans la chambre à Lariboisière, au-delà de la fatigue. Je me sens assez proche d'elle et comment dire, cette soirée l'a tenue éveillée, elle a dû se sentir encore présente au monde (le fameux *Monde comme il va mal*) grâce à la radio dans sa chambre. En lisant ces mots, je pense qu'elle a dû attendre avant de se précipiter sur sa tablette pour me répondre.
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>Pour vous donner mon sentiment tout personnel, je suis choquée, triste et en colère. J'ai toujours défendu, avec le Parti ou les assoss où j'étais, une autre voie, une voie pacifiste et humaniste. Aujourd'hui, nous avons deux ennemis qui luttent et dont les victimes ne sont jamais dans l'un de ces deux camps. D'un coté l'Etat Islamique (sans que la revendication de l'attentat soit encore établie, cela semble une évidence pour tout le monde), et de l'autre, un monde économique et politique qui pense pouvoir gagner une guerre contre une entité aussi indéfinie que "le terrorisme". Aujourd'hui, cette voie pacifiste est mise en échec et si je doute qu'on reproduise une guerre d'Irak *bis* (la France ne réagira pas de la même manière et tout à chacun s'accorde aujourd'hui à dire que c'était là une erreur à tout point de vue), nous allons néanmoins, c'est à craindre, vers des mesures placebo d'une part et des mesures militaristes ("appui militaire aérien", négociation avec des dictateurs peu recommandables, augmentation des budgets militaires... ).
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Et là, juste alors que je mets tout ceci au propre sans me soucier de l'utilisation que j'en ferai, mon logiciel de messagerie fait *ding* et à ma grande stupeur, j'ai comme un télégramme de madame Perón Fernandez, il est 17 heures pile :
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>On ne se rend jamais compte lorsqu'on change d'époque. L'homme marche mais sa tête traine longtemps en arrière -- seuls un tout petit nombre marchent les idées bien en avant mais ce n'est pas ici le propos. Pourquoi respirons-nous l'air du passé tout en foulant le sol présent ? Notre tête est farcie des récits de nos vieux, ce qui nous empêche de voir que l'époque est aussi tragique, grandiose et guerrière que la leur -- aussi dérisoire et ridicule tout également.
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>Vôtre,
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>Mercédès.
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Et encore, un copain :
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> La suite, eh bien, c’est une incroyable scène de panique de gens qui courent et crient dont je n’ai eu l’explication qu’au retour à l’hôtel : les attentats et une immense tristesse, une sidération.
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Et moi j'ai reçu à 17 h 54 un SMS, direction Lariboisière en urgence. Un taxi-moto et moi sur la selle fonçons par un itinéraire tortueux, évitant m'a dit le motard à la fois les mauvais carrefours et des coins pas faciles ce soir me dit-il. Je le sens, la soirée va être longue. Mais si je dois y passer la nuit, tant pis : Aurore respirera encore demain matin j'en suis persuadé. Et le soleil continuera la course.
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