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@@ -24,10 +24,10 @@ Nous sommes dans l'arrière-pays de Nice, en 2000, sur le terrain des sports d'u
Donc monsieur Michel Ponti, vous nous quittez aujourd'hui... Quand je dis nous, ce sont les gens rassemblés autour de vous aujourd'hui -- vos proches (je salue madame votre épouse qui nous fait le plaisir d'être présente), votre équipe, vos collègues bien sûr -- mais, et surtout !, aurais-je envie de dire : EDF, la grande famille EDF. Votre entreprise, notre entreprise, toute votre vie professionnelle jusqu'à présent -- et j'espère encore longtemps pour la majorité d'entre nous ! *(Rires.)* Mais pour vous, le départ vers une autre aventure professionnelle.
Monsieur Ponti, il me revient donc en tant que directeur de la direction régionale Rhône-Alpes -- faudra-t-il dire dans dans quelques mois : Auvergne-Rhône-Alpes ? -- de retracer les grandes lignes de votre carrière chez nous. Quand je dis "grandes lignes", vous avez deviné ma transition habile : vous êtes un spécialiste des câbles ! *(Rires.)* En 1995, lorsque vous postulez à EDF -- je me rappelle qu'il fallait dument dire *é-dé-eff* à cette époque ! --, c'est en tant que jeune diplômé des Arts et Métiers. L'entreprise terminait à l'époque le déploiement de la tension 230 (volts monophasé pour les intimes) et elle vous a accueilli comme ingénieur, les bras bien ouverts et cela bien que votre formation ne fut pas aussi standardisée que la majorité des jeunes recrutés.
Monsieur Ponti, il me revient donc en tant que directeur de la direction régionale Rhône-Alpes -- faudra-t-il dire dans dans quelques mois : Auvergne-Rhône-Alpes ? -- de retracer les grandes lignes de votre carrière chez nous. Quand je dis "grandes lignes", vous avez deviné ma transition habile : vous êtes un spécialiste des câbles ! *(Rires.)* En 1995, lorsque vous postulez à EDF -- je me rappelle qu'il fallait dument dire *é-dé-eff* à cette époque ! --, c'est en tant que jeune diplômé des Arts et Métiers. L'entreprise terminait à l'époque le déploiement de la tension 230 (volts monophasé pour les intimes) et elle vous a accueilli comme ingénieur, les bras ouverts et cela bien que votre formation ne fut pas aussi standardisée que la majorité des jeunes recrutés.
Il faut souligner le fait que vous avez suivi les cours du CNAM par correspondance, tout en travaillant dans l'entreprise paternelle et en élevant déjà, avec votre épouse, votre premier enfant, né en 1988. L'entreprise de votre père était une imprimerie, situé dans l'arrière-pays niçois, je me suis laissé souffler à l'oreille que votre père avait gardé avec l'Italie beaucoup de liens affectifs. ÉDF a donc, cette année-là, accueilli en son sein un jeune homme de 26 ans, valeureux, travailleur et déjà responsable. Serions-nous capables de faire cela aujourd'hui ? Je l'espère ! *(Rires.)* Je veux souligner aussi le fait que vous êtes un des premiers à opter pour le contrat de travail de droit privé, et non le fonctionnariat, ouverture qui commence à être possible en ce milieu des années quatre-vingt-dix. Qui serait capable de faire cela aujourd'hui ? Ah oui, ce n'est plus possible... *(Rires)*.
Il faut souligner le fait que vous avez suivi les cours du CNAM par correspondance, tout en travaillant dans l'entreprise paternelle et en élevant déjà, avec votre épouse, votre premier enfant, né en 1988. L'entreprise de votre père était une imprimerie, situé dans l'arrière-pays niçois, je me suis laissé souffler à l'oreille que votre père avait gardé avec l'Italie beaucoup de liens affectifs. ÉDF a donc, cette année-là, accueilli en son sein un jeune homme de 26 ans, valeureux, travailleur et déjà responsable. Serions-nous capables de faire cela aujourd'hui ? Je l'espère ! *(Rires.)* Je veux souligner aussi le fait que vous êtes un des premiers à opter pour le contrat de travail de droit privé, et non le fonctionnariat, ouverture qui commence à être possible en ce milieu des années quatre-vingt-dix. Qui serait capable de faire cela aujourd'hui ? Ah oui, ce n'est plus possible, il n'y a plus le choix... *(Rires)*.
Après de rapides passages dans différentes agences et services de Nice, vous montez à Lyon, au centre technique principal. Deux ans plus tard à peine, on vous confie la responsabilité technique de la maintenance sur les trois départements Ardèche, Drôme, Isère : vous n'avez pas 29 ans. Monsieur Ponti, ceux qui parmi nous ce soir ne vous connaîtraient pas très bien -- ils sont rares bien sûr -- savent désormais une chose : vous faites tout très vite, très jeune ! Enfant, études, travail, responsabilité, vous semblez vouloir tout avoir d'un coup -- là où des personnes comme moi par exemple feront les choses les une après les autres. Ma femme me le reproche assez ! *(Rires.)* Notez cependant qu'ainsi, on devient directeur... *(Rumeurs.)*
@@ -67,6 +67,8 @@ J'ai deux garçons, de vingt-sept et de vingt-deux ans. Ne riez pas, ils sont en
Je n'avais par prévu de dire tout ça, de faire un discours. Vous me connaissez pour la plupart d'entre vous. Ceux qui veulent des actions dans l'affaire, n'hésitez pas ! Mais en attendant, je vous invite tous à prendre ensemble le verre de l'amitié : « Le travail n'est pas tout », m'a dit un journaliste ce matin. Je suis bien d'accord là-dessus ce soir !
***
En rentrant à Paris, j'ai regardé attentivement les photos que Michel Ponti m'avait permis de reproduire.
Celle de Sócrates Ponti son père le pose en travailleur dans la cour de son atelier. De par et d'autre, un amoncellement de ferraille et de cartons, de carcasses de machine et de pièces. Un vélo est garé là. Derrière, non loin de portes à galandage, des boites en bois, des pots d'encre et des piles de longues et larges caisses plates, étiquetées entre la paire de poignées. Grotesque 16, Garamond 12, Peignot 24, ce sont des casses de caractères. Sócrates Ponti, cet imprimeur en bleu de travail, ne devait pas être toujours commode : l'homme parmi ses fers et ses bois a les bras écartés du corps, les mains à demi ouvertes en forme de pinces, sa jambe droite est en avant pour réaliser un pas, décidé, tandis que la gauche se ramasse pour projeter le corps massif en avant. Le godillot s'arrache de la boue, entraînant d'ailleurs un bout ou un tuyau. Un déséquilibre qui donne la force du portrait, un homme que rien ne va arrêter -- en tout cas dans les minutes qui viennent, il mourra en 2000 d'une crise cardiaque. Sous le bleu, un pull camionneur chiné aux manches retroussées laissant nus les avant-bras et arrondissant encore plus les fortes épaules. Une ceinture de cuir sangle le bonhomme à la tâche, la boucle bien sur le ventre, décidée. Les deux fermetures éclair des poches sur le plastron, ouvertes, semblent donner deux yeux à cette force du corps.