--- title: 22 novembre 2015 date: 2025-09-04 keywords: - Nanowrimo - relu --- Ce matin, je lance la vieille cafetière du bureau. J'ai mal un peu partout d'avoir mal dormi. Guillaume bouge et grogne sur le mince matelas à même le sol. J'hésite car je ne sais plus ce que c'est d'être jeune : se réveille-t-on à la simple odeur délicieuse du café ou bien quand vraiment quelqu'un nous met des coups de pieds au cul ? Je rallume mon ordi. Les tante et nièce Julie et Solange ont fait chauffé le scan,. Sur Twitter, j'ai plein de nouveaux amis s'inquiétant avec sollicitude pour mon sexe ou pour mon compte en banque. J'ai aussi, cette fois sur mon téléphone portable, à nouveau cette injonction : G.O.y.A, restez sur Paris ! Là je me réveille : ah oui, Goya. Et l'annulation du rendez-vous de décembre avec ma commanditaire qui tombe comme ça. Et pourquoi sa mort comme prétexte, comme opportune en fait ? Est-ce qu'un de mes gestes ou signes, hier ou les jours précédents auraient touché quelque fil sensible tout autour d'un domaine réservé, tout autour d'une zone à risque ? Et boum!, tout exploserait ? Aucun sens à une explosion, aucun sens à une explication entière et globale. Il m'est impossible par contre de ne pas me souvenir de mes sentiments d'angoisse les semaines passées, penché sur ce même clavier, les mêmes logiciels, le même téléphone, ces mêmes documents... Toutes ces recherches. La question n'est pas quoi mais qui Qui aurait pu, un moment ou à un autre, se *pencher* sur mon épaule ? J'avale mon café froid. Je lève la tête, quitte mon écran des yeux et commence un panorama de mon atelier, soudain miteux et misérable à mon esprit : qui est le rat, qui est la taupe, qui est le papillon, qui est la cible ? Je suis parti tout de même, laissant Guillaume s'occuper sur Paris. À Aurore, j'ai exprimé ma frustration et mes doutes. Elle a souri et m'a rassuré, bien sûr que personne ne m'a espionné, bien sûr que mon rendez-vous est simplement reporté et déplacé. Aurore a demandé ensuite à dormir, encore. Les médicaments l’assomment. Je l'ai embrassée, elle fermait ses yeux, très calme. J'ai ressenti une grande angoisse la voyant partir ainsi. Je suis moi-même en apesanteur : fatigue, excitation, déception, sentiment d'avoir raté quelque chose, qu'un truc est parti de travers, sur un aiguillage de traverse. Et sentiment que bientôt une autre époque est à vivre pour moi, sans boulot et peut-être même sans Aurore. Cette histoire pourrait être courte et ne pas voir 2016, sans avoir le temps d'en faire un roman, ou peut-être à la Françoise Sagan : vite, vite avant l'accident. Je grimpe dans un taxi, vite à mon atelier, je donne l'adresse. L'état d'urgence nous presse, l'impression que nous ne verrons pas janvier. -- Ouh là !, s'exclame le chauffeur de taxi. -- Quoi ? -- Je vais faire un détour, vous savez ? -- Pourquoi ? -- Il y a plein de rues bloquées à partir d'aujourd'hui, rapport à la COP 21. -- Ah oui. Vous me conseillez de faire quoi, alors ? -- Sincèrement monsieur, allez-y à pied ou avec un collègue à moto, ce sera mieux. -- Ok, merci. C'est pas si souvent... -- Bof, c'est des journées foutues pour nous, vous savez. Alors, bon, j'en profite pour avancer dans mon livre. -- Ah, et vous lisez quoi ? -- Non, j'écris, monsieur ! -- C'est bien, ça ! Et vous écrivez quoi, quel style de livre, quelle est l'histoire ? -- Bah, un roman d'espionnage... L'année dernière, j'ai fait un défi d'écriture pendant tout le mois de novembre. Et depuis, je peaufine, je complète, j'étaie. Je raye aussi, beaucoup. -- Oui ? Et c'était quoi ce défi ? Entre potes ou entre collègues ? -- Vous fréquentez pas trop les taxis, vous, ça se voit. Des taxis qui écrivent, hé ben j'en connais qu'un et c'est moi ! Le défi, je l'ai fait tout seul. 50 000 mots en un mois ! -- j'ai fait 60. Ça s'appelle le National Novel Writing Month, c'est américain. Renseignez-vous, ça doit encore se refaire cette année ! -- Super, je très heureux d'avoir fait votre rencontre. Il y a quelques mois encore, je vous aurais proposé de faire votre portrait pour un journal : j'étais journaliste. -- Vous écrivez vous aussi alors ! Et maintenant, vous faites quoi ? -- Au chômage je crois. Depuis hier... -- Bon alors, bon courage ! Allez tout droit par cette rue et empruntez le passage couvert, ça sera plus simple. -- Bonne journée ! -- Bonne journée collègue ! Je suis parti d'un bon pas, ma mélancolie dispersée comme des feuilles au vent d'automne -- j'écrirais un bouquin, je pourrais mettre pleins de formules comme ça, très écrites. C'est dans ces moments-là que je regrette d'être un handicapé de la poésie : je ne connais aucun poème par cœur pourtant j'imagine comme cela doit être puissant de pouvoir s'en réciter en marchant dans la rue un jour comme celui avec mon humeur présente, et ces feuilles qui roulent. Moi, c'est des chansons que je connais, ça remplace un peu la poésie. Mais là encore, j'oublie toujours des phrases ou des strophes. *C'est une chanson qui me rappelle...*