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2024-08-22 21:28:45 +02:00

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<title>Rechampir, l&#39;édition. - Martin, au bout de la cigarette </title>
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<h1 class="page-title">Martin, au bout de la cigarette</h1>
<p>Oui, bien sûr, il y a eu un premier soir. Mais on ne le sait pas. Ce soir devient le premier parce qu&rsquo;il y en a eu d&rsquo;autres après, un deuxième, un troisième. Après, les soirs font vite la semaine et bientôt tu perds le compte, tout a changé. D&rsquo;autres habitudes se mettent en place, celle par exemple de téléphoner « je rentre. » Ça fait quinze jours ou trois semaines. Tu arrives, tu poses ton sac dans l&rsquo;entrée et pas directement dans la chambre. T&rsquo;es comme un invité. Tu programmes la machine à laver, tu laisses dans un coin du frigo ton casse-croûte pour le dimanche soir, quand tu repartiras avec le linge sec.</p>
<p>Tu ne rentres pas chez toi, tu vas voir ta femme et tes enfants qui habitent une maison où la vie s&rsquo;est organisée sans toi. Il y a pourtant des moments délicieux ces jours-là, crois-moi ! On se retrouve, on joue, on s&rsquo;aime. Mais quand même, le cœur se pince. Et puis avec l&rsquo;habitude, il ne pince plus autant.</p>
<p>Alors oui, il y a eu des premiers soirs. Peut-être un de ceux où tu fumes une cigarette dehors dans le jardin. Il commence à faire vraiment nuit. Les nuages s&rsquo;amassent mais laissent encore voir la lune. Il pleuvra demain, alors la lune est belle à prendre comme un cadeau. Un tout petit morceau d&rsquo;exceptionnel et aussi une permanence, elle qui survivra aux nuages et à la pluie. On se dit je pourrais partir maintenant. Là, tout de suite. Tu es à trois mètres de la porte de la maison et tout près du portail. Tout glisse comme ça, tu es déjà parti. Voilà. De toutes petites choses.</p>
<p>Mais il y a aussi un appel immense et permanent à prendre la route, depuis longtemps tu le sais ! On baigne dedans, on le respire avec l&rsquo;air, et puis soudain une émotion submerge. Face à la mer, à l&rsquo;horizon, dans une photo, à l&rsquo;intérieur d&rsquo;une musique, dans la phrase d&rsquo;un livre, au bout d&rsquo;une cigarette. C&rsquo;est l&rsquo;oxygène, la liberté qui nous montre de quoi on dépend, de ce à quoi on a dit oui. La liberté nous dit ce qui nous fixe. Rares sont ceux qui savent faire les bons nœuds d&rsquo;attache.</p>
<p>Moi, je me dit que la fin de l&rsquo;usine a coupé tout. Mais ce n&rsquo;est pas entièrement vrai sans doute. J&rsquo;avais déjà répondu à l&rsquo;appel du monde. Et si tu ne retournais pas au travail demain ? Qu&rsquo;est-ce que ça changerait ? Pour qui finalement ? Il y a mille autres façons de passer son temps, d&rsquo;aimer et de vivre. J&rsquo;ai beaucoup discuté de tout ça avec Guillaume. Et nous voilà partis.</p>
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