ôter les = de l'ancien prébalisage TEI
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@@ -31,11 +31,11 @@ Et il m'a pris à l'écart :
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Et je suis parti en lui clouant le bec comme ça. Je n'ai même pas cherché à me faire payer. Mais le comptable m'a rattrapé après et il m'a donné mon salaire. « Tu sais, ça change. » Quand ça arrange, vous savez faire, j'ai conclu, et l'autre, là ? – Bah , que veux-tu...
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« La solidarité n'existe plus » m'a dit un jour un ami, Jacques, qu'est costaud sur ces questions. C'est vrai. C'est presque plus facile de penser aux Chinois qu'à son voisin de travail. Tant mieux en un sens, tu vois Maghlout ?, on est libre aujourd'hui de choisir ses amis au moins. Voilà, maintenant je vis comme ça.
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Ma maison est blanche. Un camping-car parmi des caravanes, tous garés sur ce terrain au bord de la rocade. Le soir, lorsque je reviens chez moi, la bretelle de l'autoroute surplombe le camp un bref moment. Je vois ces cubes blanc cru sous le petit ciel orange des lampadaires. Des jouets qui ne seront jamais peints et qu'une main d'enfant aurait disposé là en cercle, en rangées, en colonne. Un enfant préfère construire le jeu et souvent le délaisse ensuite. C'est dans la tête qu'un enfant joue et moi je vis dans la tête d'un enfant qui joue.
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Les villages anciens avec leurs toits gris, groupés autour de l'église, des deux écoles, du monument, du jeu de boules, du cimetière et des trois ou quatre bars, tout est oublié. Rien de tout cela chez nous. Une forme changeante, coulante, un flux. *Here today, gone tomorrow=*. Alors je range mon camion parmi les mobiles et les caravanes des femmes tatouées, des barbus et parmi ceux que les gens appellent les manouches – par manque de mots. Ils collent ce mot-là sur tous ceux qui voyagent, qui parasitent, les sans-attache, les traitres, les aboule-fric, les hors-sens, les demeurant-partout.
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Les villages anciens avec leurs toits gris, groupés autour de l'église, des deux écoles, du monument, du jeu de boules, du cimetière et des trois ou quatre bars, tout est oublié. Rien de tout cela chez nous. Une forme changeante, coulante, un flux. *Here today, gone tomorrow*. Alors je range mon camion parmi les mobiles et les caravanes des femmes tatouées, des barbus et parmi ceux que les gens appellent les manouches – par manque de mots. Ils collent ce mot-là sur tous ceux qui voyagent, qui parasitent, les sans-attache, les traitres, les aboule-fric, les hors-sens, les demeurant-partout.
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Qu'importe si j'en suis pour les gens : ils ne sont pas les gens.
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Moi je suis un prédateur. Je suis redevenu un prédateur après la fermeture de Promenade. Je suis redevenu celui qu'étaient les gens avant. Je suis la vie, je m'en nourris, je ne la lâche pas. Quand le travail est là, je le suce. Quand il s'enfuit, je le piste vaguement, il n'est qu'une nourriture et je peux rester sans manger longtemps ! Je suis maintenant redevenu un nomade. Je n'ai plus de notion de lieu ni de fidélité. Comme la grande majorité du monde entier, nous ne vivrons pas l'avenir de nos pères ! Eux nos pères et nos mères, leur bonne et leur mauvaise foi se sont conjuguées pour nous préparer un monde mauvais. Nous y vivrons, oui ! Mais rien de ce qui les passionnaient ou de ce qui les divisaient n'a plus aucune prise sur nous. Nous sommes maintenant bien lisses aux idées. L'origine, l'histoire, la famille, le figé, tout cela n'a plus aucune réalité. Tant pis pour eux. Tout ça s'est effondré, tout ça s'évapore. Maintenant, on est des toujours-partis.
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Alors autour des villes construites en dur pour durer alors que tout change et que rien ne perdure, nous habiterons sur les trottoirs, les terre-pleins, les zébras, les rond-points, les parkings et les bretelles, sur toute la terre qu'ils ont bien involontairement laissée libre. C'est de là qu'on peut repartir plus vite vers les autres zones franches. Étrange vocabulaire, n'est-ce pas Maghlout l'immigré ? Je serai celui qui brûlera le dernier litre de pétrole pour aller ailleurs, dans un nouveau monde, à l'abri, *an air-conditionned gypsy=*...
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Alors autour des villes construites en dur pour durer alors que tout change et que rien ne perdure, nous habiterons sur les trottoirs, les terre-pleins, les zébras, les rond-points, les parkings et les bretelles, sur toute la terre qu'ils ont bien involontairement laissée libre. C'est de là qu'on peut repartir plus vite vers les autres zones franches. Étrange vocabulaire, n'est-ce pas Maghlout l'immigré ? Je serai celui qui brûlera le dernier litre de pétrole pour aller ailleurs, dans un nouveau monde, à l'abri, *an air-conditionned gypsy*...
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– OK, philosophe. Parle-moi de Tina maintenant.
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– Quand je suis rentré ce matin, elle avait grimpé sur le toit de mon camion. Elle m'a dit coucou !, elle avait bien dormi dans mon nid. Elle a repris les jumelles. Qu'a-t-elle vu ? La voie d'accès à Villejean, peut-être le ruisseau du Pont-Lagot, sans doute le lycée agricole de la Lande du Breil. Viens voir, là.
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Puis elle est repartie. Elle a promis de me revoir, elle a pris mon numéro et que si elle avait besoin d'un taxi, a-t-elle dit... Je ne sais pas si je vais rester là, lui ai-je répondu. Justement elle a dit. On verra... Et ton Davis, Maghlout, il va m'en vouloir de l'avoir laissée partir ? Il n'a qu'à se déplacer lui-même !
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