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title: La vitrine éclatée ou comment monsieur Bazeilles fit son entrée dans la littérature
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> *Je suis certain de la chute de toutes les fictions dans
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> lesquelles nous avons vécu jusqu’à ce jour.*
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> Cioran
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(Afrique coloniale française, 1957.)
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Marcel Proust et Hugo, en leur Pléiade, bouchaient la fenêtre des WC derrière le comptoir. Des piles de livres de poche protégeaient un peu la partie neuve de la Librairie Parisienne qui avait résisté à l’obus de mortier, hier en fin d’après-midi. Une bonne partie de la nuit, la pluie avait passé par le trou et battu le parquet. Et puis, des hyènes étaient venues renifler le papier mouillé.
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On avait mal dormi.
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Un petit détachement de militaires passa tôt après l’aube. On fit du café et la discussion soulagea ceux qui avaient passé la nuit dans la librairie : Mme Juliette Bazeilles (la femme de monsieur Bazeilles, libraire, dont on n’avait plus de nouvelles depuis avant-hier), Mlle Couves la caissière tant aimée des clients vieux jeu, Albert et Moi, les deux manutentionnaires et enfin M. Fernand Balma, le commercial-comptable de la petite entreprise. Les quelques tirs de mortier de ces derniers jours laissaient perplexes. Isolés, sans stratégie évidente, ils n’en étaient pas moins inquiétants. Était-ce une alerte prise au sérieux, quels ordres avait la troupe et comment allait Mme la Générale ?
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Le sergent ne voulut rien dire. Il ne rassura pas.
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Durant la matinée, les trois hommes de la Librairie Parisienne dressèrent de nouveaux murs de livres. Les illustrés avaient été placés en bardage contre les collections de petit format, tenues par des bandes adhésives de colis. Tout le stock et n’importe quel auteur étaient employés, au même titre que les écritures comptables : le muret et les hâtives défenses d’hier avaient été en quelque sorte maçonnés, avec cependant une meurtrière par où l’antique tromblon de M. Bazeilles, qu’il tenait de son arrière-grand-père qui avait fait 70 avec les troupes de marine (*la Coloniale, nom de Dieu !*), pouvait être mis en batterie. Mais personne ne savait le charger. Un militaire le fit tout en recommandant de s’approcher le moins possible de cette source d’explosion.
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On avait par ailleurs placé deux grandes armoires de côté pour que Mme Juliette et Mlle Couves puissent dormir un peu la nuit suivante. La troupe se serrerait sous le bureau qui ferait une bonne casemate. Le reste du mobilier épaulait la muraille de livres et formait une barricade côté remise. Car quelqu’un avait fait remarquer qu’il n’y avait aucune raison sûre à n’orienter la défense que sur la vitrine et la porte : les assaillants n’auraient peut-être pas la politesse d’entrer par là et ils pouvaient aussi bien passer par derrière.
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À quelle heure viendraient-ils ces rubénistes ? Par où descendraient-ils en ville ?
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Et reverrait-on M. Bazeilles ?
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À midi, Mlle Couves alla chercher des provisions chez les uns et chez les autres. Tout le monde avait décidé de tenir la librairie aux côtés de Mme Bazeilles. Fernand Balma se permit d’ouvrir une bouteille pour le repas.
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Mlle Couves rapporta que le grand débat dans la colonie portait sur l’heure de l’attaque : l’après-midi ou bien en pleine nuit ? Il n’était pas facile de distinguer dans l’agitation, certes un peu inhabituelle, ce qui relevait sûrement de l’insurrection proche. Néanmoins, des signes avant-couraient, c’était sûr : le Casse-Figure par exemple, un théâtre situé à une centaine de mètres seulement et devant lequel Mlle Couves était passée en courant sous les invites les plus diverses, était déjà ouvert à midi, ce qui était exceptionnel. Des « assemblées générales » s’y enchaînaient depuis des jours, on y faisait table ouverte semblait-il pour les indépendantistes. C’était à l’évidence un poste avancé de la rébellion − seule la police semble l’ignorer !, clama Albert. Si ça se trouve, le pétard avait bien pu venir de par là-bas…
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On en était là lorsqu’une silhouette se présenta à côté de la porte, ses semelles faisant crisser les débris de verre de la vitrine. Le monsieur ouvrit néanmoins le cadre vide de la porte, et fit ainsi tinter la petite clochette. Il ôta son chapeau mou.
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− Monsieur ?
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− Eh bien, je viens… Enfin, est-ce maintenu ?
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− Mais, quel jour sommes-nous donc ?, lança Mme Juliette.
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− Mercredi, lui fut-il répondu.
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Le jour du salon ! Le salon littéraire qui se tenait chaque mois à la Librairie Parisienne.
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− Mais bien sûr, entrez !
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Mme Juliette avait réagi sans réfléchir, avec une évidente candeur et sans convenance. Elle avait le caractère un peu bête de la commerçante de luxe (car elle s’était persuadée que vendre des livres était un commerce de luxe) : ce ne seraient pas ces petits événements qui empêcheraient la tenue du salon littéraire de la principale librairie européenne de la ville. Et cela une fois dit, un peu en l’air, de la fierté doucement nationale, un peu chrétienne et saint-cyriste (un retour de sa famille en l’absence de son époux de libraire) lui fit tenir bon cette résolution. Le salon aurait lieu aujourd’hui, presque-noblesse oblige.
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On y tint comme d’habitude des propos littéraires.
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Les assiégés discutèrent ce jour-là du dernier livre de M. de Richaud, *L’Étrange visiteur*, ainsi que de on ne sait plus qui, tant on se félicita de la pertinence des interventions du jour. Car en secret, chaque habitué poursuivait pendant le salon (mais surtout avant et, pire, après) le Graal de la Lecture : aboutir à rien de moins, en somme, que le *prière d’insérer* parfait. Celui qui scellerait à jamais la postérité du livre, celui que l’éditeur lui-même jalouserait, celui que reprendraient sans en changer une virgule les journaux de France − si jamais le propos sortait un jour du cercle de la petite société de ce mercredi colonial. Pour les professeurs, cas à part, le but de l’exercice était de parvenir à montrer l’horlogerie et le ressort du texte grâce à l’agencement soigneusement ajusté de théories, celles-ci importées la veille tout juste de Métropole ou de Berlin.
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Du monde entier, on n’en parlait pas. Sans doute par manque de temps.
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L’homme au chapeau mou, un dénommé M. Léonard, s’avéra plutôt timide mais sans affectation. Son intervention sur le *Pays où l’on n’arrive jamais*, ou même sa connaissance de la revue *Caliban* dévoilèrent un lecteur averti et sensible. À noter que Albert et Moi participèrent pour la première fois au salon littéraire de la librairie. Mme Juliette était plutôt fière de leur avoir dit de rester. Elle tint également à préparer elle-même le thé.
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L’après-midi finissait. M. Léonard s’en alla en assurant qu’il reviendrait une prochaine fois. La nuit et donc l’attaque cette fois s’annonçaient bel et bien maintenant que le salon était clos. L’heure redoutée ne pouvait clairement plus être tenue loin des esprits. On ne distinguait qu’à peine l’autre côté du boulevard. Seuls les chants et les exclamations provenant du Casse-Figure situé dans une rue perpendiculaire au boulevard faisaient que chacun, malgré lui, se disait : « Il reste encore un peu de temps. Le silence annoncera l’arrivée des rebelles. »
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Mais entend-on le silence ?
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Le Casse-Figure faisait rire, encore. Aujourd’hui comme les autres jours. Pour combien de temps, pour combien d’heures ? Son propriétaire, Aimé Beat-Beat, l’avait appelé ainsi parce que, n’étant pas à son coup d’essai, il savait bien qu’un lieu aussi désordonné ne pouvait que lui apporter des ennuis à court terme. Cette poussée de fièvre populaire passerait elle aussi ; il y aurait des rétorsions. La petite affaire s’y « casserait la gueule », d’où le nom.
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Le café-théâtre était en tôle derrière la façade. Lorsqu’il n’y avait pas de spectacle sur la scène, on l’improvisait aux tables en buvant beaucoup. Et, lorsqu’il y avait spectacle sur la scène, on buvait beaucoup quand même. Les amuseurs et les artistes s’y donnaient le tour. On y jouait des saynètes ouvertement anti-blancs, on y débattait de l’après-départ, on y cassait du colonel, du ministre et du gouverneur. L’impertinence irait forcément aux limites du toléré, et ce sous peu. Mais les habitués riaient et le chamboule-tout continuait. Même, sous le défouloir et la caricature, certains sérieux y trouvaient sérieusement de quoi espérer car, en fin de compte, ça tenait − mais les gens tristes et sérieux trouvent toujours de quoi ne pas rire. Seuls les adeptes de la dérision, dont Aimé Beat-Beat faisait lui-même partie d’ailleurs, n’attendaient que plaisir de ce Casse-Figure sans avenir.
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Ainsi donc, les clameurs du monde s’écrasent ce soir contre la muraille de livres de la Parisienne.
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La nuit est venue, sans aucun partisan sous son aile. Les agitateurs improvisés du Casse-Figure, repus, gorgés de discours aussi définitifs que des *quat’ de couv’* ont renoncé à rameuter la populace. Il sont rentrés chez eux en attendant une occasion plus marquée. Seul le vin aura coulé, il n’y aura pas de révolte cette nuit : l’obus de mortier restera sans descendance.
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Aimé Beat-Beat a réuni autour de lui ses amis proches et ils sont partis sur le fleuve. Que ce soit ce soir ou demain n’a que peu d’importance pour eux. Ils anticipent chaque jour de leur vie le grand éclat de rire qui engloutira tout. La douceur de la nuit les enveloppe. Cette nuit qui passe sans trouble. Tout revient à l’ordre et M. Bazeilles s’en retourne chez lui.
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C’est le petit matin.
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Les rues sont vides.
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Monsieur Bazeilles s’arrête à l’entrée du boulevard. Il regarde de loin sa libraire éventrée, ouverte au vent. Un saccage, triste comme un jouet cassé. Quelque chose d’inutile dans le reste qui tourne et qui avance. Un frisson saisit le libraire. Il serre contre lui le numéro du *Magazine* où enfin il a pu placer une critique du *Pauvre Christ de Bomba* et l’évocation, en un court article passionné, de ceux que M. Bazeilles aime, ceux avec qui il a décidé de refaire sa vie : les petits jeunes noirs du Casse-Figure qui écrivent leur temps.
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Ils écrivent leur temps et le monde entier aussi.
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Ils savent rire. S’indigner, voir la grande dérision, pleurer. Et rire.La Librairie Parisienne va doubler le mauvais cap. Elle saura, grâce à lui, diffuser toutes ces nouvelles voix qui mettent à terre les anciennes fictions, celles qui font qu’on roule encore sur de vieux schémas. M. Bazeilles s’engage dans le boulevard et s’arrête à l’endroit où il y a du verre sur le trottoir : il jauge de quelques longs regards étonnés l’impact de l’obus. C’est impressionnant. Il n’y croyait pas vraiment lorsqu’il avait tiré d’un coup sec la ficelle du mortier, il y a deux jours. Une telle précision ! Des dégâts impeccables ! Les jeunes canonniers, qu’il avait pris pour des gais-lurons, eh bien c’étaient des experts : M. Bazeilles a devant lui sa vitrine éclatée exactement comme il la souhaitait.
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Plein d’entrain, il pousse la porte imaginaire de sa nouvelle vie. La petite clochette retentit lugubrement.
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Toutes les lampes du magasin s’allumèrent. M. Bazeilles vit avec stupeur le camp retranché. Il tenta de se protéger la tête avec le pauvre magazine. De derrière une pile de livres scolaires, Mme Juliette mit en route le tromblon de l’aieul et, miracle, après quelques secondes, le coup parti. M. Bazeilles, blessé au ventre, chancela et s’accouda sur les livres empilés. Ça faisait mal, subitement. De plus en plus mal. Son sang gouttait rapidement, il maculait des Guilloux et des Beti. Grenat sombre sur les couvertures mais rouge brillant sur la blancheur des pages quand il s’insinuait dans l’épaisseur des livres, le sang était bu peu à peu.
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Et voilà comment M. Bazeilles fit son entrée *dans* la littérature.
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title: Tuer le père
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Célébrer le scooter, chanter du rock'n'roll. Se mettre propre, sur soi, se saper *sharp*. Choisir une guitare brillante, une caisse flashy et un micro inox. Pour les paroles, trouver les mots qui riment avec Elvis. Puis tous les synonymes de pénis. Jouer du calembour et, « Presse-les ! » dans le pantalon, enjoindre les garçons à bousculer les filles qui n'attendent, parait-il, que ça. Rêver plus que vivre, marcher toujours comme à Memphis, droit et roulé. Fumer de la frime. Évoluer parmi les posters et les pochettes. Ne jamais casser les miroirs, garder de près les flatteurs, virer les autres de son nuage. Vivoter le reste du temps. Risquer de misérables coups dans de misérables rixes, maintenir un semblant de banane sous le bonnet, à l'usine. Pour gagner un peu de fric, une autre bagarre. Cacher ses tatouages, cirer ses pompes le jeudi et manger souvent de la Mousline. *Merde, quelle merde ce fut*... Le sexe toujours après les bières, l'anglais braillé à tue-tête sans y comprendre quoi que soit d'autre que la provoc' et l'idée de baiser plus qu'à son tour – l'idée seulement et le mime sur scène.
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*Bon sang*... Je n'ai aucun mal à mettre des mots durs sur tout ça. À l'époque, avec les copains, j'aurais déjà cogné sur le clapet d'un mec qui se serait permis d'en dire la moitié. Un peu de sang collait bien à notre image, on trouvait. Sauf à Paris quand on y montait rêver aux bécanes, claquer nos thunes dans les blousons et de la fringue, baver aux disques d'import. Là, nous rasions les murs : nous étions des minets pour les cats de Paname, fallait faire gaffe aux rencontres. Aller à Londres, ça c'était le rêve. Avant le paradis, un jour, d'aller en Amérique !
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J'irai jamais en Amérique. J'irai pas au paradis. J'ai trop croisé de putes dans ma vie pour me laisser une chance – sauf toi mon ange. J'ai trop croisé de fils de putes et moi je croyais qu'au rock'n'roll, enfin je croyais que ce qu'il disait était vrai. Juste et vrai. Je le crois encore mais autour de moi tout le monde triche. On truque le monde et on truque le rock'n'roll, c'est pareil. Oui, c'est pareil ! Ne pas respecter une illusion, alors que le monde n'est qu'une vaste blague triste, c'est pas *straight*, c'est pas recta. Bon, en même temps, c'est comme ça, faut s'y faire. Enfin, j'aurais pu ou dû m'y faire, hein ? Mais non.
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Maintenant je t'écris, ma fille. C'est possible que ce soit la dernière fois, mon ange. J'écume, j'ai la gorge sèche, tout m'est refusé. À part crever. Là, à l'infirmerie – et ça n'est pas la *Saint James*, je t'assure. Bon, c'est comme ça comme je te disais, mais cette fois il faut que je m'y fasse. Vraiment.
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Tu sais que j'ai chanté encore l'autre soir ? Avec le groupe des Tocards, ici. J'ai repris une des chansons d'oncle Didier, en souvenir de lui. Ce n'est pas moi qui tenait la guitare, je chantais juste. Ça valait l'hommage, au vieux tatoué ! J'ai eu plus de chance que lui. Lui a pris l'héroïne, sans appuyer sur pause, moi j'ai eu la chance d'avoir de temps en temps une dose de prison pour me sevrer de temps en temps des amphés et tout ça. (Touche pas à l'héro, bébé soit heureuse, éclate-toi mais touche pas à ça. Ni dieu ni maitre, *ni héro ni héros*.) Mais cette fois je suis crevé. C'est finalement arrivé. Mon sang suit plus, les trois thérapies non plus, les muses m'abandonnent sept fois. Aucune maladie n'est plus rock'n'roll que l'autre. J'aurai pas de crise cardiaque sur scène, j'aurai pas de crise fatale de foie. Juste plus d'immunité et un bon cancer. Cette maladie-là, toute conne et toute prolétaire, c'est la mienne. J'y crois, j'en fais mon rock. Elle ne triche pas trop. Moi non plus je ne triche pas (tu sais que je suis aussi Cash que Johnny :)
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Daniela, écoute-moi, déconne pas, promets-le moi : tout l'argent que tu as gagné avec ta chanson, dépense-le mais fais-en du concret, achète autre chose que des copains ou des trucs malsains. Les copains, c'est gratuit, la vie, non. Tout comme, disons, un braquage : l'adrénaline, le dévouement, l'action, l'argent qui passe de main en main, ok. Les copains qui t'aident ou ceux qui te mettent en retraite, ok aussi. La bagnole, la maison, manger, les factures, l'alcool et les gosses... Bon, bref.
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T'as dû en gagner plein d'argent, non ? Ça m'avait fait tant de plaisir le jour où les collègues de cellule m'ont dit
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– Hé, on entendu *Daniela*, ça passe en boucle, dehors. Daniela, c'est bien ta fille, hein ?
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– Ah ouais ?, j'ai dit. Je le croyais pas.
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– Ben écoute, ta fille elle a l'air sociable et... *cool*.
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Mais j'ai jamais pu l'entendre bien correctement ta chanson, Daniela, excuse-moi, je suis désolé, navré. Une fois, ils me l'ont fait écouter mais c'était en fond, un peu de loin... Mitterand passait encore à la télé, on regardait tous et alors Fred a crié, je m'en souviens
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– Écoute ça, Rocky. Elle est mieux que Piper Alpha ta Daniela !
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J'ai pas tout compris, c'était tard le soir et j'étais naze. Il faut comprendre la vie de ton père depuis un an. La radio, maintenant pour moi, c'est soit celle des matons, soit celle des poumons tu comprends ? J'ai pas bien saisi mais je crois que tu avais une belle voix : est-ce toi qui chantait ou un copain ?
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J'espère que tu as d'autres chansons encore à passer à la radio. Ou que tu prépares un nouveau disque. Avec ces musiciens j'espère. Parce que tu sais, en musique, faut être fidèle à ses musiciens, à ses copains, à sa bande. Il faut créer son monde. L'imposer aux autres cons. Que ça n'ait pas marché pour moi, ce n'est pas une preuve. Il faut aller de l'avant. Rappelle-toi, toujours droit devant. Comme le rock'n'roll. Aller vite.
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Ta mère elle courait. Je n'ai même jamais su me tenir à sa hauteur. Elle a fait tout très vite, m'avoir, t'avoir, s'avoir et les avoir tous en fin de compte ses crédit-débiteurs. Moi je ne lui en veux aucunement, note-le bien. Elle était sur la route, tu vois ?, et j'y étais aussi. Tu y est née, c'est le destin. On nait toujours sur une certaine route. Aux carrefours, on bifurque, on fait des rencontres, on *pactise*. Après on jouit et on finit tous à Memphis à ce qu'il parait. Ou dans le désert, parmi les pelles mécaniques comme dit un autre chanson. Moi je serai bientôt avec Elvis. Je souhaite que ce soit pareil pour toi.
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Bon, Daniela, voilà que je chiale. C'est con, mais... Ce n'est pas ça l'important, Daniela l'important c'est que le rock'n'roll est romantique. Voilà, c'est dit. C'est écrit même. Je le comprend là, maintenant, je ne sais pas trop pourquoi. Mais si ça doit être ma dernière parole, hé bien je suis volontaire
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*Be romantic, Daniela*.
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Ton père.
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title: Le caisson clos
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date: 2005-06-06
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Dans l’après-midi du 3 juin 1941, sur Meadow Beach, Arthur Landon voit venir à lui un officier de l’armée japonaise qui, en français, lui dit :
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– Mes hommes vont faire un exercice de débarquement, ici.
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Et, désignant l’intérieur immédiat du rivage :
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– Et un peu plus loin aussi. Autour de votre maison. Y voyez-vous un inconvénient ?
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Arthur Landon est un homme désœuvré depuis l’invasion de l’archipel.
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– Non, allez-y.
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L’officier s’éloigne. Le Français reste debout, les mains dans les poches. Tandis qu’il jette un œil sur Beauséjour, sa villa en pierre, il entend les moteurs. Dans la mer bleue et calme, un blindé, un canot et une barge de débarquement sont lancés à toute vitesse vers la plage. La barge se détache en tête et vient rouler sur la dune, là où Meadow Beach est la plus étroite. Plusieurs hommes en bondissent et, de la porte avant, sort un camion. Le blindé et le canot les rejoignent. Tandis que la petite troupe s’organise, Arthur Landon remonte vers sa maison, villa depuis trois mois sur un rythme de vacances : ses deux filles ne vont plus à l’école, sa femme s’absente fréquemment. Il pousse la lourde porte, la laisse ouverte et reste dans l’entrée. L’époque est en sursis. Secrétaire d’un Bureau qui a dû fermer ses portes, Arthur Landon n’a plus rien de particulier à faire. Il attend.
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Le camion s’arrête devant la maison et trois soldats en descendent, traînant des caisses. Ce sont des Birmans : leur crâne est rasé très lisse, avec une longue tresse de cheveux noire. Des tatouages se devinent sur les avant-bras. Leur uniforme est jaune crotte-de-chien, jaune malade, mal ajusté. Arthur Landon pense qu’il s’agit d’un groupe de mercenaires que l’officier entraîne, pas de l’armée régulière japonaise. Il regrette un instant sa nonchalance.
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Des caisses sont sortis six fusils que ces Birmans équipent consciencieusement de baïonnettes.
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L’officier s’est approché d’Arthur Landon, comme si des explications étaient nécessaires.
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– Je les équipe de deux fusils chacun. Et par très petits groupes, pour faire ça bien.
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Landon ne pense pas à lui demander l’avantage de la méthode, ni ce que sont devenus ceux qui conduisaient les engins ou que va faire le tank. Mais il se dit que cet exercice est mené étrangement. Les Birmans rangent les caisses et se partagent des grenades. Cela fait, ils suivent leur chef vers la cuisine dont une porte donne sur le jardin. Le maître des lieux les voit s’enfoncer dans les herbes hautes.
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Puis, lorsqu’il ne les voit plus, il entend quelques ordres et quelques phrases lancées ici ou là dans la broussaille. Le silence a repris son domaine.
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À Élisabeth sa femme qui descend l’escalier, il dit d'appeler la petite Marion et de rester avec Lise, l’aînée, dans la salle à manger. Le temps qu’ils s’en aillent, dit-il sans plus de précisions. En y repensant, il trouve ces soldats brusques et patibulaires.
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Mais Élisabeth lui annonce qu’elle doit sortir.
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– J’emmène Marion avec moi, lui concède-t-elle.
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Un peu plus tard, Arthur est dans le salon. Dans le jardin, Caboulot le chat sort brusquement par le haut des herbes, faisant le gros dos. Les omoplates sorties démesurément, les poils du dos hérissés complètement, Caboulot siffle bruyamment. Arthur interpelle Élisabeth, prête à sortir :
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– Viens voir !
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Mais aux pieds du chat se dresse lentement un Birman, le fusil pointé sur l’animal. Arthur entrouvre alors rapidement la porte fenêtre et appelle discrètement son chat. Caboulot se faufile et Arthur, dans sa précipitation, manque de lui coincer la patte sur son passage. Le chat s’étend, la porte fenêtre est fermée cette fois. Élisabeth sort par l’entrée avec un simple au-revoir. Caboulot se calme lorsque Arthur lui dépose, sur les trois marches pompeuses de l’entrée, sa gamelle remplie. Le domaine est à nouveau calme et Arthur Landon retourne dans le salon. Il s’assoupit peut-être devant la bibliothèque ou le piano. Un chat vient se blottir à ses pieds, c’est le gros roux des voisins. Arthur se lève, passe dans l’entrée où sont trois chats qui se battent pour la gamelle de Caboulot. Le chat de la maison est mis à l’écart. Tandis que le gros chat roux se régale, un petit noir et blanc coince Caboulot sur les premières marches de l’escalier. Un autre a gravi à moitié l’escalier, un autre encore file dans la salle à manger. Sans doute que la porte de la cuisine donnant sur le jardin est ouverte. Arthur Landon ne sait que faire, il ne peut pas faire la police entre les chats. Il aperçoit Lise qui dessine sagement à la table de la salle à manger. Il passe dans son dos, rejoint la cuisine et ferme la porte donnant sur le jardin, d’où sont certainement entrés les chats, mais où tout semble calme désormais. Par l’arrière-cuisine, il revient au salon.
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Ah, oui !, l’électricité. Est-ce Élisabeth qui lui en a parlé ou bien est-ce lui-même qui a appelé le réparateur ? Il ne sait plus. L’homme est là, avec ses outils. La maison a sa vie propre. Des lampes grésillent et s’éteignent presque, cela crée de curieux effets. Quelle heure est-il ? Arthur essaye de se repérer mais la lumière du jour n’est pas franche dans l’entrée.
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L’électricien referme un tableau dans le salon et, répondant sans doute au regard perdu d’Arthur Landon, il s’approche de lui, tirant de la poche de son pantalon un plan plié maintes fois. Il lui explique.
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– Voilà : le circuit principal vient de la cuisine, passe ici le long de l’arrière, passe au salon et repart vers la salle à manger. Forcément le problème est vers ici, quelque part dans l’entrée. Doit y avoir un tableau par là, vous voyez ?
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Et déjà le gars démonte un placage de bois, Arthur ne se rend compte qu’aujourd’hui que ce panneau était tenu par des vis – des années pourtant qu’il vit ici, sans les avoir vues. L’électricien a laissé le plan à Arthur Landon. Celui-ci le déplie devant lui : c’est vieux, mais ça ressemble effectivement à Beauséjour, la maison qu’un riche Français a construit sur cet îlot selon le modèle bourgeois du XIXe siècle. Il y a l’épaisseur des murs, les courbures de l’escalier central, le grand espace de la cuisine et tous les circuits électriques qui y mènent. Il y a aussi les conduits des cheminées, le faux couloir vers le salon qu’on appelle arrière-cuisine, l’entrée monumentale avec ses trois marches inutiles qui absorbe pratiquement un bon quart du rez-de-chaussée. Et entre cette entrée et l’arrière-cuisine, au plein cœur du bâtiment sur le plan, une zone hachurée marquée « G.G », se superposant à l’escalier vers les caves.
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« Tiens, c’est vrai, le caisson G.G !, pense Arthur. Pourquoi l'a-t-on appelé ainsi, déjà ? » Cela date de leur arrivée sur Meadow Beach et des premières semaines, délicieuses, de la vie ici. Et cet espace mystérieux entre l’arrière-cuisine, l’entrée et le salon, au-dessus de l’escalier menant à la cave et continuant sous les larges marches menant aux étages, ils en avaient estimé la taille, écouté l’écho en tapant du poing ou du plat de la main, sans jamais découvrir une trappe permettant d’y accéder, au moins d’y jeter un œil.
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Pendant que Landon contemple ce plan, l’électricien a depuis longtemps ouvert le panneau de bois et il teste des câbles anciens, enroulés dans du tissu ignifuge et plein de poussière. De nouveau, des sautes dans l’éclairage.
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Il y avait donc bien un accès à cet espace. G.G, vague référence à Jules Verne, à Gaston Leroux ou bien encore à Gustave Lerouge, Arthur ne se souvient plus exactement. Une histoire d’explorateurs partant sur un trois-mâts des glaces… Lui et Élisabeth étaient passés rapidement ensuite à autre chose et le mystère du caisson clos restait entier.
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Le réparateur abaisse à plusieurs reprises le levier à main d’un gros interrupteur. Le courant stoppe tout à fait et laisse entrer dans la maison une pâle lueur diluée, indistincte. Arthur regarde le panneau démonté et les câbles. Dégoutté de ce qu’il prend pour des entrailles vieillottes, il passe dans la salle à manger.
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– Ma chérie, dit-il à Lise, il est déjà 6 heures et quart et…
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Mais alors il titube un instant et lit soudain sur la pendule midi moins le quart : « J’hallucine, ce n’est pas possible… ». Mais quelle heure est-il donc ? Il pense à l’électricien et à son interrupteur. Il balbutie en s’excusant :
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– Qu’est-ce que… Je ne sais plus : est-on le midi ou est-on le soir ?
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Cela le force à réfléchir un instant. La réponse est forcément liée à la zone hachurée et marquée « G.G » sur le plan … Il revient dans la cuisine, étant incapable de supporter cette *interrogation=* du caisson clos devant sa fille Lise.
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Il l’entend elle qui lui répond d’un ton tranquille, avec peut-être une teinte de reproche :
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– C’est à toi de décider.
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3-6 juin 2005, Santarém.
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content/Recueils/Poésies & Chansons/Amour_autres_fleuves.md
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content/Recueils/Poésies & Chansons/Amour_autres_fleuves.md
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title: Amour, autres fleuves
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Volgas, Volgas trop joyeuses
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Mékongs aux flots jaunes
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Distants Yang-Tsé-Kiang
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Noires Mozambiques
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Que trop d'années me séparent de vous, exotiques
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Vous, saints Nazaire, veillez sur nous, pauvres estuaires
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Lacs Victoria, pauvres égards, Rhin industriel
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Nançon, Nançon maintenant
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Nançon qui mit le Mont
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Amours, autres fleuves qui coulez en ma triste mémoire
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Dniepr, Dniepr, imprononçables crues
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Eaux qui bercez ma triste plume
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Eaux qui charriez mes tristes heures
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Vous suivez la courbure de la Terre
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Vous, Nigers fiers
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Abel Gange, Abel Gange, mes larges méandres sont pour vous souvenirs
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Vos sources, vos deltas, je n'en veux retenir
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ni vos Camargues heureuses, ni vos estuaires boueuses
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Mais Danubes, Danubes, vos crues impétueuses
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Ô, Ienisseï, Ienisseï amalgamant
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Charrie, puissant, mon voyage et ma vie
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Emporte, courant, à la mer tous mes ans
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(n'en retiens aucun, je t'en prie)
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{{<image float="center" width="20em" frame="true" caption="Amour, autres fleuves en typo" src="images/Amour_autres_fleuves.jpg">}}
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17
content/Recueils/Poésies & Chansons/Aurole_Oradour.md
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17
content/Recueils/Poésies & Chansons/Aurole_Oradour.md
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title: Aurole Oradour mon amour
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Aurole Oradour mon amour
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dont l'église soupire tes cendres
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tonnent tant les canons lourds
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que la guerre glane l'ambre
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Aurole Oradour mon amour
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toi qui fit si belle couchée
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au soldat tendu des labours
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dont ignore la rose siestée
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{{<image float="center" width="20em" frame="true" caption="Aurole Oradour en typo" src="images/Aurole_Oradour.jpg">}}
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49
content/Recueils/Poésies & Chansons/Cicatrice.md
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49
content/Recueils/Poésies & Chansons/Cicatrice.md
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title: Cicatrices
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Il marche. Il est fier
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Sa cicatrice, il ne la voit pas encore
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Elle va venir, il la prépare
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de par
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De par son arrogance, Abel Gance
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Et son rictus, Picpus
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De par son arrogance, Abel Gance
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Et sa démarche, Grande Arche
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Cicatrice, Béatrice, Bérénice
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Cicatrice, Pénélope, interlope
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Cicatrice
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Viens, je t'aimerai, je te causerai, je t'embrasserai
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On se connaitra mais cicatrice !
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Ta pisserie ne s'ra-t-elle donc jamais finie ?
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Sa cicatrice est visible, on ne voit d'ailleurs qu'elle
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Elle partage son visage en lignes dures, inhabituelles
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Comme c'est drôle que chaque vers en emboîte un autre
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Comme deux amants, Marguerite
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Ah quelle décadence, Abel Gance
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Ah quel beau vers, Vauvert
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Comme deux amants, maman, est-ce bien moral, Caporal ?
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Cicatrice, Béatrice, Bérénice
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Cicatrice, Pénélope, interlope
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Cicatrice
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Viens, je t'aimerai, je te causerai, je t'embrasserai
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On se connaitra mais cicatrice !
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||||
Ta pisserie ne s'ra-t-elle donc jamais finie ?
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Dans la glace, ton baiser m'embarrasse
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Dans tous mes gestes, ta trace me strass
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Dans ma glace.... Dans mes draps.... Dans mes gestes, je me vois avec
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Mon arrogance, Abel Gance
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Et son rictus, Picpus
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Ma décadence, Abel Gance
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Et ma démarche, Grande Arche
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38
content/Recueils/Poésies & Chansons/Lafemmequiboit.md
Normal file
38
content/Recueils/Poésies & Chansons/Lafemmequiboit.md
Normal file
@@ -0,0 +1,38 @@
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title: La femme qui boit
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La femme qui boit
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qui boit son rouge à ses lèvres
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elle lève son verre, lève son verre à soi...
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et à celui qu'elle déçoit
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La femme qui boit
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en marchant elle boite, en musique
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elle claudique et elle claque et elle blesse à ravir
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elle renonce à séduire
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Mais est-ce victoire ou défaite
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quand, défaite, elle se tient
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debout ?
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La femme qui boit et a bu abuse
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abuse et balbutie tout bas
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et raye, et raye ses bas de bal
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Et voix éraillée
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et la femme a bu
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et la femme aboit et la femme à boire
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la la la la triste à voir
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Mais est-ce défaite
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quand, défaite, elle se tient
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à bout ?
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La femme qui boit et outrancière abuse
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du rouge à ses yeux et rougeoient ses yeux
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yeux verts de gris qui dégrisent
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Celui pourtant qu'elle grise
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quand, défaite, elle se tient
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debout
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29
content/Recueils/Poésies & Chansons/Lamaisonrose.md
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29
content/Recueils/Poésies & Chansons/Lamaisonrose.md
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||||
title: La maison rose
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La maison rose est rose et elle provoque la mer
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De ses roses la maison fière, toise les cousines, la maison si rose
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La maison rose est close et ses persiennes sont fermées
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font injure aux marées, ignore les embruns et les va-et-vient des hommes
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Tes filles sont des vagues offertes aux poses, maison rose
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Et qui jamais ne reposent, elles écrivent la prose de la vie en rose
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Ose, maison close, les nuits noyées dans le champagne rose
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Ose maison rose
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Ceci est la mer
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Ose maison close
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Mais celles-ci sont tes roses écloses
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J'ai dû apprendre la prose de la maison rose
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La maison rose outrageusement close
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Accueille les vies, dédaigne le mou et laisse les morts
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N'enfante rien sinon l'oubli des marées de la mer
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Sinon l'oubli des jours amers
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Ose maison rose
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Ceci est la mer
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Ose maison close
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Mais celles-ci sont tes roses écloses
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J'ai dû apprendre la prose de la maison rose
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10
content/Recueils/Poésies & Chansons/Seuls_sont_tes_pas.md
Normal file
10
content/Recueils/Poésies & Chansons/Seuls_sont_tes_pas.md
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title: "Seuls sont tes pas"
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Seuls sont tes pas qui comptent ceux effacés par la pluie.
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Nos Iliades sont tissées mais restent à défaire.
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Sois le Sysiphe, va t'étendre entre mille batailles.
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Sois l'ermite et le musicien, sois l'homme. Tu es le mort.
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Ainsi va, Louise, va sans te pardonner et couche-toi entre ces corps en sueurs.
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{{<image float="center" width="20em" frame="true" caption="Seuls sont tes pas en typo" src="images/seuls_sont_tes_pas.jpg">}}
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25
content/Recueils/Poésies & Chansons/enquetedimprobable.md
Normal file
25
content/Recueils/Poésies & Chansons/enquetedimprobable.md
Normal file
@@ -0,0 +1,25 @@
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||||
title: En quête d'improbable
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En quête d'improbable, je suis allée sur les sables
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Vague, vague, quand me rendras-tu mon marin ?
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À peine marié, il est parti, aux heures de l'aube
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Sans doute est-il rentré un soir chez nous
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Mais est-il pour lui un sol plus ferme que la mer ?
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Vague, vague, quand me rendras-tu mon marin ?
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En quête d'improbable, je suis allée sur les sables
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Mes bras sont semblables à ceux de la jetée, ils sont ouverts sur le large
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Ils offrent la paix, la quiétude et le regret de la mer
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Je ne maudis pas, je ne maudirais pas l'océan et ce large qui appelle
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Je n'écoute que le ressac mélancolique sur le sable et mon ventre
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Vague, vague, quand me rendras-tu mon marin ?
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En quête d'improbable, je suis allée sur les sables
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Je suis la baie qui attend la marée, je suis l'amoureuse
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Ne désire que lui et la nuit tombé
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68
content/Recueils/Poésies & Chansons/interieur_sphere.md
Normal file
68
content/Recueils/Poésies & Chansons/interieur_sphere.md
Normal file
@@ -0,0 +1,68 @@
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||||
title: À l'intérieur d'une sphère
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date: 1994-05-19
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>Rennes, 19 mai 1994
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>à mon ami Loisif,
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>Pierre Louise.
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À l'intérieur d'une sphère
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À l'intérieur d'une sphère
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D'une bulle sans nom
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qui s'en va éclater sans honte
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dans le haut d'un œuf oblong
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Qui flotte sans raison à l'intérieur d'une vasque
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Œuf, ballotté par les remous d'un liquide amniotique
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qui tremble au vent des mondes
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Et des planètes qui tournent autour
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au sein d'une vaste boule qui révolutionne
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l'histoire et circonscrit l'À-venir et tourbillonne
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aux entours d'un espace qui éclate
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Un homme se tient
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Un homme se tient les mains plaquées
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Au rien qui l'entoure et tourne en rond tout autour
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et ce vide qui l'enserre, Quel est-il
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qui l'empêche d'aller, d'aller par ces rondeurs
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À l'encontre, à l'encontre de tout continué
|
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qui l'enserre, Et de ces heures
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qu'il voit rouler et lentement tourner aux abords de lui
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Quelles sont-elles ? Il se tient et regarde.
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||||
Il regarde un homme qui se tient les pieds ferrés
|
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dans une bulle de gaz qui tournoie, l'homme qui souhaiterait
|
||||
Peut-être, certainement, s'il le pouvait
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venir à sa rencontre et marcher, marcher sur
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ces effervescences qu'ils ne comprennent pas.
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Alors la main amicale dans la main amicale
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Ce serait le percement de ces outres
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et le vin enfin là. Ce serait l'éclatement
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de ces éclats du rien général qui sont à devenir
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Fragments
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Débris de fragments même
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Puis éclats de débris, des morceaux d'éclats
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de brisures en fêlures puis
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En cassures enfin,
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en cassures
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du tout
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pour que la violence du choc
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Et les fumées du sens
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afin que l'insoutenable éther
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Et la liberté de la vie
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S'envolent à leur heure dans un autre air libre
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||||
et la poésie pourrait vivre.
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Alors l'homme qui se tient les mains plaquées
|
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et l'homme qui se tient les pieds ferrés
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Se débattent encore pour que l'attente succombe
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En ce tourbillon bouillonnant de frontières
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leurs allées et venues dans ce vide écrivent
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la mélopée prisonnière mais des pieds et des mains, s'aiment
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ainsi plus encore que vifs
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Pour que demain le jour glorieux.
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27
content/Recueils/Poésies & Chansons/madame.md
Normal file
27
content/Recueils/Poésies & Chansons/madame.md
Normal file
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||||
title: Madame
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Je veux t'écrire un poème -- je t'aime, je t'aime
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Et trouve là quelques rimes -- je t'ime, je t'ime
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Est-ce que cela suffit ? -- je fis, je fis
|
||||
Beaucoup de bêtises -- bises, bises, bises
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||||
Et te demande pardon -- ding, ding, dong
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||||
Et te demande pardon
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car tu sais que
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||||
J'ai pleuré quelques larmes -- madame, madame
|
||||
Et te cries bien fort -- t'as tort, t'as tort
|
||||
|
||||
J'ai voulu t'écrire un poème -- je t'aime, je t'aime
|
||||
Ai trouvé là quelques rimes -- je t'ime, je t'ime
|
||||
Est-ce que cela suffit ? -- tu fis, tu fis
|
||||
Beaucoup de bêtises -- bises, bises, bises
|
||||
J'ai pleuré quelques larmes -- madame, madame
|
||||
Et te cries bien fort -- t'as tort, t'as tort
|
||||
Car je te dis que
|
||||
Ne soyons amants -- les ans, les ans
|
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Passent et ne reviennent jamais
|
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Je t'ai, je t'ai, je t'ai -- aimé
|
||||
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||||
18
content/Récits/Les Terre-pleins/0_LesTP_prologue.md
Normal file
18
content/Récits/Les Terre-pleins/0_LesTP_prologue.md
Normal file
@@ -0,0 +1,18 @@
|
||||
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||||
title: Prologue
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||||
date: 2021-02-12
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Jeune lecteur !
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Tous les jours n'est-ce pas tu regardes les nuages ? Tu t'émerveilles de leurs aspects, de leur infini défilé ? Comme tu as raison ! Mais la vie contraint souvent à ne pas regarder ce que l'on aime et à poser les yeux sur ce qui fascine mais n'émerveille pas. De la fenêtre d'une voiture par exemple, sur les à-côtés, sur les terre-pleins, les embranchements et les rond-points que nous voyons chaque jour, leurs coquelicots rouge et là, soudain, un busard. Des bouleaux, des taïgas, des folles avoines et des genêts. Et leurs ombres aussi, que tu devines. Bref, sache que, s'il existe toute une science pour nommer les nuages selon leur forme, leur altitude et leur devenir, la science des terre-pleins n'existe pas encore, comme s'ils ne faisaient pas partie de la vie, effacés tout simplement.
|
||||
|
||||
Alors j'ai écrit une histoire qui marche à pied, allons voir.
|
||||
|
||||
Pour la suivre, le mieux est que toi-même tu te mettes en route : enfile tes mocassins, mets-toi torse nu et rejoins la file ! Exactement comme quand tu imagines et que tu joues. Suis les Indiens sur les sentiers, il y en a partout autour de la ville, ils sauront te guider. Vas vers les campements, les caravanes, les tentes et les taillis, écoute : au feu à la nuit tombée, il se dit des aventures tirées d'un nouveau *far west*.
|
||||
|
||||
Pars cette semaine par exemple, tu as le temps. Jan Yoors, un gamin de ton âge a déjà fait cela. Fais comme lui, pars et reviens selon tes souhaits. Essaye, prends l'habitude, cherche ! Sois patient les premiers soirs, ne brusque surtout pas : que tes retours à la maison se fassent en silence pour ne pas réveiller ceux qui dorment. – Tes vieux !
|
||||
|
||||
Et s'il te plaît plus tard, fais ton profit de cette histoire. Lorsque tu voudras à ton tour embrasser la vie, plier le monde, circonscrire les causes et faire usage de ta puissance ou simplement construire ta propre route : alors repense à ces terres-pleins et aux compagnons qui y vivent.
|
||||
|
||||
Je te laisse de poursuivre la fable.
|
||||
26
content/Récits/Les Terre-pleins/10_Tina_chez_Guillaume.md
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26
content/Récits/Les Terre-pleins/10_Tina_chez_Guillaume.md
Normal file
@@ -0,0 +1,26 @@
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||||
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||||
title: Tina chez Guillaume
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||||
date: 2021-02-03
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||||
– Qui elle est ton invitée du soir, Guillaume ? Je t'en ai déjà beaucoup dit je trouve en te racontant mon voyage ! Je suis une drôle de fugueuse, hein ? Je fugue ma « seconde de détermination » ! Tu devrais t'inquiéter, détournement de mineure, ça peut chercher loin...
|
||||
– Je n'ai pas peur. T'as seize ans quand même. Est-ce un crime d'héberger une ado ?
|
||||
– Ce serait plutôt être ado qui est un crime, ou plutôt un châtiment... Une accumulation de petits non fiévreux, instinctifs qui ne se rassemblent jamais en quelque chose de construit et que la fille qui est devant toi est bien obligée de prendre quand même !
|
||||
– Tu n'as pas l'air d'être si malheureuse que ça, non ?
|
||||
– Disons que je me tisse un patchwork alors que d'autres je crois fabriquent déjà leur costume. Je n'ai pas grand chose à moi, j'ai l'impression d'être le nègre de ma vie, mon reporter, clic ! Clic ! Clic-Clac !, on fait son lit comme on couche !
|
||||
– Eh ben...
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||||
– Oups, désolée... Ce que je voulais dire, c'est comme si on existait juste pour découvrir les choses.
|
||||
– Peut-être ! Sauf que ce n'est pas un un jeu de piste non plus, rien n'est préparé à l'avance, tu vois ? Mais tu as raison aussi, la vie est là.
|
||||
– Non, elle n'est pas là. Les adultes la désignent toujours comme quelque chose qu'il faut attendre...
|
||||
– Ne t'inquiète pas, des fois elle te saute au visage, hop ! Et là, il ne s'agit plus de fuir.
|
||||
– Je ne fuis rien !
|
||||
– Je ne sais pas, mais j'ai envie de te poser la question. T'es en fuite ?
|
||||
– Pas ce mot s'il te plait, il est vulgaire. Fugue est beaucoup plus joli, déjà. C'est musical. Non je ne fuis rien. Je marche, un peu plus loin que d'habitude. La ville, je la connais par cœur. Je ne sais plus ce que je vois quand je suis là-bas. J'ai envie d'un autre regard, à moi.
|
||||
– Oui mais le reste ? L'école, ta...
|
||||
– Oh, hé, arrête ! T'as vu où tu habites, toi ? Dans un camion ! Même pas de famille !
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– J'ai fini l'école moi !
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– Moi je la termine aujourd'hui, voilà. Est-ce que c'est de ma faute si l'école prend tout le temps ? Des années, à ne faire que ça ! L'école, c'est l'obligation, « reste scotchée là et ne fait rien d'autre. Tu verras plus tard ! » Même pas le temps de prendre son temps.
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– T'as que seize ans.
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– Là, on va commencer à parler famille, alors...
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– Non, il est tard, tu veux dormir dans le camion ? Il faut que j'y aille, je vais travailler toute la nuit.
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– OK. Mais dis-moi quand même, qu'est-ce que ça fait de pas avoir de maison, de direction ?
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title: Martin, au bout de la cigarette
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date: 2021-02-02
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Oui, bien sûr, il y a eu un premier soir. Mais on ne le sait pas. Ce soir devient le premier parce qu'il y en a eu d'autres après, un deuxième, un troisième. Après, les soirs font vite la semaine et bientôt tu perds le compte, tout a changé. D'autres habitudes se mettent en place, celle par exemple de téléphoner « je rentre. » Ça fait quinze jours ou trois semaines. Tu arrives, tu poses ton sac dans l'entrée et pas directement dans la chambre. T'es comme un invité. Tu programmes la machine à laver, tu laisses dans un coin du frigo ton casse-croûte pour le dimanche soir, quand tu repartiras avec le linge sec.
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Tu ne rentres pas chez toi, tu vas voir ta femme et tes enfants qui habitent une maison où la vie s'est organisée sans toi. Il y a pourtant des moments délicieux ces jours-là, crois-moi ! On se retrouve, on joue, on s'aime. Mais quand même, le cœur se pince. Et puis avec l'habitude, il ne pince plus autant.
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Alors oui, il y a eu des premiers soirs. Peut-être un de ceux où tu fumes une cigarette dehors dans le jardin. Il commence à faire vraiment nuit. Les nuages s'amassent mais laissent encore voir la lune. Il pleuvra demain, alors la lune est belle à prendre comme un cadeau. Un tout petit morceau d'exceptionnel et aussi une permanence, elle qui survivra aux nuages et à la pluie. On se dit je pourrais partir maintenant. Là, tout de suite. Tu es à trois mètres de la porte de la maison et tout près du portail. Tout glisse comme ça, tu es déjà parti. Voilà. De toutes petites choses.
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Mais il y a aussi un appel immense et permanent à prendre la route, depuis longtemps tu le sais ! On baigne dedans, on le respire avec l'air, et puis soudain une émotion submerge. Face à la mer, à l'horizon, dans une photo, à l'intérieur d'une musique, dans la phrase d'un livre, au bout d'une cigarette. C'est l'oxygène, la liberté qui nous montre de quoi on dépend, de ce à quoi on a dit oui. La liberté nous dit ce qui nous fixe. Rares sont ceux qui savent faire les bons nœuds d'attache.
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Moi, je me dit que la fin de l'usine a coupé tout. Mais ce n'est pas entièrement vrai sans doute. J'avais déjà répondu à l'appel du monde. Et si tu ne retournais pas au travail demain ? Qu'est-ce que ça changerait ? Pour qui finalement ? Il y a mille autres façons de passer son temps, d'aimer et de vivre. J'ai beaucoup discuté de tout ça avec Guillaume. Et nous voilà partis.
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title: Davis
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date: 2021-02-01
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Ce matin, Davis a fait un aller-retour à hôpital Pontchaillou, comme tous les mardi. Encore une fois, il a filé à toute allure sur la rocade Nord. De la camionnette-bus « handicapés » de Momo, par la fenêtre arrière, à travers les deux rails pour les fauteuils roulant relevés, il a vu comme dans un film les séquences de terre rythmées par les ponts et leurs piles taguées. Davis a remarqué qu' « Azote » était passé ce weekend refaire ses chromes sur les piles des ponts. Ça lui a fait plaisir. Davis était derrière en position semi-assise, sanglé. Il demande toujours à Momo de bien le serrer et d'aller vite. Il a ainsi moins l'impression de vivre le transport d'un corps, un transfèrement utile qu'à la maladie.
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Souvent lors de ces trajets, Davis croit surprendre son ami Maghlout, debout dans la végétation des terre-pleins. Immobile, invisible et prompt à la disparition, comme un cerf à la lisière de la forêt. Il est là, il n'est plus là, était-ce un rêve ? Où es-tu, Maghlout ? M'as-tu vu passer dans mon fier camion ? Qu'importe. Si tu marches, je marche. Rien n'est perdu si tu es en mouvement. Et puis...
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Mais le téléphone sonne et Davis décroche. Il est de retour chez lui :
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– Bonjour mon chéri, ton papa et moi nous sommes retrouvés au Mans. Un café et on arrive. Et nous avons quelque chose à t'annoncer, une surprise !
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Alors Davis monte à son étage. Il regarde toutes les machines qui clignotent devant lui. Il va falloir tout éteindre dans l'heure et demie qui vient pour, difficilement, descendre l'escalier et embrasser ses parents.
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Un plein écran en carte avec les GPS des copains dont Davis suit ainsi les déplacements. Momo l'infirmier, Pascal le livreur ou Ozone le peintre. Un autre avec tous les logiciels de musique, l'émetteur-récepteur d'ondes courtes, son ordinateur portable avec ses devoirs. Tout ce qui est en papier ne clignote pas mais il faudra les laisser aussi. Livres, cartes, partitions, gribouillis. Son compte Tweeter qui sera muet, mettre le statut « occupé » sur Facebook ou Skype et ses messageries.
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Davis vit la plupart du temps seul dans la grande maison. Les Mane ont chacun un métier qui les mènent dans beaucoup de déplacements, dans beaucoup d'occupations, dans beaucoup de responsabilités. De temps en temps, principalement le weekend mais pas forcément, ils posent leur sac chez eux. Ils signent les bulletins et les factures des cours à distance, vérifient les radios et les analyses médicales de Davis. Il a souvent prévu, commandé et fait livrer les courses. En vrai quand sa mère revient car elle aimera consacrer du temps à faire la cuisine ; en faux quand il n'y a juste que son père car celui-ci finira toujours par trouver plus simple d'aller au restaurant ou de faire venir des sushis.
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M. et Mme ne montent jamais à l'étage. Ainsi, c'est en bas que Davis range toutes les traces et justifications de sa vie. Celle-ci est rythmée par les visites à l'hôpital ou chez des spécialistes, avec Momo. Voilà pour les déplacements. Sinon, les cours du lycée (la seconde, Davis a pris une grosse année de retard au collège). Puis visiter, écouter, surveiller le monde qu'il soit proche ou lointain. Par exemple quelqu'un comme Tina. Faire l'hôte de luxe quand un copain vient, ce qui est rare, ou quand Maghlout passe, ce qui est un peu plus régulier. La maison est un des toits du Marocain. Mme Félicie la nettoie trois fois par semaine.
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Davis se tient très souvent derrière les grandes baies vitrées du salon. Il passe de longs moments à regarder la campagne et à penser devant les travaux qui avancent là-bas sur la départementale 97. Ou simplement devant les saisons. Lorsqu'il entrouvre une baie et fait un pas difficile sur la terrasse en caillebotis, le vent orienté plutôt nord ou plutôt sud lui apporte des sons différents – qu'il s'empresse de copier en musique. Le roulement de la rocade, des hélicoptères, le silence du terrain de golf ou les bruits du travail dans les jardins ou dans les ateliers. De l'autre coté, les tracteurs et les bêtes, quelques bouffées d'odeurs de forêt, les camions, les mouettes et même parfois la mer. Et la nuit, les lumières et les étoiles.
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Bientôt la voiture de M. et Mme Mane se garera. Davis range, éteint, met au propre et entreprend déjà de redescendre prudemment l'escalier. Il en rajoute toujours un peu dans sa claudication quand ses parents sont là. Peut-être leur parlera-t-il d'une copine qu'il voudrait revoir ?
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title: La balade de Maghlout
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date: 2021-01-31
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Maghlout marche dans la brume. Le bruit des voitures est considérablement assourdi. On entend les chiens des campagnes, quelques bruits des maisons des lotissements. Maghlout a ouvert à demi son anorak et a retiré son bonnet. Tout est apaisé et après l'heure de route, il ressent le bonheur de la marche longue. Celui, physique, de l'effort assumé par un corps au travail mais aussi le plaisir du trajet utile. Maghlout va trouver Guillaume, quelque part autour de la sortie Saint-Malo.
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Dans les bosquets qui couvrent le flanc du terre-plein, on devine quelques sacs et même des petites tentes, certaines camouflées avec de l'herbe arrachée. Toute une science de choisir l'endroit où dormir. Maghlout ne se lassera jamais de l'ingéniosité des Robinson. Sur la crête, il surplombe le large virage de la rocade qui fuit vers l'ouest et il s'accroupit quelques minutes. Le paysage chasse de son esprit les hommes endormis. Son regard suit les courbes de la terre et les lignes à haute tension, les pylônes et les arbres. Une passerelle bleue saute la route. Des motos passent soudain en furie. Maghlout descend un peu du côté nord du terre-plein pour ne plus les entendre. La campagne de l'autre côté a belle allure. Celle de la pesanteur grasse de la terre humide. C'est une terre qui se méfie de l'air, qui ne fait pas de poussière. Elle est à l'aise dans le brouillard. Elle gît et absorbe lentement les feuilles marron-noir, acides, couches et tas que le vent n'a pas pu prendre. Bien des fois, quand la météo est au sud-ouest, c'est le ciel qui semble vouloir se rapprocher de la terre et les nuages s'allongent et se couchent, roulent sur eux-mêmes. Ils prennent la couleur du bitume et l'esprit des hommes part alors au loin, au-delà des bras de la dépression, dans ces pays où il y a du soleil. Mais leur corps et leur vie restent attachés ici.
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Aujourd'hui, le ciel et la terre composent un accord de couleurs propre à la nature et à elle seule : des sèches et propres, rendues légèrement brillantes par l'eau et le soleil, délimitées par les bancs lumineux de la brume. Rouge des engins mécaniques, grès des murs, bleu des toits, vert clair des talus et sombre des fossés, gris et rouille des tôles, noir des quatre-quatre et des bâches et des pneus qui les tiennent, il n'y a que très peu du marron des champs retournés. Maghlout remarque l'orange de la trace d'un renard. Tous les traits autour des formes sont marqués, tous les vides de l'horizon sont uniformément remplis du bleu du ciel. Arbres, haies, routes et toits s'y détachent et en perdent leurs volumes. De certains angles de vue, avec les courbes des remblais de la rocade, les aplats des champs, les mamelons des rond-points, les tâches des camions et la ligne déchiquetée d'un vieil arbre, la nature est purement graphique. Par exemple ici une ligne d'arbres est subitement coupée par une quatre voies mais on en suit bien encore le trait, le lancé. Maghlout regarde le présent et voit aussi l'archéologie des arbres. Ainsi le paysage s'écrit lui-même, cherchant à se dire mieux qu'en vrai. Mais Maghlout pense soudain que cette photo n'est qu'un ordre voulu par sa mémoire de vieil homme. Qu'une réminiscence, encore.
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Déjà des paysages lui ont ainsi littéralement parlé. Les déserts par exemple et le premier d'entre eux : il quittait la maisonnée, la ville et bientôt le Maroc. Était-ce vraiment un choix ? Il avait pris la route par le désert et pas par la route de Tan-Tan le long de la côte. Maghlout se souvient du moment où il s'est dit, encore au seuil de son exil : « Je suis au premier sable du désert. » D'emblée il avait senti ce qu'allait être le chemin, cette traversée, sa fuite. La solitude, la tentation du retour. Il avait marché, l'élément désert empêche très tôt le retour. Comme l'océan, une peine, une longueur, une durée à laquelle se mesure le courage d'un fuyard. Et le désert, écrivant pour Maghlout ses lignes ondulées, le désert lui avait dit :
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« – Je n'ai rien à voir avec ta peine. »
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Cette parole avait coulé comme de l'eau tiède dans le corps de Maghlout. Sa gourde fraîche, le keffieh qu'il s'apprêtait à nouer sur la tête, la boussole qu'il serrait dans sa main, toutes ces précautions ne lui parurent plus essentielles. C'est en partant qu'il se protégeait, il ne devait pas craindre de plus grand danger que de renoncer à sa fuite. Et si devant lui il y avait le désert, la solitude et l'inconnu, il ne pouvait pas y avoir de peur.
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– Je n'ai rien à voir avec ta peine. Je suis neutre. Difficile mais sans animosité.
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– Oui.
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Par ces simples lettres le désert n'était plus une prison mais une route, le désert n'était plus l'impossible mais le passage. Ce qu'on accepte ainsi devient le petit lait de l'existence. Maghlout alors avait bu de ce lait.
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Le Maghlout d'aujourd'hui éclate de rire : avoir traversé le Sahara, l'Atlas, enjambé Gibraltar, s'être moqué de Franco et des gabelous pour se tenir ici ! À courir après une fille inconnue, sans doute déjà rentrée chez elle ou déjà partie loin ! Mais Davis est un curieux ami à qui on ne refuse rien. Et puis, Tina, « ne te sens déjà tu pas proche d'elle ? » lui avait-il dit.
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En bas du terre-plein, au bout d'une petite route coupée par la rocade, deux hommes récupèrent de l'acier sur la carcasse noircie d'une épave brûlée. Sur le haut, à une centaine de mètres, une voiture débouche d'une passerelle. Bleue, banale, deux hommes costauds habillés de noir. Des gendarmes.
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Maghlout les laisse passer puis franchit la route par la passerelle. Il reprend sa belle après-midi de marche. L'étape est maintenant une immense ligne droite. À travers les bouleaux, le long des sapins, montant et descendant au gré des levées de terre. Devant lui s'ouvre d'abord une perspective créée par la tonte récente du plat au milieu du terre-plein, entre deux rangées d'arbres. Gandais le paysan, s'il marchait là, comparerait peut-être ce couloir aux chemins creux de sa jeunesse qu'il y avait partout dans la campagne alentour et sans doute ici même, sous les pieds de Maghlout. Pour peu qu'on s'essaye à l'histoire des champs. Ce sont maintenant les chemins des paysagistes, celui du jardinier ou des gendarmes – l'espace de tous les gens à gilet fluorescent. Vert, jaune, orange.
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La terre est meuble sur ce plat, il n'y a pas de bâche ou de pierres. Maghlout sent ses pieds s'enfoncer dans l'herbe et aucune pensée inquiète ne gâche son plaisir. Il reprend peu à peu conscience de son poids, de son appui sur le sol humide et de ses traces. Maghlout sent la terre plier sous lui. Il pense comme il a déjà pensé il y a des centaines de milliers d'années qu'il est le Premier. Que la Terre gardera l'empreinte en creux de sa volonté. Qu'on retrouvera peut-être un jour le fossile de son pied, de son intention de marcher devant suivant ce qu'il croit vrai ou ce qu'il croit faux. Un peu comme M. Robert dont Martin lui a conté la longue histoire – elle commence au 19e siècle ! Un marcheur têtu lui aussi qui aurait sûrement remarqué l'âme heureuse de ces humbles bosquets, le discret accompagnement d'un oiseau et qui aurait exprimé un peu joliment « un indicible sentiment universel, une sensation de gratitude qui jaillit puissamment dans une âme en joie ».
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Le chemin se termine en pente douce et Maghlout se tient à l'abrupt d'une route qui s'engouffre dans un tunnel sous la rocade. Il sait qu'à partir de là, l'itinéraire sera moins facile. Il franchit les ponts au-dessus du canal et du train, les pointes nombreuses des remblais autour de la sortie 13. Il marche lentement en contrebas de la route. Enfin une dernière montée l'amène franchement en haut de sa destination. Il s'arrête là et prend ses quartiers. Ce n'est pas la première fois qu'il dort ici. Rien ne presse. Il s'assied. Il devine à travers les maigres branches des buissons l'agitation qui commence du côté des travaux. Car le soir descend et, avec lui, le repos.
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Le soleil est bien à l'ouest et, à la hauteur qu'il a ce soir, basse, on doit pouvoir être ébloui pour peu qu'on soit sur une des nombreuses rues de Rennes qui suivent l'axe est-ouest. Maghlout essaye de visualiser la ville où pourtant il n'a jamais mis les pieds. Davis lui en a souvent montré les cartes et il a l'air d'y trouver une réelle signification. Pour lui, Rennes est comme un temple dédié au soleil. Il entre certains jours en un rayon exact et place la ville au sein de l'univers entier ! Délire d'adolescent gavé de films et de jeux vidéo ? Non, car Davis lui a aussi raconté : En haut d'un escalier de la gare, regardant les quais un jour comme celui-ci, j'attendais. Une petite fille attendait aussi mais, pour ne pas rester seule, jouait sur les marches en aluminium pas loin de sa maman. Elle demande à sa mère : « C'est de quel côté, Paris ? » La mère attendait aussi mais pas de la même façon, elle devait être très inquiète, agacée, égarée car elle répondit ainsi à la môme d'un ton très énervé : « Mais enfin, Paris c'est là ! » Et elle désignait de son bras tendu le soleil qui se couchait exactement dans l'axe des rails, vers l'ouest.
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Le train, oui, Maghlout l'a déjà pris. Mais il se souvient plutôt des gares. Il y a longtemps. Ce fut facile en France, il allait vite, de quai en quai parmi les autres voyageurs qui s'étonnaient de son allure. Mais ils avaient besoin à l'époque de bras, de main-d'œuvre et le Maghreb, pour la majorité d'entre eux, c'était la France après tout. Ils haussaient les épaules.
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Des lumières s'agitent. Maghlout sort de sa rêverie. Dans le large virage et ses multiples lacets, des camionnettes et des voitures viennent se garer derrière les barrières et des signalisations en plastique dur. On prépare un déroutage. On a ouvert des grilles. Les engins s'allument et chauffent. Là-bas, autour de braseros, des hommes avec des gilets et des casques fluorescents s'assemblent. Ils attendent l'heure : il y a encore les deux lignes de voitures. Puis ces hommes envahiront la moitié de la route pour l'opération de chirurgie routière. Des camionnettes créeront un bouchon mobile pour inaugurer sans danger la dérivation. Et puis après, dans quelques jours, le sang circulera mieux. Des talkies-walkies crépitent.
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En attendant, Maghlout a attiré son sac et en sort son repas. Calé au tronc d'un peuplier, pas très loin d'un terrier et d'une herbe de la pampa – elle aussi s'est échappée et elle s'en trouve plutôt bien, Maghlout est enchanté de ce voisinage. Cette fois les hommes s'agitent, on leur assigne des postes, les talkies hurlent. Un hélicoptère survole la zone, les pompiers sont là, un journaliste aussi.
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Alors que les engins démarrent et que leurs fumées chatoient à la lumière des groupes électrogènes, un convoi de camion-goudron arrive et freine en haut de la bretelle. Maghlout range avec soin ses affaires. Juste de l'autre côté de la butte, il a repéré un lit de feuilles. Il y tire son sac, bâche en dessous, déploie une couverture. Puis, comme on regarde distraitement une série à la télévision, il jette un œil au début de la nuit de travaux. Enfin, heureux de sa journée, il se couche. Il aura quelques points douloureux dans son vieux corps demain. Du chantier, il n'a désormais qu'un bruit assourdi, quelques coups de sifflets et des accélérations de moteurs lourds. Au-dessus de lui, des vagues lueurs, parfois une odeur de gasoil brulé. Il se réveillera le matin à l'âcre atmosphère du bitume fondu.
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En contrebas, Guillaume installe des projecteurs blancs. C'est parti pour la nuit. Il repense fugitivement à Judith, sa « fiancée » comme on dit, à son diplôme d'ingénieur abandonné, à son camion et à Tina qui y dort peut-être. Il sourit, que faire d'autre, la journée de travail a commencé.
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content/Récits/Les Terre-pleins/14_Du_haut_des_Horizons.md
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content/Récits/Les Terre-pleins/14_Du_haut_des_Horizons.md
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title: Du haut des Horizons
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date: 2021-01-30
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M. Marc est debout à la baie de son appartement, dernier étage des Horizons, whisky. *Strathisla* cinquante ans d'âge – plus vieux que ces tours ! Rennes s'expose à M. Marc, comme toujours. Une carte vivante, à l'échelle un pour un, la ville qu'il aime tant. Toute sa vie y est inscrite, quasiment dans chaque rue. Parmi les lumières, il y distingue les lueurs des bougies de ses souvenirs, les spots des chantiers sur lesquels il travaille, les marques rouges des rénovations déjà actées. Celles qui sont l'avenir de la ville. On vit toujours dans un avenir.
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Lui-même vit les jours qui étaient l'avenir de sa femme, Chantal Moine, défunte. Sûrement cette douzaine d'années, elle aurait voulu les vivre, elle les aurait aimées. Nous les aurions aimées ensemble, Tina, Rennes, elle et moi. Gwenaël Marc n'est pas un habitué du vague-à-l'âme et c'est pourquoi il évoque ce passé sans nostalgie, ce passé à la fois non avenu et pourtant réalisé, d'une certaine façon. Sa vie n'est que création et amour pour sa ville, sa fille, tout ce qu'avait commencé Chantal. Elle était – au tout début quand il était étudiant – sa directrice de stage. C'était à l'agence d'urbanisme et de développement de l'agglomération, comme on disait à l'époque, rennaise. C'était du sérieux. On ne répliquait pas à cette Audiar-là et encore moins à Chantal Moine. La jeune femme y avait un rôle influent, rapidement acquis. Intelligente, compétente, joyeuse, elle impressionnait. Foncièrement acquise au fonctionnalisme dans l'urbanisme et l'architecture, elle en exprimait une vision personnelle. « L'utilité alliée à la liberté », disait-elle. Elle parlait grands ensembles, ZAC et ZUP dans un grand cliquetis de perles indiennes, de bracelets et de breloques qu'elle collectionnait sur des robes très amples. On savait son style de vie libre, elle était bien dans ses années soixante-dix. On avait envie d'habiter les maquettes et même les dossiers des technocrates de l'agence, pour peu qu'elle les présentât. Elle parlait de « la norme, de la non-norme comme espace-création et de l'à-côté de la norme comme lieu-concept. Rennes doit maitriser cette dialectique. Si on le fait, dans cinquante ans, on a gagné ! » Elle souriait en concluant là-dessus, avec des yeux bleus au travers de grosses lunettes d'écaille. Gwenaël Marc était rapidement tombé amoureux.
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Que trouva-t-elle chez le jeune homme ? Je n'en saurai jamais rien, se dit M. Marc. Sans aucun doute l'intuition qu'il serait un passeur, un transformateur, un innovateur fidèle. Fidèle à quoi ? À propos de ce mariage surprenant, elle répondait par l'explication du coup de foudre. La romance, « vivre par et pour le sentiment ». Personne ne la crut jusqu'à ce qu'elle accouche de Tina.
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Rennes ce soir semble une ville à la fois lourde et en suspens, comme une campagne en hiver sous un ciel orange allumant la pâle lueur du soleil parti. Subitement l'impression que rien ne nous sera donné de plus aujourd'hui. La ville est calme et ondule lentement dans son sommeil. Elle se tord, elle gonfle, elle bout là-bas comme un lac avec de la fumée sur l'eau. Autour d'elle, des torrents de phares rouge la quittent, quittent le volcan percé et coulent loin dans les alentours. La ville liquide va, déborde, envahit des zones, suinte par ses axes. Les quelques tours commencent à fléchir sous l'ombre et la chaleur, on a l'impression que seuls les habitants les font encore tenir debout. Tout va bien. Un autre verre.
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– Et oui !, crie M. Marc.
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Construire. Diriger les fluides, contenir et gérer les pressions. Couler le béton, faire circuler, attirer et retenir. Une construction que menacent toujours des flux, des courants humains et économiques, beaucoup plus difficiles à endiguer que la mer et ses vagues.
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Non !, Tina n'a sûrement pas quitté Ys ! Avec cette rue Saint-Georges un soir de juin à la lueur des bougies. Le Thabor aux premiers dimanches d'avril. Ces sacs à dos dans la gare sur lesquels bébé ses jeunes parents l'allongeaient. Cet immeuble dont Gwenaël Marc se souvient de l'érection, cet immense trou sous les Lices où il s'était fait photographié en famille, bras dessus dessous aux épaules d'une équipe de cimentiers. Photographié sous les marronniers de la place Hoche, sous l'enseigne des entrepôts Picard rue Saint-Malo. Devant l'Opéra, en face de la mairie, serrant la main de M. Hervé ; là recevant une médaille et les honneurs du préfet. Tous ces hommages, ces onze-novembre, ces huit-mai et ces cinq-août en l'honneur de la libération de la ville par Patton. Tous ces poignards élimés ou ces souvenirs joyeux encore saillants, ignorant du temps qui passe, ces regards aimants et l'éperdue bonté des gens. Tina à n'importe quel âge, vivante parmi tant de jouets, parmi tant d'occasions, prise dans les bras de ces Béninois qui avaient rénové l'école, embrassée par les femmes du Planning familial ou par telle enseignante qui lui trouvait sans flagornerie, au-delà de ce nom de famille si connu dans Rennes, quelques qualités personnelles.
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Tina est même là dans ces rapports, ces comptes-rendus, ces esquisses, ces affiches, tous ces plans de masse, de coupe ou en cavalière, les gribouillis, les cartes, dans les diagrammes et les camemberts, ces papiers qui s'entassent sur le bureau et vers lesquels se dirige maintenant M. Marc. Tout son amour de façonner la ville, son jardin, la vie. Là où Tina a grandi et a joué, et où elle doit jouer encore ce mardi, jour qu'elle décidé sans école. Et alors ? Gwenaël Marc a confiance.
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title: Maghlout rencontre Guillaume
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date: 2021-01-29
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>Je comprends fort bien qu'on lui ait mordu
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la main. Lorsqu'on rencontre quelqu'un de vraiment libre,
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on se sent soudain bien nigaud avec tous ses voyages et ses projets. -- Nicolas Bouvier.
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Ce n'est que vers dix heures ce matin que j'ai pu me faire payer de la nuit. Le travail a été fini à six heures comme prévu et la circulation a repris. Mais pour le salaire, trop de papiers s'étaient soudain révélés indispensables, parait-il, dans ce délai. Ça discutait ferme autour du guichet – une simple table de camping, alors j'ai joué des coudes. Et j'ai dit j'ai fait tant d'heures, à tel poste, alors voilà, payez-moi.
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– Ce n'est pas si simple aujourd'hui, Guillaume, qu'on m'a répondu. Tu vois, c'est un gros chantier qui commence maintenant, le Pont-Lagot. Il nous faut quelques papiers quand même.
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J'ai pris mon sac et j'ai sorti tout ce que j'avais. L'ancien contrat de travail de Promenade, la domiciliation de Judith, une autorisation de sortie de territoire, ma carte vitale. Mon permis de conduire, l'arrêté du tribunal, la loi, la Constitution, tout ça ! Mais non, les règles avaient changé. OK, laisse-moi voir un peu, me dit le gars. On te connait quand même.
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– Et comment, j'ai dit ! J'ai bossé, ils ont été contents de me trouver là. Bon, vous me payez et je m'en vais, c'est tout !
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C'est alors qu'un petit homme m'a abordé par le bras. Laisse couler, il me dit. Pourquoi on ne serait pas ensemble ? Et il s'est tourné vers le comptable :
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– Attends deux secondes, tout va s'arranger bien.
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Et il m'a pris à l'écart :
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– Je suis Nabab, salut. T'es bon toi, hein ? Je t'ai remarqué cette nuit. Alors rejoins mon petit groupe et tout va vite s'arranger tu vas voir. Tu pourras continuer à bosser sur le Pont-Lagot.
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– Pourquoi, tu es du chantier ?
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– Non, pas exactement. Je monte un groupement, tu vois ? Une coopérative, une petite affaire de travailleurs pour...
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– Au cul le communisme, au cul le syndicat !
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– Non, non, tu te trompes ! Au contraire, c'est une sorte de fédération, une solidarité adaptée aux nouvelles formes de travail. Une meilleure façon de dialoguer avec les passeurs d'ordre, de vendre au meilleur.
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– Au cul aussi ton entreprise ! J'en suis pas !
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– Tu comprends décidément pas. C'est comme ça qu'ils discutent maintenant ! C'est comme ça qu'il faut qu'on s'organise et qu'on travaille. On repère un chantier, on aborde, on négocie en force et après on s'assure la répartition. Toi et moi on est du même milieu, hein ? T'as pas de fixe ? Tu loges aussi sur les terre-pleins, non ? Donnant-donnant, et j'en obtiendrai plus pour toi. T'es intelligent. Comme moi, tout pareil. Et si on fait un bon équipage, on gagnera beaucoup plus. J'connais toutes les ficelles du travail, tu sais, tous les trucs, toutes les embrouilles. On ne me le fera plus ! Avec moi, t'auras plus de soucis !
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– Je t'arrête. Ça ne passera pas avec moi, j'aime pas les intermédiaires.
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– Et si ça se passe mal, hein ? Tu pars et c'est tout ? Tu crois que c'est aussi simple ? T'as pas d'ami, tu seras seul. Moi je facilite, tu vois ? J'ai mes entrées. Et je me vois bien avec toi, Guillaume. On est pareils je te dis.
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– Mais d'abord, comment tu sais mon nom ?
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– Hé, hé... Allez, viens.
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– Laisse-moi tranquille. Je suis peut-être con mais ton syndicat, j'appelle cela de la mafia. C'est rétrograde.
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– Ben mince, alors ! Comment ça rétrograde ? Tu sors d'où bonhomme ? C'est plutôt à la pointe comme système ! Partout en Europe ça se passe comme ça. En Italie, en Autriche aussi ils ont la technique. Bientôt en Allemagne, en Algérie, dans l'Australie et tout ça. Tiens, moi qui revient de Hongrie...
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– Et bien retournes-y. Je viens de Promenade, moi. J'ai pas besoin de tes services. Salut !
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Et je suis parti en lui clouant le bec comme ça. Je n'ai même pas cherché à me faire payer. Mais le comptable m'a rattrapé après et il m'a donné mon salaire. « Tu sais, ça change. » Quand ça arrange, vous savez faire, j'ai conclu, et l'autre, là ? – Bah , que veux-tu...
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« La solidarité n'existe plus » m'a dit un jour un ami, Jacques, qu'est costaud sur ces questions. C'est vrai. C'est presque plus facile de penser aux Chinois qu'à son voisin de travail. Tant mieux en un sens, tu vois Maghlout ?, on est libre aujourd'hui de choisir ses amis au moins. Voilà, maintenant je vis comme ça.
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Ma maison est blanche. Un camping-car parmi des caravanes, tous garés sur ce terrain au bord de la rocade. Le soir, lorsque je reviens chez moi, la bretelle de l'autoroute surplombe le camp un bref moment. Je vois ces cubes blanc cru sous le petit ciel orange des lampadaires. Des jouets qui ne seront jamais peints et qu'une main d'enfant aurait disposé là en cercle, en rangées, en colonne. Un enfant préfère construire le jeu et souvent le délaisse ensuite. C'est dans la tête qu'un enfant joue et moi je vis dans la tête d'un enfant qui joue.
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Les villages anciens avec leurs toits gris, groupés autour de l'église, des deux écoles, du monument, du jeu de boules, du cimetière et des trois ou quatre bars, tout est oublié. Rien de tout cela chez nous. Une forme changeante, coulante, un flux. *Here today, gone tomorrow=*. Alors je range mon camion parmi les mobiles et les caravanes des femmes tatouées, des barbus et parmi ceux que les gens appellent les manouches – par manque de mots. Ils collent ce mot-là sur tous ceux qui voyagent, qui parasitent, les sans-attache, les traitres, les aboule-fric, les hors-sens, les demeurant-partout.
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Qu'importe si j'en suis pour les gens : ils ne sont pas les gens.
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Moi je suis un prédateur. Je suis redevenu un prédateur après la fermeture de Promenade. Je suis redevenu celui qu'étaient les gens avant. Je suis la vie, je m'en nourris, je ne la lâche pas. Quand le travail est là, je le suce. Quand il s'enfuit, je le piste vaguement, il n'est qu'une nourriture et je peux rester sans manger longtemps ! Je suis maintenant redevenu un nomade. Je n'ai plus de notion de lieu ni de fidélité. Comme la grande majorité du monde entier, nous ne vivrons pas l'avenir de nos pères ! Eux nos pères et nos mères, leur bonne et leur mauvaise foi se sont conjuguées pour nous préparer un monde mauvais. Nous y vivrons, oui ! Mais rien de ce qui les passionnaient ou de ce qui les divisaient n'a plus aucune prise sur nous. Nous sommes maintenant bien lisses aux idées. L'origine, l'histoire, la famille, le figé, tout cela n'a plus aucune réalité. Tant pis pour eux. Tout ça s'est effondré, tout ça s'évapore. Maintenant, on est des toujours-partis.
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Alors autour des villes construites en dur pour durer alors que tout change et que rien ne perdure, nous habiterons sur les trottoirs, les terre-pleins, les zébras, les rond-points, les parkings et les bretelles, sur toute la terre qu'ils ont bien involontairement laissée libre. C'est de là qu'on peut repartir plus vite vers les autres zones franches. Étrange vocabulaire, n'est-ce pas Maghlout l'immigré ? Je serai celui qui brûlera le dernier litre de pétrole pour aller ailleurs, dans un nouveau monde, à l'abri, *an air-conditionned gypsy=*...
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=sep=
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– OK, philosophe. Parle-moi de Tina maintenant.
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– Quand je suis rentré ce matin, elle avait grimpé sur le toit de mon camion. Elle m'a dit coucou !, elle avait bien dormi dans mon nid. Elle a repris les jumelles. Qu'a-t-elle vu ? La voie d'accès à Villejean, peut-être le ruisseau du Pont-Lagot, sans doute le lycée agricole de la Lande du Breil. Viens voir, là.
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Puis elle est repartie. Elle a promis de me revoir, elle a pris mon numéro et que si elle avait besoin d'un taxi, a-t-elle dit... Je ne sais pas si je vais rester là, lui ai-je répondu. Justement elle a dit. On verra... Et ton Davis, Maghlout, il va m'en vouloir de l'avoir laissée partir ? Il n'a qu'à se déplacer lui-même !
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– Non, je marche à sa place. C'est facile pour moi, pas pour lui. Crois-tu qu'elle veuille vraiment partir loin ? T'as t-elle dit où elle allait ?
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– Les adieux ont été simples. Elle m'a dit « Au revoir camion. » Je ne crois pas qu'elle va s'en aller de suite. Peut-être elle va rentrer. Peut-être quand même elle va partir.
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– Je ne suis pas avancé avec ça.
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– Écoute. Oui c'est vrai, on a causé pas mal encore ce matin. Je voulais finalement en savoir plus sur cette gosse. Ce qu'elle voulait. Et puis, un enfant c'est un enfant, hein ? On est obligé de faire attention. Mais j'ai envie de te laisser dans l'indécision comme je le suis, moi. Je lui ai donné mon numéro, alors qu'elle n'a plus de téléphone ! Inch Allah ! Elle décidera. Tout le monde a une histoire, n'est-ce pas Maghlout ? Bien sûr, oui ! Mais j'ai cru jusque tard ce matin qu'elle n'en avait pas. Je me suis trompé longtemps sur son compte mais elle a vécu elle aussi des heures et des jours. Comme moi, comme toi qu'est vieux et comme tous les autres ! C'est là qu'elle m'a ému, tu vois ? Tu diras ça à Davis. Chaque putain de seconde qui passe, pour qui que ce soit, c'est de l'histoire. Pour moi, pour Martin, pour toi ou Davis, pour Judith aussi – ma copine que je ne vois plus. Une fois chaque seconde passée, elle devient un mystère. Des interrogations, des conversations et parfois hélas un passé qui pèse. Mais un moteur aussi : Tina est venue dans mon camion. Tu as croisé Martin, tu viens me voir, tu me parles de Davis, j'ai l'impression que tout le monde est là ! Depuis que j'ai croisé Tina, je pense qu'il faut faire un peu plus attention aux autres, à ceux que l'on rencontre. C'est idiot, hein ? Je l'aime bien cette gosse. Je lui ai donné de l'argent, j'ai cru la protéger.
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Bon, de toi, elle n'a rien à craindre. Elle est partie par là, au sud, elle va continuer son tour. Avec un peu de chance, tu la rattrapes ce soir. Couvre-toi, ils annoncent de la pluie !
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title: Ce que sont les acquis
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date: 2021-01-28
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Huitres, muscadet, tourteaux et bigorneaux hier soir. M. et Mme Mane sont arrivés un peu plus tard qu'annoncé mais les mains pleines. Ils étaient très gais. La soirée fut une petite fête et maman était très belle. Fatiguée, mais remaquillée et heureuse. Ce matin fut passé à se préoccuper de Davis et des multiples riens administratifs. M. Mane a pu voir le paysagiste pour planifier les entretiens du printemps et les plantations. Il y a pris du plaisir à rendre possibles ces efflorescences. Quelques disques passés après le repas, *Child in time, A Wreck on the Highway, I will follow, I wish I can feel what's to be Free, Paint it Black* et le très long *Do you fell the way that I feel ?* Que des tubes sortis de la discographie paternelle. Langage, prémonition, déclaration, annonciation, chants de Noël !
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Davis regarde le soleil tomber derrière les arbres, à travers la vitre du salon de la maison. Les ragosses se lancent et, sur fond du soleil large et rouge du soir, elles dessinent quelque chose de tordu, d'obstiné, d'aléatoire, de sentimental. Forcées, torturées mais libres les ragosses, nobles – une petitesse magnifiée dans l'astre. Les parents de Davis sont repartis. Ce mercredi ressemble à un dimanche rapide. Un weekend en semaine, opportunité rendue possible par les métiers de M. et Mme Mane – et par la situation de Davis aussi.
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Ça s'est passé à l'apéritif ce midi. M. et Mme Mane s'étaient assis au milieu du canapé, tout proches, enlacés. Excités et bientôt soulagés par ce qu'ils avaient à annoncer. Lui, de mauvais poil dans sa chaise adaptée, demi-assis demi allongé.
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– Tu vois qui est Mayol ? Celui que nous parrainons depuis dix ans avec l'association ? Il envoie à toi son « grand frère » un dessin tous les ans, a dit le père.
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– Eh bien, c'est ça, reprend la mère. Nous avons fini les démarches d'adoption. Il arrive samedi à Roissy. Nous serons là tous ensemble dimanche, a conclu la mère.
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Davis se décroche de la baie vitrée à travers de laquelle le soleil s'en va. Il est encore stupéfait de la désinvolture dont ont fait preuve, encore à son égard, ses parents. Son regard erre dans le salon vide.
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– Mais enfin mon chéri, toi tu es né entre l'âne et le bœuf ! Ce n'est pas pareil.
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Heureusement qu'il sait se débrouiller, le Jésus déchu ! Évidemment, cela fait longtemps que Mayol et lui se parlent sur Internet. Depuis au moins un an. C'est le jeune Péruvien qui l'a trouvé et qui a pris l'initiative. Il lui a confié ses rêves, son admiration pour Davis ce frère lointain et bénéfique, sa volonté d'être au monde et comment il travaillait déjà dur son français. Davis rage, monte à l'étage et lui envoie un nouveau message : « Voilà comment je vois les choses : tu marcheras pour moi. Quand tu seras installé ici, passé les cérémonies, il y aura la symbolique visite au centre commercial, le temple si tu veux. Ça se passe comme ça chez nous. Eh bien là, je t'achèterai une solide paire de Pataugaz, pas vraiment *à la mode* mais très sûres à la marche. Tu seras heureux, je t'attends p'tit con... »
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title: Rocade
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date: 2021-01-27
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Il y a une lenteur inattendue et surprenante dans le paysage. Ralentie, la rocade soudainement bloque d'un côté. Deux longues files de voitures et de camions et de cars s'y trainent en un cortège incongru. Ce qui était voué à la vitesse et le temps calculé au plus juste se trouve pris dans le sablier de l'embouteillage. Du côté intérieur, tout est libre. Du côté extérieur, d'autres véhicules tombent encore dans le piège par les bretelles cachées par des arbres. Il s'en rajoute à chaque seconde. À quoi penser ? Le rire et les pleurs des masques du théâtre, une nasse, une rivière en crue, un tricot, un engorgement électrique, un ralentissement de la matière ? Aucune idée et les gens s'échangent des regards tantôt navrés, tantôt agacés, tous perdus. Puis l'indifférence car ils s'absorbent dans ce qui ce dit ou se chante à l'autoradio, pour une fois c'est passionnant. L'air indifférent car ils sont tous bien sûr au-dessus de ce contre-temps. Indifférents car ils le sont effectivement, la route n'est qu'un lieu de passage obligé, un péage où on paye avec du temps. Désœuvrés soudain, ils accueilleraient presque avec intérêt la main tendue du mendiant, ils prendraient par politesse et d'une main négligée à travers la vitre le faire-part du décès de l'accidenté deux kilomètres plus loin, pour peu qu'on le distribue. Ils forment déjà le cortège funèbre de l'accident mais ça ne les concerne pas. Peut-être certains seraient même excités de cette ignorance même : comment ?, l'ambulance, les pompiers et la police et nous ne sommes pas encore au courant ?
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À moins que ce ne soit encore ces maudits travaux ! Toujours à modifier la route, qui naguère était si *cool=* ! Les travaux, il y en a tout le temps. C'est un phénomène qui se déplace, imprévisible. Un symptôme constant de bonne santé, mais aussi inévitable qu'un rhume pour les pauvres automobilistes. Comme la météo, les cours boursiers et les flashs info. La route n'a jamais l'air finie, comme si on vivait dans un endroit angoissant qu'il faut toujours bouger. C'est peut-être pour cette raison que pendant les congés on s'en va vers la montagne, la mer, la campagne ? Des paysages stables, protégés, résistants aux travaux.
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Ainsi ruminent des conducteurs dans la file. Certains remarquent l'hélicoptère et imaginent une chasse à l'homme, comme dans les films et les romans, dont ils seraient les témoins de l'action finale. Mais qui a l'honneur d'être ainsi pourchassé aujourd'hui ? M. Marc pense à sa fille – et à ce qui lui a bien pris de prendre la rocade à cette heure-ci, lui qui connait toutes les statistiques de circulation ? Il compose un numéro de téléphone, comme d'ailleurs une centaine d'autres aventureux de la route autour de lui. Dix kilomètres fois deux voies, au moins cinq cents voitures, au moins mille récits au téléphone perdus pour la littérature. Trop lents, les livres, trop lents !
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Martin, lui, s'est rapidement garé sur la bande d'arrêt d'urgence, dès que ça a coincé. Il a coupé la radio et il profite du spectacle. Après tout, un pare-brise et des rétroviseurs, voilà qui remplace bien la télé ! Devant lui passe lentement un camion-citerne, il distingue aussi un mouvement brusque. Une jolie femme n'a pas que ça à faire, elle se faufile ! Martin se recale au fond de son siège. Il se sent si étranger à cette foule. Et pourtant, il est dedans en un sens. Un figurant. Qui prend le temps de regarder.
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Et parfois ainsi le regard s'étonne : que nous propose-t-on comme idéal ?
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M. Marc, pas loin de Martin dans l'embouteillage, comprend que l'illusion masque bien souvent la vision : l'intention, la destinée de la route, c'est de rouler. Or la rocade ne roule pas. La netteté et la clarté de l'ensemble, des embranchements, les bornes, les noms bien écrits sur les panneaux, la pureté des courbes des échangeurs, tout cela perd soudain de son utilité. : on ne voit plus l'intelligence qui y a présidé. M. Marc se verrait mal d'ailleurs d'expliquer cette intelligence à chacun des gens bloqués ici... Il se souvient pourtant qu'il a manipulé des tonnes de chiffres, des monceaux de rapports et des prospectives. Il se souvient que tout est parti d'un seul trait sur une carte au 1/100 000e, grossier, tracé comme ça à main levée... et la route a existé. Une idée nette : permettre, sinon le voyage les déplacements, sinon un itinéraire, les flux, sinon l'évitement de la ville ses nouvelles frontières. De nouvelles normes, de nouvelles façons de faire, de nouvelles permissions et de nouvelles restrictions. Bref, le couple vertueux du progrès.
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Alors oui bien sûr, sous le trait du crayon, la terre mobilisée, les expropriations, les ponts, les sous-ponts, la gigantesque tranchée et des routes secondaires soit rendues aériennes soit tout simplement coupées. Une gigantesque écriture sur la page verte de la campagne et qu'on a nommée « Rocade », comme si Rennes était en guerre. Rocade, c'est un mot de 14-18 !, avait-il plaidé. En arrière du front à l'époque, elle « permettait la circulation des troupes et l'accès au combat grâce à des pénétrantes ». Et ses collègues qui persistaient à vouloir justement des *pénétrantes=* dans Rennes, en plein cœur des prairies Saint-Martin ! Où est-donc la guerre, de quel côté, criait-il ? M. Marc se souvient qu'il a milité et insisté à l'époque pour que toute cette boucle soit nommée sobrement *périphérique=*, comme dans toutes les grandes villes.
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« Ça fait péripatéticienne », lui répondit-on.
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content/Récits/Les Terre-pleins/18_folle-equipee.md
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title: La folle équipée
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date: 2021-01-25
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La circulation a repris. Les distances entre les véhicules se distendent et chacun retrouve son espace. Quelques-uns en profitent, comme des insectes vifs, pour se faufiler. Il faut faire perdurer sa nature, énervée ou calme, ici comme ailleurs sinon plus. Martin s'apprête à repartir, tranquille. Il pleut, encore une giboulée, dure, sans doute sur une centaine de mètres à la ronde. *Il pleut sur les uns comme il pleut sur les autres* chante Martin, il n'est pas pressé. Une chambre d'hôtel l'attend jusqu'à n'importe quelle heure, il peut être ici comme aussi bien là-bas, cent mètres plus loin. Il est l'homme le plus libre des coincés-là dans le ralentissement. C'en est cocasse. Il vit ici après tout, sur la route ! Tiens, il pourrait bien être cette ombre, ce *piéton* inconscient qui court dans l'espace en pointe entre la route et la future voie d'élan, pataugeant dans la boue. Elle regarde comment traverser, cette ombre, ôte sa capuche, pose son sac un court instant.
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Et le grand roman de la vie autorise cela : Martin reconnaît la figure délabrée du vieil homme qui est venu le voir l'autre soir, Maghlout. Klaxon, baisser la vitre. Il lui propose l'abri.
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– Hey, Martin ! Où vas-tu comme ça ?
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– Je vais monter une usine sur les anciens terrains militaires, à la Courrouze. Guillaume m'a tuyauté, un gros chantier qui commence, plusieurs mois. Toute la menuiserie va se faire sur place. En fait, je vais monter l'atelier qui fera la menuiserie de l'usine qui fabriquera je ne sais quoi au juste. Peut-être qu'ensuite les préfabriqués s'en iront et ce sera un parking. Bref, tout s'enchainera comme ça, c'est super prévu, écolo et tout. Et toi, Maghlout, comment avance ta quête ?
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– Dans le bon sens ! Je cours toujours après cette fille. Avance-moi donc un peu vers le sud.
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Ils passent le long de la Barre Thomas, puis au-dessus de la route de Lorient. Maghlout avoue qu'il n'est pas mécontent de ne pas avoir à traverser à pied, sous la pluie, ce vaste fatras. Il raconte sa visite ce matin à Guillaume. Ils parlent ainsi en suivant le fleuve de voitures. Roule, ralentis, roule.
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Mais soudain c'est encore le Styx. Il y a d'abord une camionnette jaune sous la pluie battante avec sur le toit un immense panneau triangle clignotant, cette trinité lumineuse prévenant d'un accident : « Resserrez-vous, n'allez pas sur les bas-côtés, faites attention, ne roulez pas trop vite ! » Mais cette camionnette est elle-même en feu. C'est un signal un peu moins dérisoire qu'une rangée de loupiotes. Une Mercedes est venue percuter la sauveteuse, puis s'est emboutie sous un gros panneau vert, maintenant tordu lamentablement. La voiture fume, alors on ralentit un peu et on s'en écarte.
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On passe.
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Juste quelques mètres plus loin, un homme dans son gilet obligatoire tente avec un drapeau de calmer le flot fou des gens qui ont à faire sur l'espace public dans des carrosseries au moins aussi chères que leurs maisons. Leur volonté est sans frein tandis que des gendarmes, sortant de leur bolide après avoir respiré un bon coup et pensé à maman montent au front. Et les pompiers arrivent et se garent encore plus loin, faute de place. Un hélicoptère transporte le ministre qui ne voulait pas arriver en retard et un autre hélicoptère les journalistes qui veulent sans retard photographier le ministre au dessus du drame.
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Alors tout ce qui roule crisse sur le bitume coûteux et la vue de Maghlout se remplit de points rouges comme s'il était lui même en hémorragie. Il a très peur, il a vraiment mal au ventre. Il est parmi les fous dans une rivière folle où des saumons frétillent en masse et zigzaguent, remontent dans le carnage vers leur but, gagnant du temps et de l'estime de soi – les Seigneurs. Dans le rétroviseur de Martin, une ambulance du Samu tente de venir au plus près des trois corps sanguinolents extirpés par les pimpons des ruines de l'accident originel, de la première embardée, du premier coup de frein, de l'arrachement de tôle, du détail qui a grippé, les salauds ! Les coupables en trois-chevaux, ils gisent dans leur peine et leur inconséquence. Le réservoir de la vieille voiture fuit et risque d'embraser le tout. Dans un mouvement étonnant, celui du banc de sardines qui sent le danger, la file de voitures s'étire et passe au large. On accélère en ordre. Tous s'arrangent pour passer vite, transiger jusqu'au prochain virage – même si la radio annonce déjà l'accrochage d'une citerne et d'une bétaillère, les cochons agonisant sur la route et dans le gasoil.
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L'enfer s'organise sur la bande d'arrêt d'urgence. Il faut redevenir au plus vite normal pour que la dialyse du territoire reprenne. Maghlout est écœuré et il supplie Martin de lui parler.
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– T'inquiète, on est arrivés. Je sors tout de suite, à la prochaine.
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content/Récits/Les Terre-pleins/19_gaite.md
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title: La Gaité
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date: 2021-01-24
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Tina est épuisée. Des heures et des heures qu'elle va dans le sud-ouest de Rennes, sous les averses. Elle marche nerveusement, furieuse de son indétermination. L'élan est grand en elle mais elle ne trouve pas de direction. Elle sait que, continuant vers l'est, elle aura bientôt fait le tour, elle retrouvera la route de Nantes et les endroits hallucinés où elle a commencé sa boucle. Elle marche pour s'épuiser et pour être forcée, un moment, de s'arrêter. Manger et dormir. Laisser la spirale encore ouverte. Elle fait et refait dans sa tête la liste des possibles, le répertoire des gens qu'elle pourrait solliciter. Sans renoncer à ce qu'elle vit maintenant, c'est-à-dire sans laisser de traces, sans toucher un des multiples fils d'alarme connectés à son père et à ses connaissances. Le filet doit être sûrement bien en place maintenant.
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La pluie s'est arrêtée. Mais elle pourrait repartir.
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Tina grimpe sur une butte de terre et rejoint le monde, la vue et les bruits qu'elle considère désormais siens. Elle n'est pas déçue : la route est remplie de voitures et de camions, toute une panoplie de clignotants et de sauveteurs et voici même les hélicoptères. Le bruit est à son comble, loin des roulements habituels de la rocade tranquille. Au-delà de la route, parmi les grues et les ferrailles de béton qui hérissent les anciens terrains militaires, un hôtel a déjà allumé son enseigne. Il appelle à la nuit et au confort, tout en participant sans le vouloir à l'attraction colorée du moment. Vite indifférente à l'accident, Tina compte l'argent que lui a donné Guillaume : de quoi dormir dans cet hôtel. Il faudrait suivre le creux de l'herbe, le long des barbelés mais est-ce la bonne idée avec l'accident, toutes ces lumières et ces uniformes, les voitures en feu qui pourraient tomber de la route à ses pieds ? Dans les lumières clignotantes, elle repère un camping-car blanc, le même que celui de Guillaume. Mais ça ne veut rien dire, ce pourrait aussi bien être deux salopards là-dedans. Tina s'éloigne et pénètre dans un bois. Elle trouve bientôt un chemin. Elle a l'intention de contourner tout ce bazar et de trouver un endroit plus loin pour traverser la rocade et revenir ensuite vers l'hôtel. Dormir une bonne nuit lui ferait du bien. Elle bute encore sur des grillages : Terrains militaires.
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Son cousin lui a raconté son service : Il y faisait des rondes inutiles équipé d'une simple radio face aux dangereux terroristes. L'armée avait plus peur des suicides des appelés que des attaques, alors elle avait retiré aux sentinelles cartouches et arme et n'avait même laissé au sergent qu'un pistolet sans balle. Lors de ses tours de garde dans le camp, le cousin déambulait en récitant des poésies. Il avait raconté tout ça à la petite Tina, en rigolant sauf lorsqu'il évoquait les officiers. Ceux-là revenaient d'Afrique et partaient chez les Yougo, se vantant d'avoir déjà tué de sang-froid des Niaquoués. Ils buvaient dès le matin et jetaient leurs mégots par terre dans les bureaux. Le colonel avait dit dans un cimetière militaire, devant des tombes d'enfants-soldats allemands, « Ils n'avaient qu'à pas venir ici. » Tina laisse ces grillages et trouve un chemin, celui de la Maltière. Une centaine de gens y furent fusillés lui apprend une plaque commémorative. Beaucoup de cheminots et de communistes. Une autre plaque, à côté, annonce un « continuum de vie » écologique – au moins les grenouilles ont-elles la vie sauve.
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Il est tard lorsqu'enfin Tina a traversé la Gaité. Elle se glisse entre les maisons, les hangars et des ruines d'ateliers, des serres brisées, taguées « 3G » et qui font la joie des herbes. Elle retrouve au-dessus d'elle, beaucoup moins haute cette fois, la rocade. Un certain retour à la normale s'est effectué. Tina pourra bientôt trouver un passage à gué pour traverser la route et revenir vers l'hôtel. Il faudrait juste qu'elle traverse ces cinq voies. Elle poursuit un chemin goudronné qui longe la rocade, juste séparé d'elle par des glissières fragiles.
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Allons, allons.
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Un peu plus loin, elle aperçoit une voiture et un homme penché sur le capot. En panne, sans doute. Tina réalise qu'elle n'a croisé personne aujourd'hui, c'est-à-dire personne seul, à pied, hors d'une voiture et regardant autour de lui. La centaine de visages qu'elle a vus étaient soit tournés les uns vers les autres en groupe ou penchés sur soi en famille, soit derrière les pare-brise, au-dessus de leur volant. Tina en conçoit une petite crainte, l'endroit est en fait plutôt désolé et désert, malgré la route toute proche. L'homme paraît peu ordinaire. Il ne semble pas l'avoir vue encore. Il se relève du capot en se tordant bizarrement. Il est grand et mince un instant, avant qu'il ne s'assoit sur l'herbe. Tina ne le voit plus derrière la voiture stationnée. Elle continue de marcher et arrive à sa hauteur.
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Une véritable décharge de frousse secoue l'homme lorsqu'il la voit. Comme un fil de fer de soudure tordu par la flamme, le voilà qui se redresse et qui dit d'une voie forcée Mademoiselle ? Un rictus de surprise crispe son visage, un énorme coquard noie son œil gauche au fond d'un gouffre bleuté. Son teint est plutôt blafard. Cet homme souffre, se dit Tina, et il est complètement anormal. Il est vêtu d'un frac. Devant la voiture, sur une couverture soigneusement aplatie, un pique-nique est dressé à l'ancienne, pas à la va-vite, avec assiettes, verres et beurrier. Couchées dans l'herbe, deux bouteilles de vin entamées, blanc et rouge. Malgré elle, surprise, Tina s'arrête. Sur le capot est étalée une carte routière.
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Mais l'homme trouve soudain du ressort et il s'anime. Son visage prend des couleurs et un sourire inattendu, comme d'un pantomime, le transforme en masque de foire. Il est difficile de lui donner un âge, ses rides ne vieillissent pas sa peau souple. Mais sûrement la bonne cinquantaine.
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– Quelle curieuse et enthousiasmante apparition que celle-là ! Destin et hasard, ô maîtres du spectacle !, voilà que sur la route désertée par la raison humaine, loin de toute poésie, vous levez le rideau ! Roulements de tambour ! Attention, et voici... Une jeune routarde ! Applaudissements, mesdames, messieurs ! Mais... Bof, elle est fatiguée, perdue et affamée... Pas douchée, elle pue ! Elle a peur, elle est prête à tout ! Viendrait-elle chiper mon fastueux pique-nique, les petits enfants ? Drame, nous voilà bien...
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Tina est abasourdie. Cet homme est fou. Mais comment l'a-t-il dévoilée en un regard ?
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– Intéressante rencontre, n'est-ce pas Mademoiselle ? J'ignore ce qui vous amène à passer ici à cette heure. Ah, la route ! Moi-même, je... Enfin, moi-même j'ai horreur des autostrades, je ne prends que les petites routes et je reviens de Nantes. Mais c'est difficile à l'heure actuelle les petites routes, vous savez ? Deux jours, et je ne suis toujours pas rendu chez moi à Tihouït... Je me présente : Hector Renaud, pour vous servir. Je... Je suis un peu dans le cirque.
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– Ah ? Bien, on m'attend... Bonne soirée, monsieur.
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– Par toutes les vertus du carnaval, attendez, mademoiselle ! Ne laissons pas passer l'occasion : je déteste manger seul et je vois bien que vous crevez de faim ! Je suis ravi de vous inviter. Allons, ne craignez rien. Acceptez l'épisode.
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content/Récits/Les Terre-pleins/1_Maghlout.md
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content/Récits/Les Terre-pleins/1_Maghlout.md
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title: Maghlout
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date: 2021-02-11
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>Dire à toutes choses un non fulgurant,
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contribuer de son mieux à l'accroissement de
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la perplexité générale. (Cioran.)
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À l'ombre des genêts abimés par l'hiver, Maghlout M'sammi-Bi écoute la petite faune du terre-plein se réchauffer. Au raz du sol sous la courte forêt rouge, verte et jaune, les insectes filent leur vie immémoriale et rapide, bousculant les feuilles mortes et les brindilles. Plus bas, entre les rangées de bâche encore dans l'ombre, des claquements d'ailes d'oiseau, des enfouissements furtifs et des trajets de mulots en vitesse : le monde est au travail.
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Le soleil traverse lentement le pont et va à la rencontre du vieux Marocain. La lumière, un peu en retard, dégringole le remblais d'en face et éclaire l'autoroute par le travers. Des voitures roulent et renvoient au dormeur des reflets solaires en des clins d'œil complices, comme des éclairs joyeux. D'autres véhicules passent dans l'ombre, filant la nuit encore de leur côté. Ça ne dure que quelques minutes et bientôt Maghlout sent la chaleur en bas de son sac de couchage. Elle monte sur son corps et, vraiment, il est heureux de ce moment. Il sait en profiter. Lorsque le soleil atteint son visage, il laisse retomber sa tête, il lui tend sa joue et ferme les yeux. Il y a alors peut-être deux ou trois camions sur le pont. Ombres fugaces et tremblements du sol.
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Sous le nez du vieil homme, l'odeur nocturne de la terre humide mue rapidement. Il y reconnaît le mélange de copeaux et d'engrais qui suinte sous une serre, la senteur du plastique chaud de la culture. Des relents de ferme. Il ouvre ses yeux et hisse la nuque sur l'oreiller naturel du bombement d'un arbuste. La bâche verte est devenue sèche et douce aux racines. Le ciel, bleu comme on l'aime, envahit sa vision. Maghlout M'sammi-Bi, l'hôte des lieux a bien dormi, et il est reconnaissant à la nature de cet éveil délicieux.
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Lorsque la chaleur est complète et que son duvet brûle, il se redresse, prenant ses genoux dans ses bras nus. Sur sa gauche à l'ombre et longeant une diagonale sur le terre-plein, le soleil allume une à une les tiges, les feuilles puis les fruits des arbustes roux comme un coloriste merveilleux. Là-dessus, des communs, des miroirs légèrement sales et d'autres papillons prennent leur envol, obéissant à leur maître solaire, devenu cinéaste. Maghlout tarde ainsi. Enfin il regarde à nouveau le ciel. Qu'elles lui semblent loin les étoiles qu'hier au soir il avait longuement contemplé ! Il cherche à nouveau leur place sur ce fond bleu, il les cherche derrière le voile d'atmosphère qui les cache. Il croit en repérer une mais ce n'est qu'un avion. Maghout pense soudain à son père, à ses frères et à sa mère. Ils lui semblent être aussi éloignés de lui que les étoiles d'hier, eux aussi masqués par une lumière bienfaisante. Quarante ans ! Le temps n'est rien.
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Un petit vent s'est installé quelques mètres après le soleil. Une poche Leclerc prise dans les branches se met à gonfler et à claquer. Prisonnière. Une canette roule presque sans bruit dans la lumière. Le monde est bien au travail ! Maghlout attrape son pull et l'enfile sur son torse rude et sec. La chaleur prise dans la laine le remplit d'un nouveau bonheur. Il chope alors son sac de toile et en sort un œuf dur. Voilà, il faut le dire, un des gestes de la vie qui lui plaît le plus. Il caresse l'œuf quelques secondes dans sa main. Puis le frappe sur son tibia en espérant que la coque éclate convenablement. Il l'écale, surveillant la petite peau, trouvant les bons morceaux de coque à écarter d'un coup coordonné des pouces sans arracher le blanc. Il soupèse une seconde l'œuf ainsi nu en pensant à un sein de femme et le croque d'un bon tiers jusqu'au jaune. Cette fois la félicité atteint un sommet. Elle dure de longues minutes. Plaisir de vieil homme encore en vie.
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Au-delà de l'autoroute et de ses pentes, tandis qu'il croque, il regarde le paysage de mi-campagne qui s'étale calmement devant lui. Banal, à peine champêtre, un mélange de haies et de pans de maisons, de champs en attente et de pylônes électriques. Ce paysage lui apparait encore cette fois comme celui du Premier Matin. Et sans d'autre raison, l'imagination de Maghlout reprend alors vie, le paysage naturel qu'il voit devant lui est son café : son imagination monte, elle fonce, elle multiplie les plus petites choses jusqu'au Tout et bientôt même jusqu'au Grand Kaléidoscope.
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Elle redescend, lentement. De l'imagination à la compréhension. Puis étage par étage, au rien, au bonheur.
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Alors Maghlout M'sammi-Bi rassemble ses affaires, il lève le camp. Prend sa besace en bandoulière, ficèle son couchage en haut de son sac à dos et puis se redresse. Il ne laisse rien derrière lui sauf l'empreinte de son corps que la bâche et l'herbe oublieront vite. Et la coquille de l'œuf dont la terre s'occupe déjà.
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***
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Il survole l'A84 sous le soleil et après le pont, prend le chemin qui mène à la ferme des Gandais, où il compte se faire payer. Hier, lui et le paysan en ont fini avec le fumier en balayant jusque tard le soir le rond-point des saletés que le tracteur avait fait tomber. Dans la cour, le fils monte la herse. Maghlout et lui échangent quelques mots tandis que le vieux journalier laisse ses sacs dans un coin de la grange. Les deux chiens jumeaux viennent renifler son barda, puis lui. Il se fait payer dans la cuisine pour le fumier par la femme. Il promet de repasser dans quelques jours, il va sans doute y avoir à nettoyer les abris des veaux.
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– Suivant le temps, précise Madame, mais ce sera à faire.
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Maghlout acquiesce et promet encore. Puis s'en va. Il marche une dizaine de minutes, il aime ces matinées. Au loin la rocade gronde mais ici, sur la petite route, il n'y a quasiment personne. Maghlout approche du rond-point de la Chauvinais, au creux duquel il a souvent dormi sous les trois bouleaux, blotti dans les buissons. Un nid de coucou, songe-t-il. Mais soudain l'agrippe une main émaciée :
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– Oh, vieillard ! Dis-moi où on trouve du travail par ici !
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– Quelle question, il y en a partout ! Une Bourse se tenait ces jours-ci au rond-point Belle-Fontaine. Vas voir, suis cette route vers Cesson. Mais il est déjà tard...
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– Je suis arrivé cette nuit, c'est vrai que j'ai dormi ce matin.
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– Pourquoi tu t'empresses, alors ? Tu verras bien demain.
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– Je n'ai rien à faire d'autre. On en a jamais fini avec le boulot, tu sais ? J'en ai vu, j'en connais un rayon, il ne faut jamais le laisser filer. Une journée et puis hop !, il va ailleurs. On ne me la fait pas, je connais tous ses trucs ! Je sens que je vais réussir, ici.
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Maghlout regarde ce nouveau compagnon avec désolation. Encore un de fini, se dit-il. J'espère qu'il en trouvera du travail, il en a tant besoin.
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– Je veux des ennuis, tu comprends ?, tente-il de s'expliquer. Plus il y a de micmac, plus je suis sûr de réussir. Car maintenant je suis prêt, je ne peux plus rien perdre. Si tu savais mon histoire !
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– Vas-y, je t'écoute.
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– Je n'ai pas le temps aujourd'hui. Et puis, il faut d'abord que je réussisse, mon histoire aura son sens alors. Ça va tourner pour moi. Je suis différent des autres hommes : j'ai perdu mes lunettes à filles, celles qui *dzzit, dzzit=* déshabillent dans la rue. Moi maintenant *tac-tac-tac=*, j'ai un radar à travail : je le vois, je le perce à nu, je visualise toutes les opportunités. Ce n'est même plus l'argent qui m'intéresse tu vois ? Je suis au-delà. Il s'agit d'un combat personnel maintenant. Je veux être.
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– Dis-moi au moins ton nom, challenger, futur Nabab de ces lieux ! Je t'en saluerai quand ta renommée sera fameuse !
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– Un nom n'est rien, j'en changerai sûrement ! Mais, *Nabab=*, cela sonne bien, merci, je le prends. Et toi, comment t'appelles-tu ?
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– Je suis Maghlout M'sammi-Bi.
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– Quel nom mystérieux !
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– Aucun policier en France n'en a encore saisi l'humour, c'est certain !
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– Et t'es bougnoule d'où ?
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– Avant le Déluge, j'étais au Maroc.
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– Et tu fais quoi, ici ? T'as réussi ?
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– Oui, en un sens : je rends service ici ou là. Mais aujourd'hui, je vais d'abord rendre visite à mon jeune ami, Davis.
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– Ouais ? Eh bien, t'as du temps à perdre... Bon, dis-moi, les Gitans sur le parking là-haut, tu crois qu'ils ont du travail, tu penses qu'ils embauchent ?
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– Ce ne sont pas des Gitans, ce sont des gaziers. Ils posent des tuyaux le long de la route, de la fibre optique. Ils sont de passage, tu vois. Ils participent du tour du monde ! C'est important, alors un pauvre gars en plus...
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– Je vais y aller quand même.
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– C'est pas des Gitans, je te dis Nabab, tu n'as aucune chance. Vas plutôt voir les cimentiers un peu plus loin. Ils bâtissent un château et tu verras une dizaine de caravanes.
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– Un château ?
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– D'eau, un château d'eau...
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– Ah ? Merci Maghlout. Je t'aime bien, tu vois ? Je te promets que l'on se recroisera, quand j'aurai réussi. Et je ne serai pas ingrat, je t'aiderai à mon tour. Rappelle-toi de Nabab alors ! Et je te raconterai mon histoire. J'y vais !
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***
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Dix minutes plus tard, Maghlout arrive au Vivier, à la maison de Davis. Il ouvre simplement la porte et appelle son jeune ami. Celui-ci est à l'étage et met du temps à descendre les marches raides, à cause de sa hanche qui est malade. Ils se donnent l'accolade. Davis met la cafetière en route tandis que Maghlout se rase et se douche dans la très luxueuse salle de bain de monsieur et madame Mane. Une chemise blanche l'attend sur le porte-manteau. Maghlout la passe et rejoint l'adolescent dans le salon. Ils s'installent sur le canapé à boire le café devant la baie vitrée ouverte sur la campagne. Maghlout raconte son réveil, l'épisode de la ferme et sa rencontre amusante avec Nabab. Davis écoute. Handicapé, il ne court pas la campagne : il est toujours avide de ce que lui raconte Maghlout.
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Mais Davis le jeune homme a lui aussi quelque chose à dire : il a enfin osé une lettre à Tina, une copine du collège, pour l'inviter chez lui, au Vivier.
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– Oui ?
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– Mais il y a un problème...
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– Je devine... Elle t'a envoyé paitre.
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– Non, ce n'est pas ça.
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– Attends, raconte l'histoire avant les problèmes !
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Un dimanche il y a de ça trois ans, Davis avait accompagné ses copains sur la rocade, le tronçon nord, le dernier qui bouclait le périphérique autour de Rennes. C'était l'inauguration : avant que les voitures ne s'y ruent le lundi, il avait été jugé citoyen que la quatre-voie soit ouverte aux cyclistes, aux patins à roulettes, aux skates et aux piétons, seuls, sans aucune voiture. Ouverte à tous ceux qui, justement, n'auraient plus jamais le droit d'y aller, sur cette rocade, c'était une idée étrange. Davis s'y était donné à fond avec sa planche. Mais un cycliste l'avait heurté durement – le premier accident.
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Alors Davis devint boiteux et il lui fut difficile de suivre sa troisième au collège des Gayeulles – le heurt avait révélé sa malformation génétique à la hanche. Tina était en quatrième.
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– Elle était « de la haute », poursuit Davis, tout le monde le savait sans savoir ce que ça recouvrait exactement. Son père avait un poste important à la mairie, on n'en savait pas plus. Elle faisait mystère d'être inscrite à ce collège-là alors qu'elle habitait le centre-ville. Elle avait un air mutin à raconter comment elle jouait avec les bus et leurs horaires, elle avait un plaisir visible à dire comment sa vie était super compliquée.
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Une frimeuse... Adorable. Elle était curieuse de Davis et de sa vie bizarre, quand il reprenait le car vers la campagne, chaque soir. Pas citadin du tout et timide. Déjà il paraissait inconcevable à Davis de simplement vouloir partager du temps avec elle. Alors aujourd'hui, l'inviter, maintenant après l'accident et ces mois sans lycée !
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– Mais là, ça y est : j'ai osé lui écrire...
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– Petit Prince, va !
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– Tu peux te moquer de moi !... Mais toi qui dors souvent à ciel ouvert dis-moi, ça ressemble à quoi une étoile lorsqu'elle descend du ciel ?, reprend l'adolescent. Moi j'aimerais le savoir. Qui n'a pas envie de connaître sa bonne étoile ? Je crois que si elle s'asseyait là dans ce salon, un moment, à côté de moi, je saurais tout.
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– Tout ?
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– Oui : la bonté, la douce énergie, la compassion. Comment est la vie quand on pense à quelqu'un. Si jamais Tina pense à quelqu'un... Et si elle vient d'ailleurs car le problème c'est qu'elle m'a répondu « J'arrive. »
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– Ah, et maintenant tu es moins fier, c'est ça ?
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– Non. Depuis son message, plus de nouvelles et... je ne sais plus localiser son téléphone.
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– Tu la surveilles ?
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– Non !, enfin, je regarde, j'écoute. Je bidouille les trucs, tu sais, les ondes, les réseaux. Je n'ai plus que ça. Ce n'est pas la première fois qu'elle disparaît quelques jours. Je suis au courant parce qu'alors les flics la recherche et je les écoute aussi. Ils la recherchent en douce car c'est la fille de M. Marc à la mairie... Je suis inquiet, j'ai besoin de toi.
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– De moi ?
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– J'ai une mission pour toi, Maghlout mon ami : cherche-là et montre-lui le chemin vers ici.
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– Quelle idée !
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– Tu es mes jambes !, rigole Davis, tu le sais bien ! Tu vis là-bas, toi, sur les routes et dans la campagne. Tu la reconnaitras facilement, elle s'appelle Tina Marc.</p>
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content/Récits/Les Terre-pleins/20_hotel.md
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content/Récits/Les Terre-pleins/20_hotel.md
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title: À l'hôtel
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date: 2021-01-24
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Maghlout et Martin sont engoncés dans les fauteuils mous de l'espace convivial de l'hôtel. La course folle est enfin finie, Maghlout s'est remis de ses frayeurs. Martin a été garer son camion dans un endroit discret entre un gymnase, des immeubles, tout près du terrain où il travaillera demain. Et puis des cabines de chantier avec de vieux graffs MAB et une caravane usée – sûrement une maison close ambulante. L'hôtel est plein, Martin a pu cependant faire libérer un lit pour Maghlout grâce au sésame « MichelAngeloLtd », l'entreprise gérant le futur chantier et à qui l'hôtel ne saurait donc rien refuser.
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– Tu dormiras aux frais de la princesse ! La simple invocation de Son Très Saint Nom suffit. C'est magique. Santé !
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Ils trinquent et conversent. Bientôt, dans ce petit lieu confortable, on a baissé la lumière. Dans l'intimité, au bout des paroles et encouragé par Maghlout, Martin règle une certaine dette vis-à-vis de la vérité :
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– Tout les espaces intérieurs, tout ce qui est clandestin en nous : est-ce que cela fait aussi partie du monde ?
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Martin questionne ainsi son histoire personnelle, celle qui s'est arrachée il y a quelques mois.
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– Il me semble que des ombres me reprochent quelque chose. Mes anciens amis, mes anciens voisins, mes anciennes relations de travail, mon boucher, la maîtresse du CP et même pourquoi pas le banquier ! – sans parler de la famille, mais ce ne sont pas les mêmes ombres. Ils doivent c'est sûr m'en vouloir pour l'absence de signes donnés depuis mon départ. Un manque de fidélité en somme : suis-je toujours le même ? Peut-on compter sur moi ?
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Maghlout fait remarquer à Martin que, ait-il changé ou non, cela ne modifie pas le devoir de fidélité.
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– Oui bien sûr, toi tu as résolu d'une certaine façon la question, par la fuite, la solitude !
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– Cela fait si longtemps...
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– Pas moi. La question m'angoisse encore et je suis parfois pris de véritables convulsions... Dans ces moments-là, le plus sublime plaisir de la vie me semble être de me reconnecter à mon passé, à ces ombres, à ces gens.
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– Qui ont sûrement eux-mêmes bougé depuis !
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– J'en ai souffert et j'en souffre encore abondamment.
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– « Paris est petit pour ceux qui s'aiment ! »
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– Très drôle... Mais il ne s'agit pas de cela. Il y a le temps, bien plus terrible que la distance. Écoute : l'abandon, la désertion ou l'indifférence aux anciens amis, est-ce que ça peut être aussi facilement accepté ? Est-ce que la trahison peut être ainsi érigée en valeur ?
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– On reproche bien à Dieu d'abandonner les hommes !
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– Mais comment se comporter comme Lui et oublier les siens ? Mes souvenirs, je les réanime, je les revis, je n'arrête pas d'en modifier le sens. Ajouts, suppressions, déraillements, autres futurs possibles ! J'en suis malade. Ces ruminations ne sont pas des regrets, elles sont bel et bien des interrogations sur le présent, sur ce que moi je deviens. C'est un fait, une question réelle... Excuse-moi.
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Martin est au bord des larmes. Maghlout se lève par pudeur et va tester une nouvelle fois le bar, avant fermeture, le sésame Michel-Ange. Ça marche. Il revient avec de nouveaux verres et dit à Martin :
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– Tu n'as plus qu'une seule chose à faire : les aimer ces adieux. Pour t'aimer toi.
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– Sans doute... Mais il reste que pour mon comportement, aucune excuse n'est possible. Aucune excuse intérieure, juste des *circonstances=*.
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– Exactement. Alors dis-moi : une fois l'histoire racontée, qu'est-ce qui se passe ? Est-on avec quelque chose en plus ou quelque chose en moins ?
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– Je ne sais pas, avec une histoire où il y a une histoire racontée dedans...
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Dans son lit un peu plus tard, Martin continue de penser aux paroles du vieil homme. Oui, celui qui part emporte tous les torts avec lui, il n'a plus de filiation. Mais être un fils prodigue ? Jamais ! La pluie a repris, battante, avec le vent, sur la fenêtre. Martin s'endort dans ce bruit d'eau et la vision d'un cuirassier perdu au milieu de l'océan, touché, chassé par ses ennemis, oublié des amis. Un Bismark *heureux*.
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– Tourne, tourne fait le vent dans son rêve ! Tourne la page, y-a-t-il quelque chose de plus simple ? La vie peut être facile pour qui le souhaite.
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***
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Trempée, Tina se couche dans des draps identiques à ceux de Martin et de Maghlout, quelques chambres plus loin. Entre peur et ravissement, elle repense à son repas avec Hector Renaud, le Capitaine, le fou. À ce qu'elle a vaguement dit, à ce qu'elle projette de faire demain. Au matin, elle se lève et quitte très tôt l'hôtel.
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content/Récits/Les Terre-pleins/21_presence_absence.md
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content/Récits/Les Terre-pleins/21_presence_absence.md
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title: Présence / Absence
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date: 2021-01-23
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Maghlout a trouvé à la réception un message de Martin qui lui disait en gros à bientôt j'espère. L'inaccoutumé des lits d'hôtel s'en va presque titubant d'une nuit pleine. Il a des gestes d'épaule comme s'il sentait encore les draps sur lui. Au carrefour, il regarde et se demande. Son regard s'arrête, étonné, sur une enseigne jaune. Jaune enfantin de confiance et pourtant aussi symbole de la trahison. Pourquoi pense-t-il encore à la trahison ? Il passe devant le bureau de Poste en se souvenant des rares courriers qui sont parvenus jusqu'à lui. Cela fait bien longtemps par exemple qu'il n'a pas lu les vociférations d'un de ses frères ainés : « Maghlout, petit frère ! J'espère que ton orgueil se porte bien ! Car c'est ainsi que tu vas, je le sais. Si tu es toujours aussi orgueilleux, alors tu es en bonne santé ! C'est ce qui te tient. Mais tu deviens vieux toi aussi et j'espère que tu es seul et errant, frère indigne !, et surtout que tu gardes pour toi seul la honte dont tu es fier, que tu n'embobine personne. Chien ! De la prison – car oui, à mon âge on me garde encore en prison ! –, je le dis : tu es encore moins que moi, tu as abandonné tes frères et ton père. Fuyard, Genghis Khan ! Est-ce donc de cela dont tu seras fier jusqu'au bout de vie ? »
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||||
Ou des souvenirs d'amitié, « D'Alexandre. Mon ami, la journée, je suis corps perdu dans le travail. Le soir, mon esprit pense encore au travail. Seule la nuit, avec beaucoup de littérature et de musique commence à faire venir la vie et là, peu à peu, je pénètre dans le cœur des gens. Plus je vois les grandes choses qui se construisent, plus je pense aux petites choses, aux gens et à leurs enfants. Nous en avons déjà discuté, n'est-ce pas Maghlout ? Mais nous butions toujours au fond sur cette question : quelle est la véritable expression des gens ? Souvent nous nous crispions là dessus. Je devine que cela te rendait malheureux. Mais il fallait bien que je te dise que, malgré ta belle assurance, tu avais tort aussi. Je pense souvent à toi, ô prophète ! »
|
||||
L'orgueil et l'inutile volonté d'avoir des réponses, oui ! Maghlout ne s'en est-il donc pas encore débarrassé ? Malédiction ! Il se met à marcher. Vite, très vite. Sortir et continuer le long chemin. Une fois sur l'herbe haute de la porte de Bréquigny, il s'arrête brusquement : Qui sont les gens réalistes et sensibles ?
|
||||
Ça lui colle encore au nez cette question. Autour de lui, les arbres continuent leur pousse – ils ont l'ambition de la forêt mais doutent quand même de leur avenir, le bruit de la route les inquiètent. Ils poursuivent cependant leur aspiration de gaz, libérant à nouveau de l'oxygène. En dessous sur la route passent quantités de gens et de camions de bêtes. Dans la petite lucarne de verdure que lui laissent les arbres et le vent, Maghlout voit toute la succession de bolides sans possibilité d'accorder longuement son attention à l'un d'eux – *Roadrunner* a-t-il quand même lu sur un seize tonnes. Comment arrêter l'un, comment arrêter l'autre et lui demander comment il se sent réaliste et sensible ? Insensible et réaliste, irréaliste et sensible, irréaliste et insensible ?
|
||||
Maglhout reprend sa marche. De bosquet en bosquet, de butte en butte, le long des palissades, sur et sous les ponts, il avance, saute vivement les bretelles. Il n'est pas essoufflé, ses pas et ses enjambées sont faciles, grandes, sûres et rapides. Il saute un triangle d'herbe rase, un grand plot en plastique vert. Ramenant sa large capuche sur son front, il ferme les yeux et traverse d'un bond les trois mètres de bitume. Il enjambe les ajoncs, survole en courant une autre butte, sans se soucier des épines. Dans sa course, il agrippe sa gourde.
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||||
14
content/Récits/Les Terre-pleins/22_monde_flottant.md
Normal file
14
content/Récits/Les Terre-pleins/22_monde_flottant.md
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||||
title: Sur le monde flottant
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date: 2021-01-22
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Martin est perché sur une des premières poutres métalliques lancées en l'air par la grue, le début du toit de l'atelier de montage de l'usine en construction. En quelques heures, ce sera fait. Tandis qu'on mettra les bardages au hangar, le travail pour l'usine commencera à l'abri de la pluie. Mais on attend les boulons. Les vis sont prêtes.
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||||
– Le camion ne va pas tarder, annonce Mr Foreman, le directeur.
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En fait, tant que l'usine n'est pas debout, Mr Foreman n'en est pas encore formellement le directeur. Il n'est pour l'instant que responsable. Les ouvriers ne chipotent pas et l'appellent M. le directeur.
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||||
– Mr Adrian, je vous en prie, corrige-t-il avec l'inimitable politesse anglaise.
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C'est la direction générale qui chipote sur les titres pour une question de salaire. Mr Foreman est bien de formation un directeur et il n'a aucun savoir d'un chef de chantier. Mais les gars comme Martin sont là justement, ils connaissent leur boulot. Mr Foreman ne gère donc que l'alimentation du chantier – d'où son annonce péremptoire sur le camion qui arrive avec les boulons –, pas le chantier lui-même.
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Son truc, son métier, ce sur quoi il doit se concentrer, l'objet vrai de son travail, ce sont les flux. Le mouvement des choses et des hommes, tout doit être *in time=*. Et c'est très éphémère le juste-à-temps ! C'est pour ça que c'est un métier – lui-même d'ailleurs souvent volatile. Stock, immobilisation, parc – pouah !, voilà des mots anciens. Trop comptables. *Direct, fluency, dead line=*,... voilà les notions qui fleurent bon le changement, l'opportunisme, l'en-avant et pour tout dire, une philosophie de vie qui ferait presque penser à l'*ukiyo-e=* des si charmantes peintures d'Hokusai. Car étant sur un monde flottant, après tout, flottons.
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Tous ensemble. Nous sommes tous les prolétaires de quelque chose. Des hobos d'idéologies. Tous égaux donc, même si nous roulons en superbes voitures, d'hôtels chics en restaurants hors de prix.
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Mais Adrian Foreman, comme d'ailleurs la quasi unanimité des gens, n'irait tout de même pas jusque là. L'ukiyo-e, « la réalité d'un monde dont la seule certitude est l'impermanence » n'est justement pas, pour Mr Foreman, toute la réalité. Le mouvement, le changement et être dans le rythme ne valent que pour le travail et l'argent, dans cette espèce de salle de jeu où quelques personnes gagnent ce que la plupart perdent à tout coup. Mais au salon, à la cuisine, dans la chambre nuptiale ou au temple, la permanence, le bon goût, la politesse, la religion et la virilité prévalent encore – et Dieu merci beaucoup. Mr Foreman fait partie de ces gens pour qui professer la liberté veut simplement dire accroitre leur domination. Suprématie que leur ont léguée papa ou maman, on ne peut pas tous être pareils.
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Et le plus drôle se dit Martin – tout en pensant qu'il consacre cette pause à des pensées bien étranges et futiles –, c'est qu'Adrian, en basculant tout son être dans cette modernité mouvante, il a sans doute emporté dans cet élan toutes ses chères valeurs éternelles. La crise, d'économique, ne peut que gagner la morale. L'esprit de mission a lui-même ses limites ! Martin ne donne pas chères de leurs peaux aux fées qui ont été appelées au-dessus du berceau du charmant Adrian. En grandissant dans cette ambiance si spéciale, ce petit a dû labourer son sillon, travailler ses tripes comme un culturiste et ôter de son cerveau toute idée malsaine. Pour ne garder par exemple que le cynisme, la blague facile, des publicités pour voiture, l'impunité, la supériorité, le racisme et l'insensibilité au meurtre. Comme beaucoup d'autres ! Hélas. Et voilà que cette addiction au travail ne laisse à ce malheureux Foreman que peu de jours dans l'année pour incarner ses vraies croyances intimes. Savoir sa femme et ses enfants sagement installés dans la maison du Buckinghamshire ne doit être que l'unique reste de son idéal, tandis qu'il gère ici des camions de vis. Martin est prêt à parier les yeux fermés son camion que Miss Foreman ne s'ennuie plus seule depuis longtemps dans le *cottage=* – sans même parler des enfants et de leurs croûtes sur les avant-bras. *Heroin eyes, Old England is dying=*.
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Facile, n'est-ce pas ? Et toi, Martin l'avait provoqué l'autre jour Guillaume et puis Maghlout hier. Oui, à l'évidence, tout ce que je n'aime pas, finalement je le fais moi aussi... Mais on siffle et le camion arrive. Il faut laisser les pensées et mettre son quota de verrous.
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title: Origine
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date: 2021-01-21
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Maghlout se réveille après un long chemin. Au sommet d'une motte levée parmi tant d'autres au milieu d'un vaste échangeur de routes, il s'arrête soudain. Il ouvre les yeux à la fin d'une longue absence. Ébloui de fatigue, il s'assied. Ses jambes et sa colonne ne le portent plus et c'est ici qu'elles ont fini par atterrir. Maghlout tente d'évaluer depuis combien de temps il marche, non, depuis combien de temps il court. Le soleil est au-dessus de lui, à son apogée. Midi. Comme le temps a passé lentement à côté de lui tandis qu'il allait, lui, avec cette aisance incroyable !
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Le paysage lui est inconnu, Maghlout ne se souvient pas avoir déjà foulé cet ensemble de terre-pleins. Mais il se repère assez vite : Rennes est sur sa gauche un peu dans le lointain. Ses collines émergent de la brume, des chaleurs, des fumées et des gaz. Des voitures filent à toute vitesse à droite vers le nord, Cesson, Thorigné, croisant celles qui en descendent ralentissant à peine avant les grands virages vers Paris-Ouest ou vers la rocade sud.
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Maghlout fait le tour du mamelon de terre. Au milieu, un grand espace chauve protégé par une grille en bas sur une bretelle enterrée sous les voies et un panneau « Entrée interdite ». Le terrain reçoit des vieux panneaux routiers élimés par le soleil ou accidentés, des plots crevés et des bandes jaunes autocollantes usagées. Cachant cet hospice routier, des sapins et des arbres. Un peu plus bas, tout autour de la butte, de l'herbe et des arbustes aux bourgeons blancs. Là, un déversoir d'eau colonisé de jonc. Maghlout cherche au loin la Vilaine et les ponts qui la traversent. Mais d'où il est, il ne voit que les pylônes du train. Il comprend peu à peu la géographie de son île. Elle est au centre du vaste échangeur de la Rigourdière qui noue les rocades Est et Sud à l'autoroute de Paris. Il est immense, ce nœud en pleine campagne. Et sa forme, que Maghlout devine parmi les mottes et les voies, elle le ramène en pensée très très loin avant – à une certaine Origine.
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title: Surveillance
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date: 2021-01-20
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M. Marc demande à revoir les images. Le policier municipal part en régie relancer le petit montage. Aucun doute, il s'agit bien de Tina mais M. Marc veut revoir. Il veut peut-être vérifier mais peut-être aussi se complaire dans le malaise qu'il ressent. Il ne sait pas. Dans la régie, derrière la vitre, des moniteurs diffusent pendant ce temps d'autres images en direct : des gens dans les bus, des gens aux arrêts, des gens dans le métro, des gens qui attendent et d'autres qui passent furtivement. Quelques immobiles sur lesquels la caméra zoome automatiquement. M. Marc se sent légèrement coupable.
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Les seules images de vidéosurveillance qu'il a vu avant celles-ci, c'était dans un petit supermarché de quartier tandis qu'il attendait un rendez-vous avec le directeur, il ne sait plus pourquoi. Les mêmes écrans devant lui aujourd'hui, braqués sur sa ville. Mais ces images repartent à droite sur le petit moniteur et M. Marc regarde malgré lui. Il doit faire un effort pour trouver, là dans le soufflet du bus, sa fille. Coupure. Nouveau bus, cette fois elle est assise dos tourné, capuche sur la tête. Quelqu'un lui parle, elle dégage son visage, c'est bien elle. La bouille familière, étrangement reconnaissable malgré le contexte. Est-elle fatiguée, joyeuse, comment va-t-elle ? Où va-t-elle ? Les écrans sont muets sur ce point. M. Marc est-il heureux ?
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Non. Et il dit brusquement au policier :
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– Je m'en vais. Détruisez ces images.
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– Oh oui, bien sûr monsieur ! En fait, on avait pas le droit de vous les montrer. C'est une faveur qu'on vous a fait avec les collègues. Monsieur d'Horteuil... Et puis c'est votre fille...
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M. Marc s'en va furieux à travers les couloirs sombres. Il pousse violemment la porte de sortie et se retrouve dans la foule, sur le trottoir, au pied du Colombier, parmi les gens. Sous les caméras.
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– Mais qu'ai-je fait ?
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***
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Tête baissée, sans faire attention à sa ville chérie, M. Marc a rejoint son appartement. Mécaniquement, il ouvre la porte, sans même réaliser qu'il pourrait y retrouver Tina. Son cœur s'accélère lorsqu'il constate les traces d'un passage très récent. Des habits sales, des propres emportés. La douche encore humide. Quelques chèques qui manquent. Un mot *Je vais bien, j'ai pris l'appareil photo. Prochaine étape, château Tihouït=*. Mais le trousseau de clés laissé bien en évidence. La table de chevet et le tiroir à secrets vidé. Et c'est quoi *Tihouït=*, c'est où dans le monde Tihouït ? M. Marc a son téléphone comme un mauvais réflexe dans ses mains. Il appelle D'Horteuil. Il n'a qu'une seule envie, serrer sa fille dans ses bras, mais supporte mal d'être seul subitement. Il se sert un whisky et interroge : Ô mes amis, où êtes-vous ? Qu'êtes-vous devenus ? Pourquoi n'êtes-vous pas là aujourd'hui, au-delà d'un numéro de téléphone ? J'ai dû me tromper, sûrement je n'ai pas vu, je me suis enfermé... Pourquoi ne me l'avez-vous pas dit ?
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M. Marc se rapproche de sa fenêtre, du haut des Horizons, il laisse planer ces pensées mauvaises. Elles ne dureront pas. Il regarde Rennes, l'œuvre de lui et de ses amis, de Chantal et de ses maîtres, de ses enseignants, des idées vingtième siècle, de la paix et des guerres passées... On a laissé plein de choses se faire, il est sans doute temps de réinvestir, pense Gwenaël Marc, d'ailleurs Tina le fait-elle peut-être à sa façon ? L'amertume de l'édile plane un moment et elle retombe, doucement, sur les gens réels. Les gens qui vivent sans plan ni prospective, subissant la ville mais qui n'en veulent pas du tout à cet homme qui doute, seul à sa fenêtre.
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content/Récits/Les Terre-pleins/25_chene_germain.md
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title: Le Chêne Germain
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date: 2021-01-19
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Tina se sent nulle, juste descendue du bus. La traversée de Rennes, son passage clandestin chez son père l'ont remuée, elle a cette fois l'impression d'avoir fait quelque chose d'illégal. L'après-midi se termine. Seuls ou par petits groupes, les « voyageurs » du bus se sont vite dispersés au terminus, chacun avec un pas et une allure sans équivoque. Ils savent où aller et quoi faire. Sans conviction, Tina fait quelques enjambées parce que rester là serait ridicule. Et peut-être que ça éveillerait la curiosité du chauffeur. Elle bat rageusement du pied, comme si elle avait froid. Son indécision la vexe, elle lève les yeux sur une curieuse petite place, bornée de fausses colonnes doriques. Un bout de ligne, une zone de bureaux, des pelouses, des arbustes et dans les trouées des bâtiments, des grands arbres et des champs. Le carrefour aménagé à la romaine ne distribue ses voies que vers des parkings et des entrées grillagées. Parfois une guérite, parfois un vigile. Seule une petite route s'en va là-bas, plongeant subitement sous un pont... Par là ?
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De la rue qui vient de la ville surgit déjà un autre bus. Il ondule et met ses clignotants devant la clinique, se gare en demi-lune. Derrière lui déboite une voiture blanche, lente, blanche à rayures rouges et bleues. Patrouille, trouille. Rien ici, attention, le bus ! Je suis connue, je suis recherchée, je dois me cacher, la voilà ton hésitation pauvre gourde ! Tina se faufile entre les haies, les arrières de bureaux et les pompes à chaleur. Elle se baisse un peu devant les fenêtres éclairées où elle aperçoit des gens encore au téléphone ou à leur ordinateur. Stoppée par un grillage, elle repart vers une nouvelle grille. Elle s'accroupit. Prend garde à ne pas se trouver dans un angle de vue et met à jour son ambition. L'urgence est d'attendre, de se cacher là. Pour préserver la suite. Il n'y a plus à hésiter. Elle est joyeuse de son pragmatisme retrouvé. Oui, son voyage en spirale l'emmènera bien au bout du monde, ce monde qu'elle compte arpenter pour en connaître la sereine destinée. Guillaume ou bien cet Hector Renaud l'aideront. L'important est qu'elle marche. Adieu les trottoirs !
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content/Récits/Les Terre-pleins/26_retour_vivier.md
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title: Retour au Vivier
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date: 2021-01-19
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Dans l'après-midi, Maghlout de ses grands pas revient du côté de chez Davis. Après ce périple, il serait temps qu'il lui rende compte de sa mission mais la maison est vide. Les clés sont dans leur cache, douche et café sans l'ami. Désœuvré, Maghlout feuillette un journal, un moment fasciné cette tentative désespérée de regrouper chaque jour des choses hétéroclites, oubliées demain. Vain mais touchant, exotique. Maghlout se souvient des livres d'images de son enfance. Il ressort et songe le long de la D29, jusqu'au rond-point. Un camion à plateau s'y engage et Maghlout soudain est attentif. Dessus est juchée une caravane vieille et crasseuse.
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– Je la connais, celle-ci ! Et il se remémore : une belle caravane des Trente Glorieuses, mitée de points et de plaques grises là où le champignon a mangé le plastique. Des fenêtres orangées, bombées. Une poignée cassée, une autre arrachée au début de la fissure recollée avec un mélange de colle et de sacs plastiques fondus. Et quatre très fines roues, fragiles, enjolivées d'aluminium et pompeusement couronnées de garde-boue. Une silhouette un peu en flèche vers l'avant comme pour fendre l'air derrière la voiture et le gracile trio de poutrelles pour l'accroche. Oui, c'est bien cette caravane-là que le camion emporte, celle de la Fracasse.
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Maghlout prend alors la petite route de Saint-Sulpice. Celle qui avait le droit il y encore quelques années, se souvient-il, d'aller jusqu'à Rennes. Mais la construction de la rocade et les aménagements encore en cours plus haut la font désormais commencer ici. Son histoire doit subsister en pointillés sur quelque carte ancienne, ou dans la mémoire des passants.
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Au lieu-dit Tihouït, il y a donc le Château de la Fracasse : un petit quadrilatère de terrain le long de la route, ceinturé d'une vieille et courte haie de piquants, une cabane usée, cloutée, rendue aveugle sur la route par de l'agglo et du polystyrène. Le reste : des herbes folles, carcasse de voiture, un vieux pommier, deux poiriers tortueux, du bois coupé. Mais surtout cinq beaux arbres qui cachent le tout et remplissent le domaine.
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Une place vide de caravane.
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Et à partir de cet endroit d'herbe jaunie, l'Héritier, le fils de la Fracasse s'active déjà à défricher les herbes. Maghlout l'interpelle joyeusement. Le fils lève la tête et lâche sa faucille :
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– Hé, Maghlout ! Tu cherches du travail ? J'en ai !
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– Non merci, Julien. J'ai déjà travaillé la semaine dernière chez les Gandais. Mais dis-moi, que se passe-t-il ? Aurais-tu enfin des nouvelles de ton père ?
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content/Récits/Les Terre-pleins/27_histoire_Fracasse.md
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title: Histoire de la Fracasse
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date: 2021-01-18
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Hector Renaud mon père doit son surnom à ces dernières années malheureuses passées à Nantes. C'est là-bas qu'il s'est taillé une triste réputation d'alcoolique, de noceur, de *looser=* et de pitoyable pantin. À force de s'enflammer et de s'embarquer dans des affaires de branques, de parler fort à tout le monde au long des tournées de bars – et il y en a, à Nantes ! Une apogée de pitreries et de bravades, une sacré rapide déchéance. J'y ai assisté de loin et ça me faisait mal. On se jouait de lui, on le moquait, personne ne lui a jamais tendu la main. Sinon pour le faire tomber quand il titubait déjà – car lorsqu'il se retrouvait le cul par terre, il était le premier de tous à en rire. Il riait du ridicule en général.
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Il s'est marié jeune et lorsque je suis né c'était différent. Il était même très sérieux. Ma mère était un peu plus âgée que lui. Elle était fantasque et fantasmatique si je puis dire. Il avait une folle admiration pour elle. Avec l'argent d'un oncle, il a acheté ce terrain, pour y bâtir une maison. Mais ma mère l'a tôt quitté et n'a presque jamais rien fait pour me garder avec elle. Ce n'était pas les enfants qu'elle aimait. Elle, elle admirait les yeux des hommes quand ils la *relookaient=*. Et le regard de mon père n'y suffit plus, très vite. Alors en plus, un fils dans la photo ! Est-ce qu'on voit dans les magazines des mannequins avec des enfants dans leurs jambes ? Elle l'a quitté.
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Mon père a quand même bâti une cabane et a continué à appeler ce terrain son « château » – la dérision a peut-être commencé là. Il a aussi acheté une caravane avec sa prime de licenciement et il a trouvé à suivre des cirques, pendant le chômage. Il travaillait par saison à soigner les animaux sauvages que les enfants applaudissent. Il m'emmenait avec lui bien sûr. Il travaillait dur mais les soirées étaient la fête. Il ne buvait jamais la journée. Tout le monde l'appelait de son nom, M. Renaud, sérieux, gentil, courageux et honnête homme avec son fils, moi qui grandissait bien. Mais voilà, j'avais dix-sept ans quand j'ai trouvé ma femme. Au lieu de se fâcher comme je l'ai cru, il s'est exclamé : *voilà qui est parfait !=*, avec ce trait grimaçant de la bouche et pour la première fois je crois, cette mine mauvaise. Mon bonheur a été sa libération fatale. Tout ce à quoi il s'accrochait encore était libre. Ça a eu raison de son abnégation, ça a donné raison aux animaux sauvages dont il s'occupait et au costume à épaulettes qu'il portait pour la plus grande joie des enfants. Le Capitaine. Depuis il a ce rire effrayant. Depuis il a pu devenir lui.
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Il a comme pris la mouche d'être seul et, parce que la fortune ne venait pas à lui..., il s'est découvert un tempérament de bretteur. Il s'est mis à chercher le duel en permanence, contre la vie, l'espoir et la chance à ses côtés. Mais de fil en fil, il a mal tricoté car la vraie vie est un leurre pour qui ne veut pas être seul. Les opportunités qu'il gagnait se sont transformées en coups foireux. Voulant alors se refaire, il repartait toujours, persuadé qu'il suffisait de suivre les lumières du spectacle, d'amis en amis qui n'en étaient pas. D'escrocs en ivrognes, il n'a plus joué les bons duels. Matamore, il a chuté et s'est mis cette fois à boire durement. Non sans doute pour s'exalter mais pour se mettre au niveau de la pauvre bande qui riait avec lui, l'appelant ici et là aux quatre coins de la Bretagne sud. Le Capitaine connaissait tous les perdus, des vasouillards de la Trinité aux fonds-de-port d'Olonnes. Et tous les pirates de la côte nord venant faire des affaires au soleil du Golfe. Et puis bien sûr, Nantes.
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Nantes qui muait à n'en plus finir. Maintenant, c'est autre chose ! Mais il y a une quinzaine d'années, Nantes allait vite. Elle fleurissait de fleurs de nuit, c'était New York. Les chantiers, il y en avait partout et on se promenait du centre ancien propre et riche jusqu'aux boîtes nouvelles au pied des immeubles neufs, en passant par les rues en pentes et les quais pour finir dans les bars des débardeurs, sous les grues antiques devenues musée. Ce n'était pas encore l'époque des Machines mais déjà tout se mêlait. L'ancien, le nouveau, l'avenir.
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La nuit, le fond de l'Erdre remontait malsain, minant à nouveau les maisons des marchands d'esclaves et noyant les fondations de la tour Bretagne. La vieille source sourdait encore dans les quartiers en contre-bas des banques et des joailleries. Entre les Cinquante-Otages et Stalingrad, là où l'eau avait déjà stagné un jour, les anciens exhibaient leurs tatouages et leurs mœurs sexuelles, jouaient les autochtones. Des apaches délicieux pour tous les petits papillons que Nantes attirait, pas vraiment pour ses Petits Beurres. Comme mon père.
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Ah ce n'était plus tout à fait le Nantes de mes arrière-grands-parents !, le Nantes domestiqué où ils prenaient un café ou un chocolat chaud sur la terrasse Décrée. Le transbordeur avait transporté leurs parents, ils trouvaient encore des chaussures solides à leur pied et le mal-famé passait alors son chemin dans les rues à gauche, celles qu'il ne fallait pas prendre mais qui faisaient partie du décor du port. Le tatoué renvoyait par sa sale figure aux années de guerre et il n'était plus question qu'on lui fasse une stèle. Mais quand mon père est arrivé à Nantes, si, il en redevenait question. L'argent attire la guerre et ses marlous, le passé interlope d'une ville se change en argument. Le temps des Géants. Une scène pour des gens atteints comme Fracasse. Le mauvais moment de Nantes dans le mauvais moment de sa vie. Il ne s'en est que peu soucié. Prenant pour vraie cette époque, tenant pour sûres les opinions de ses comparses, il en a endossé le costume avec facilité. Fracasse ! Un peu désolante, cette naïveté, non ?
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Il a peut-être bien disparu cette fois pour de bon. Qu'il aille où il veut. Moi je désherbe et mes enfants joueront très bientôt au ballon ici. Ils prendront des quatre-heures de miel et ils feront ce qu'ils voudront. Je ne leur raconterai jamais ces histoires, que s'ils insistent.
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Il y a pourtant quelque chose chez Fracasse, mon père, que j'admire, comment il a gagné une forme d'élégance en lui. Je l'ai vu maquillé, grimé, déguisé de costumes extravagants et ridicules. Fanfaron, oui. Fier, non. Il n'a jamais surjoué, il a tiré le rôle vers le pantomime, un immense boa rose autour du cou. Involontairement je crois, c'est la vie qui n'a pas arrêté de lui offrir en permanence un arrière-fond de théâtre devant lequel sa silhouette était en décalage tragi-comique, comme dans un Guignol. Un papillon devant chaque vitrine, un boiteux sur chaque trottoir, un aveugle contre tous les murs, un homme face à la méchanceté. Qu'il tint un fromage, un renard surgissait aussitôt ; qu'il jouât la grenouille, un bœuf l'encourageait. Pris dans ces fables, il n'a eu qu'une intelligence m'a-t-il dit un matin, clair : Être un roseau.
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content/Récits/Les Terre-pleins/28_ceux_qui_sont_la.md
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content/Récits/Les Terre-pleins/28_ceux_qui_sont_la.md
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title: Ceux qui sont là
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date: 2021-01-17
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Sur le retour de l'hôpital Sud, Momo a choisi de couper un bout de ville. Aux feux, il s'occupe de papiers. Il y a la radio et Momo l'infirmier tapote distraitement des doigts. Davis, à l'arrière de la voiture, apprécie ce nouvel itinéraire – la rocade, c'est un film qu'il connait par cœur. Cela fait longtemps qu'il n'est pas revenu par ici, aux Longs Champs. De nouveaux bâtiments, de nouvelles rues, des zébras. Là-bas sur la gauche, il n'y a pas si longtemps que cela, un peu en avant de l'emplacement de l'ancienne cabane des Dalton, se tenait un puits. Curieusement, il est resté très seul longtemps debout alors que l'aménagement de la zone de bureaux allait bon train (ça s'appelle maintenant Rennes Atalante Saint-Sulpice).
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Et puis on l'a finalement rasé.
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– Eh, Momo, j'aimerais savoir pourquoi c'est justement le puits qu'on a rasé en dernier, demande Davis. Qui a mené la pelle mécanique, qui a conduit le bulldozer au petit matin, comment ça s'est passé ?
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– Je n'en sais fichtrement rien ! Je passe la plupart du temps par la rocade. Ce que je peux imaginer, Davis, c'est-ce que le puits n'a pas crié...
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Le feu passe au vert.
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Davis regarde vers l'arrière et, là où il y avait le puits passe maintenant une voie cyclable, bitumée. Des vélos y roulent et des joggeurs y courent. Ils ont des shorts en néoprène et des réserves d'eau dans un sac, avec une pipette pour boire dès qu'ils ont soif, à la verticale de l'ancien puits.
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Sur la droite, là où s'est engagé Momo vers Thorigné, il reste encore quelques champs, des ânes, des arbres. Les travaux vont vite, la ville se remplit comme un œuf, reste la laiterie qui protège toujours son espace. Ce qui fut une route nationale est désormais une zone 30, savamment bordée, peinte et bosselée de ralentisseurs. Tout un rallye de lenteur. Au bout, enfin, impatientes, les voitures prennent leur élan sur un rond-point comme des toupies. Momo accélère vers la rocade, passe au-dessus et continue sur la D 97. Les travaux avancent vite, la départementale va être mis en deux fois deux voies jusqu'au carrefour de la Chauvinais. En quelques semaines, tout a été redessiné, gainé, tuyauté, relié au flux.
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Mais Momo se met soudainement à parler :
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– Hé Davis, tu ne sais pas ? J'en ai un peu marre de faire ces tours. Courses, courses, Pontchaillou, Hôpital Sud, de Sud à Sagesse, de Sagesse à Sévigné je ne sais plus quoi. Des vieilles, des enfants, des cancéreux, des phtisiques, bof ! J'ai passé mon brevet chez les pompiers et bientôt je serai sur les accidents ! Du sang, du noyé, du suicidé, tu te rends compte ? Je ne vais donc plus te convoyer, Davis. Mais tu as l'air en forme maintenant, non ?
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– Oui, Momo. Ne t'inquiète pas. Tu me manqueras.
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Et dans combien de temps la maison de Davis, elle sera mangée ? Quand la ville sera rendue là-bas, que regardera-t-il des baies du salon ou des fenêtres de sa chambre, à quoi verra-t-il les saisons changer ? Peut-être à un arbre laissé seul, un arbre-musée que l'aménageur épargnera. Un trait d'humour. Mais Davis ne sera plus là, la maison aura été certainement revendue alors et M. et Mme Mane couleront des jours ensoleillés ailleurs, profitant du temps qu'ils amassent sans relâche aujourd'hui et soutenant, enfin parents, l'illustre destin de Mayol en France – leur réussite fière et socialiste. Ce projet humanitaire et égoïste a commencé d'envahir la maison ! Davis se jure de ne jamais se souvenir de cette semaine funeste. Alors Rennes peut bien couler et déborder de sa coquille, coaguler autour de cette vieille baraque familiale et Mayol devenir un frère parfait !
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– Ce sont des tristesses qui n'auront pas lieu, se jure Davis. Stop Momo ! Descends-moi ici !
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Momo proteste, tu es fâché ? Mais le boiteux a déjà ouvert la portière en lui disant que lui l'infirmier pourra gratter ainsi une demie-heure de service. Momo l'aide à sortir ses cannes et le regarde partir vers une petite ligne d'arbres tout près de la route.
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– Maghlout !
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À cet appel, ce qui était immobile parmi les arbres tressaille et la longue silhouette de l'ami se déracine des vieilles souches en quelques pas maladroits, comme s'il sortait du sommeil, comme s'il reprenait pied sur terre, encore, après une absence.
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***
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– Mon ami, mon frère, promène-moi. Je n'ai pas envie de rentrer à la maison. Marchons, apprends-moi à marcher ! Dis-moi comment le malheur, oui même le malheur peut aider à mettre un pied devant l'autre. Je ne parle pas pour ceux qui subissent et qui sont malheureux. Je parle de ceux pour qui le centre n'est pas l'endroit désirable, ceux pour qui la liberté est si difficile mais indispensable ! Montre-moi les sentiers qu'on prend quand la route est l'esclavage, comment on écrit sur les bas-côtés ! Éloigne-moi ! Apprends-moi !
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Mais Maghlout ne lui apprend rien. Il se contente de lui raconter Martin, Guillaume, Hector, Julien, tout ça. Et puis Tina : « Je la devine. Elle n'est pas loin. »
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Les deux marcheurs parviennent sur la zone des travaux. Ils passent parmi les engins, s'écartent des flaques. Le soir tombe et le sol s'illumine de feux et de lumières. Ici, de nouvelles fondations en béton supporteront des poteaux métalliques. Un mur anti-bruit protègera cette maison à qui on a pris le bout de jardin qui gênait. Ou bien plutôt le mur protègera la route de la vue sur la maison au toit de tuiles. La ferme !, celle qui oblige à tant de procédures, la maison de mitage qui ne rejoint pas le troupeau. L'ennuyeuse, l'empêcheuse de tourner en rond – en l'occurrence ici d'aller tout droit. Blessée à son terrain, frappée d'alignement, la maison ne s'en relèvera pas. C'est une question de temps.
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Maghlout aide Davis à grimper sur la butte, il a laissé les cannes. Ils surplombent la file éblouissante des voitures. Le spectacle est hypnotique. Les paires de phares sont les yeux des gens rivés sur les plots vert et blanc, la ligne jaune réfléchissant la route déviée, provisoire. Là, au flanc de l'immense remblais d'en face, un bulldozer a été arrêté en plein travail, pour la nuit. Il a encore de la terre plein la gueule et on devine à sa posture en équilibre tout l'effort qu'il lui reste à faire demain pour que tout soit d'équerre.
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– Oui, dit Davis. Autrefois j'ai appris, les plus grandes constructions étaient élevées pour la guerre ou pour Dieu. Aujourd'hui, les millions de mètres-cube de terre, de tonnes de ciments et de bitume, les longueurs d'acier sont remués, coulés, filés pour un simple kilomètre de route. On a changé de guerre, on a changé de dieu.
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– Et moi qui vient de loin, lui répond Maghlout, moi qui ai fait un long chemin depuis ailleurs, je sais qu'ici de véritables migrants sont jetés sur leurs propres routes autour de leurs propres villes !
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C'est ainsi que la grande migration de l'Homme continue.
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Il est tard. Davis prend malgré tout le chemin de sa maison, Maghlout celle de son « petit bosquet », dit-il. À moins qu'il ne se transforme en oiseau de nuit, en une dame blanche qui, juste dans le bruit d'un léger souffle, hantera la nuit et cherchera, encore, Tina.
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content/Récits/Les Terre-pleins/29_Martin_apprend_encore.md
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title: Martin apprend encore
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date: 2021-01-16
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>La souffrance n'a qu'un seul but, qu'en seul sens :
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ouvrir les yeux, éveiller l'esprit, avancer la connaissance. -- Cioran.
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Nous cherchons tous devant nous le sentier lumineux, on jette de la poudre ou du sable pour le révéler et savoir où mettre les pieds. Derrière, les ampoules du spectacle éclatent une à une avec une régularité angoissante. Les lampions des joies prennent feu et elles aussi s'éteignent vite. Elles n'ont éclairé le chemin qu'un peu devant car nous faisons tant d'ombre avec notre corps immense !, notre être présent. Les maigres coups de briquet lancés comme ça à l'aveugle nous servent de phare. Mais encore est-ce quelque chose car, des fois, tout devient subitement noir – Mr Foreman a abaissé un gros interrupteur.
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Martin enfile la clé de contact. Il est viré du chantier et remonte dans son camping-car. Il ne sait pas où il va. Devant lui une caravane accueille un client, elle bouge ensuite rapidement sur ses vieux pneus. Il y a à peine dix minutes, tout passe, Martin allait sur les poutres, rivetant et négociant avec les plans bâclés de l'usine en montage. Commandant d'autres boulons. Soudant les gestes des gars de l'équipe. Huilant le montage.
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– Du surplus d'huile, on a pas besoin de chef d'équipe a dit Mr Foreman. Vous êtes *fired=*.
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Mais tant que Martin a son Promenade, ça va se dit-il. Il démarre. L'exil n'a pas de limite et ceux qui ont fui peuvent fuir encore. Car ce qui les éclaire est par définition devant eux. N'empêche que c'est dur, Martin se l'avoue.
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Il allume ses phares en plein jour. Sa fuite l'éclaire.
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content/Récits/Les Terre-pleins/2_Tina_partie.md
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content/Récits/Les Terre-pleins/2_Tina_partie.md
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title: Tina, partie
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date: 2021-02-10
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Je me souviens lorsque j'étais encore petite fille, mon père et moi revenions parfois de Nantes. Arrivés à hauteur de Laillé au Bout-de-Lande, il y avait ce panneau « Californie » qui me faisait rêver (Caliorne ai-je su bien lire plus tard). La nuit, on surplombait la grande cuvette de Rennes et à chaque fois mon père me criait Regarde !, c'est comme une cité de science-fiction ! De là en effet, pendant quelques secondes, on voyait le front des immeubles de la ZUP Sud sous un globe de lumière orange. Un dôme attirant, protecteur, prophétique. Cette vision fugitive nous enchantait. Mon père, j'en suis sûre, il devait garder cette image en tête lorsqu'il présidait des réunions importantes à la mairie le lundi matin.
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Moi aussi j'ai toujours chéri cette vue et je me jurais : Un jour je veux me tenir à l'endroit où cette paroi de lumière tombe exactement au sol.
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En voiture, je guettais le moment un peu après l'aire du Hire, dans la dernière ligne droite avant la ville. Mais papa roulait trop vite, déjà nous étions happés sous les lampadaires puis sous le tunnel de l'avenue Fréville. Nous étions rendus dans Rennes et j'avais loupé passage.
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C'est par cette même avenue Fréville que j'ai voulu sortir, dimanche. J'ai descendu une longue file de voitures garées le long des trottoirs, certaines n'importe comment. Je les regardais une à une et, si j'avais eu une voiture, j'aurais aimé faire pour le plaisir comme tous ces inconnus, griffonner au stylo Bic sur un carton mis sous les essuie-glaces ou derrière le pare-brise : « Je reviens, peut-être. », « Urgence ! », « Zut. », « Plus de fric, plus d'essence » ou « Pour abandon. » Des mots en majuscules qui cachaient des vies en fuite, peut-être les vies de ces hommes et de ces femmes avec des sacs que je voyais plus loin sur les trottoirs, vers l'ANPE, le Secours, le centre commercial Italie ou les caravanes.
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Des pancartes pour dire l'existence qui change : ça m'a rappelé les ST Micro. C'était en 2003, en septembre. Mon père m'avait emmenée avec lui dans ces mêmes quartiers sud. Il se sentait évidemment concerné par cette fermeture d'usine, vu son poste à la mairie. À l'entrée, il y avait tous ces gens avec leurs familles, mais surtout ces silhouettes en carton accrochées aux grilles, d'un noir mat qui ne reflétait plus rien. Les flics lisaient attentivement les pancartes et les écriteaux qui pendaient partout, exactement comme ceux des voitures abandonnées dimanche. Aux fenêtres des immeubles autour, les habitants du quartier étaient là, seuls désormais. Mais c'est déjà de l'histoire ancienne.
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Dimanche j'étais à pied, j'avais mon sac sur le dos, mon pouce dans la poche et je marchais. Davis, un ancien copain du collège m'avait invitée chez lui dans la campagne et j'avais dit oui. Mais pris la direction exactement opposée de chez lui, comme ça, je ne sais pas, c'était un prétexte son invitation... En bas de Fréville, la ville butte toujours sur l'échangeur de Nantes et la rocade. Les trottoirs s'interrompent ou tournent à angle droit vers l'Alma. C'est impraticable pour le piéton, il n'est pas prévu qu'il passe par ici. J'ai avancé prudemment sous le tunnel, ce fut le premier frisson de ma sortie. Les voitures filaient tout près de moi. Le bruit était effrayant et l'odeur morbide. J'ai eu le droit à plusieurs coups de klaxons et à la sortie, je m'arrêtai net en équilibre : devant, la campagne était encore loin. J'ai couru le cœur battant à travers quatre voies, puis brusquement deux autres, enjambant les glissières et surprenant des bus. Ensuite, j'ai longé une bretelle je crois et puis un bosquet de sapins. J'étais encore à une centaine de mètres du rond-point ! Il fallait que j'y parvienne alors j'ai descendu un terre-plein sans trop savoir où j'allais tomber. En bas, le long de la rocade, sur de l'herbe rase et près d'un espace bétonné – encore à l'intérieur de Rennes ! La route faisait un bruit assourdissant devant moi. Au-dessus le rond-point, comme un disque, il me surplombait. J'ai remonté vers lui en m'accrochant aux genêts et aux petits blocs de béton. Enfin, enjambant la barrière, j'ai pu m'engager sur le pont.
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Ça a été facile ensuite, j'ai plongé dans une petite forêt alignée suivant la courbe de la pente. Je m'y suis enfoncée jusqu'au cœur, avec la vraie satisfaction d'être parvenue en dehors de la ville. J'ai marché sur des feuilles et des aiguilles, je me prenais les pieds dans des bouteilles et toutes sortes de choses jetées là on se demande comment. Je me suis guidée au soleil à travers la frondaison, j'ai traversé ce premier terre-plein, mon premier. Les autres bretelles, ce fut jeu d'enfant. J'étais enfin sortie et, des champs à ma gauche, la quatre voies de Nantes sur ma droite, j'ai marché lentement en respirant profondément. Le soir tombait. Le soleil s'en allait et l'obscurité venait. C'était lent. Je patientais. Mais enfin les énormes lampadaires de l'échangeur se sont allumés derrière moi. Alors je me suis mise à chercher, ma bonne étoile me guidait, pensais-je.
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title: La paix réelle
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date: 2021-01-15
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C'est une bien longue route du Blosne à Betton. Plus d'un demi-tour de rocade et, pour qui n'aime pas l'autoroute, un calvaire. La 205 d'Hector Renaud avance donc à son rythme. Les 33 tonnes braquent soudain derrière elle pour doubler l'épave. Ils s'imposent sur la file de gauche entre les voitures qui freinent de mauvaise grâce. Hector va à une allure de nationale pourtant, estime-t-il : à fond ! Il faut terminer ces trois jours de route depuis Nantes – avec certes quelques pauses et visites chez des « amis », dont celui qui lui a fait ce coquard à l'œil. Mais bientôt toutes les routes s'ouvriront devant le Capitaine Fracasse ! Car il a renoué avec l'avenir et, au volant, il psalmodie. Il récite mais est déjà dans la peau de l'acteur sur la piste aux étoiles, tout comme était M. Adam, son ancien patron du *Réal Circo=*. M. Adam avait ce discours mécanique et enjoué qui faisait la joie des petits et des grands. L'émerveillement tenait dans le subtil alliage de la conviction et de la répétition, dans la manière d'emmener ce spectacle particulier d'un soir dans le grand pays magique du cirque éternel auquel alors il appartiendrait à tout jamais. Un véritable tour de passe-passe dont il fallait, pour qu'il fonctionne, en laisser entrevoir la mécanique.
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« Bonsoir mesdames, bonsoir messieurs et bien sûr en premier bonsoir à tous les enfants ! Ce soir ! Ce soir à nouveau sous le chapiteau du Réal Circo, le spectacle !, le ciel étoilé et le rond magique de la piste ! Dans votre ville le cirque s'installe, dans votre ville il atterrit ce soir après un long voyage dans toute l'Europe et au-delà... »
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Ce soir est-il le soir ? Du fond du lecteur cassette, Neil Young surnage à peine des bruits de la vieille Peugeot. Le cirque recommencera demain comme il a fini hier, ça se sent dans le ton fait et refait de M. Adam – exactement ce que le Docteur Fracassus veut reproduire. « Mesdames, messieurs et bien sûr les enfants !, car à tout seigneur tout honneur. J'ai le plaisir d'introduire sur la piste... Les sœurs Goddivine ! Les Simoni Brothers ! Et voici les puces, le clown, les lions ! » Bien sûr qu'il n'y aura ni frères ni sœurs, ni lions dans le réel. Sans doute un clown, oui ! Mais de la caravane magique de Fracassus sortiront tout de même le merveilleux et l'exploit chaque soir refaits, parmi les cartons peints ors et rouge et les bricolages voyants. Toute la ménagerie tiendra dans la voiture.
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Klaxons, klaxons ! Oui, le cirque est sur le départ, applaudissements ! Il ne manque plus que la caravane mais elle est à Tihouït et il va la peindre comme il se doit et – oui, bien sûr, comment n'y ai-je pas pensé encore – embarquer avec moi cette fille, Tina, elle qui veut voyager. Tina Goddivine, un joli nom d'artiste ! N'a-t-elle pas toutes les qualités qu'il faut ? N'a-t-elle pas à l'évidence l'intelligence pour ça, pour peu que je lui présente le projet franchement et raisonnablement ?
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Oui, la vie nouvelle est là, après la sortie de l'autoroute, sur la D29, puis la D97, Tihouït. On ne peut pas se faire doubler sur une telle route. Une fois prise, elle n'est que méandres, virages serrés entre des barbelés pour les vaches, des entrées de ferme, des portails et des haies de sapins, une ligne de chemin de fer, le petit pont après la descente. Tant de souvenirs pour le Capitaine quand il partait vers Rennes, vers Nantes ou n'importe où, l'espoir en lui que, cette fois, cette journée allait être la bonne journée et que tout lui dirait oui, oui, oui.
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C'est fini. M. Renaud va à son nouveau spectacle qui mélangera le vrai et le faux, la dérision et la conviction – la figure de M. Loyal, celui dont on n'attend jamais la tromperie.
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content/Récits/Les Terre-pleins/31_tihouit.md
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content/Récits/Les Terre-pleins/31_tihouit.md
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title: Tihouït
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date: 2021-01-14
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Une averse passe sur les champs, elle arrose la petite route, remplit le ruisseau et le bassin de récupération de l'eau du carrefour. Maghlout M'sammi-Bi est debout. Sa galabieh fouette la terre quand le vent soudain durcit la petite pluie. Immobile, il regarde les gendarmes avancer prudemment. Ils suivent une piste. Un peu en arrière d'eux, un homme en veste de chasse absorbe par les yeux le paysage et le superpose mentalement à la carte d'état-major qu'il a étudiée avant de venir. Vite il cherche à comprendre où va l'animal. Il murmure dans sa radio : passez au large de l'épouvantail, sur sa gauche !
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Les gendarmes s'exécutent et ils salissent leurs chaussures. Un peu plus loin, des maisons. Où va-t-elle la proie se demandent-ils ? Il cherchent à se repérer eux aussi : mais où est donc l'épouvantail qui flottait au vent il y a un instant ? Leur talkie hurle soudain là ! À gauche sur la route, la fille qui court ! Rabattez-la, maintenez-la contre la route !
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Les deux pandores s'élancent, ils dévalent la pente du pré, sautent le ruisseau et crottent cette fois leur pantalon. L'un glisse et trébuche sur les mains. Il a cinquante-deux ans, deux filles au lycée, trois maquettes de planeurs dans son garage et un beau-frère qui le charrie, lui qui est dans le commerce. Merde ! C'est plus mon boulot que courir après une gamine ! Et puis ça le fait rire parce que lui vient aux lèvres la chanson *une petite fille en pleurs, sous la pluie, etc.=* Inutile de dire que la fille a couru plus vite et qu'elle est hors de vue. Les deux gendarmes s'arrêtent.
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– Y'a des gamins qu'on expulse et y'a des gamins qu'on doit ramener à la maison, c'est comme ça.
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Ils reprennent leur souffle et se regardent l'un l'autre. Oh *putaing !=* : on a le bicorne, la moustache, le bâton et les pommettes roses !
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– Guignol ! Et ils éclatent de rire.
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D'Horteuil les rejoint, furieux d'avoir failli.
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– Couillons !
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– Allez, que veux-tu qu'elle risque ici la gamine, hein ?
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***
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Elle a le cœur battant la petite souris et un immense sentiment d'humiliation. Cachée contre un regard dans lequel l'eau de l'averse s'engouffre, elle ne regarde pas vers le haut, vers le ciel où elle craint de voir apparaître un visage, un homme, une autorité quelconque. Elle sent ses chaussures noyées dans l'eau et baisse la tête encore un peu plus derrière les herbes. Tina tremble de rage et de honte, elle est là mouillée des fesses dans ce fossé banal oublié des cartes. Elle ne veut plus se montrer, la souillonne. Ainsi tous ses projets finiraient tombés comme des larmes dans un égout plein d'eau ? Elle est tentée d'y plonger, de creuser dans le liquide. Ça doit bien mener quelque part, par en-dessous cette terre trompeuse ? Elle rejaillirait ailleurs, vivante et sèche, nouvelle. Un bus de la ligne 70 passe sur la route, s'arrête. Tina se recroqueville encore et ferme ses yeux. Elle ne veut plus que ne plus être là.
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||||
Le bus repart, après une longue minute, suivi par quelques voitures.
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Puis, passent sûrement dans cet incroyable silence des canards sauvages, deux envols de pies, un avion et, au bout d'un nuage, la pâle figure de la lune, le satellite fidèle des rêves humains. Oui, ça se passe comme ça là-haut...
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Alors dans quelques minutes se jure-t-elle, Tina se lèvera, dégoulinante. Elle fera deux pas dans le ruisseau avant de revenir sur la route, sortant du fossé sans honte car l'orgueil est à combattre absolument et toute occasion que nous offre la vie d'abattre la fierté est bonne à prendre. Faut-il courir autour du monde pour apprendre cela ? Il faut que je marche se dit Tina, cela devrait suffire. Après tout, je n'écris pas un livre !
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Elle se lève, repère l'arrêt de bus et lit le panneau. Elle a trouvé Tihouït. Elle prend ses affaires et ramasse ce qui lui reste de son cœur. C'est ainsi qu'elle franchit l'entrée du Château, le visage reposé et le corps fourbu, ses affaires mouillées. Elle pose son sac près de la clôture ouverte : bonjour, euh, est-ce que M. Renaud est là ?
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– C'est moi, répond Julien.
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– Non, c'n'est pas vous.
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– Alors, c'est mon père. Il n'est pas là, je crois qu'il ne viendra pas.
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||||
– Si, je crois qu'il viendra.
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***
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Maghlout voit enfin Tina de près et, par conséquence, le bout de sa mission. Il n'est ni déçu ni ravi par la jeune fille mais il est soulagé : Tina n'est en rien une sœur à Davis. Il se rend compte que ce souci bizarre avait perturbé sa quête, celui de rendre un mauvais service à son ami en lui amenant ce qui aurait été lui-même, son féminin sans aucune jambe abimée.
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Tina est hésitante, elle ne s'attendait pas à cela. Mais arrête de t'attendre ! se crie-t-elle à l'intérieur.
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– Euh.
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– Julien, fais l'hospitalité quand même ! Une serviette, une couverture !
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– Bien sûr, Maghlout ! Mademoiselle, je, euh. Et il disparaît dans la cabane.
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– Un lit, de l'eau, des draps !, lui lance encore Maghlout.
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Puis, s'adressant à Tina :
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– Ainsi tu es sortie toi-même du fossé, bravo. Et tu arrives au Château, c'est plus surprenant. Mais tu es en sécurité ici.
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– Vous me surveilliez ?
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– Oui, depuis ce matin.
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– Et pourquoi me tutoyez-vous ? Vous me connaissez ?
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– Oh oui ! Je travaille pour Davis... Davis Mane. Il... pensait à toi.
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– Ah, tiens...
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– Mais toi, Tina, que viens-tu faire au Château ?
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– Je commence mon tour du monde !, crâne-t-elle.
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– Dans ce fossé ?
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– Pourquoi pas ? Puis-je vous prendre en photo ? Mon Journal commencera par vous.
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– Mais je t'en prie, ce sera une première pour moi !
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– Alors, je commence, vous voyez ?, dit-elle en s'amusant. Comment vous appelez-vous ?
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– Maghlout. J'ai choisi mon nom en arrivant en France : Maghlout M'sammi-Bi.
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– Choisi ?
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– C'est une blague bien sûr. Même Davis ne le sait pas. Il faudra que je lui raconte un jour d'ailleurs.
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content/Récits/Les Terre-pleins/32_histoire_nom_Maghlout.md
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content/Récits/Les Terre-pleins/32_histoire_nom_Maghlout.md
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title: L'histoire du nom Maghlout
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date: 2021-01-13
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Je fuyais le Maroc. J'avais enjambé Gibraltar et je traversais l'Espagne. Pays rempli de tristesse alors, c'était en 1968. Je n'avais pas l'intention de venir ici en Bretagne mais les filières ont la vie dure ! Les familles basques qui m'ont logé étaient conservatrices sur ce plan-là. Deux générations de passeurs, de secrets, d'adresses et de recommandations sûres, des familles fidèles. Alors me voilà parti vers la Bretagne. Saint-Malo ou Saint-Brieuc appris-je, exactement comme pendant la guerre civile, en 1937.
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J'arrive ainsi sur les quais d'un port gris et vaste. Des hauturiers verts, du bois sur les docks et partout de la saleté, dans l'eau, sous les remparts. On était en hiver, sortie de tempête et j'étais éberlué par l'insolence de la ville close. Alors que j'y pénétrai, j'ai été abordé par des policiers :
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– Faut pas rester là, monsieur. On va nettoyer.
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Les rues étaient en effet jonchées de papiers, d'objets brisés, de bois et de vêtements perdus. Des tables étaient renversées, une vitrine était à terre. Mais ils n'entendaient pas ce nettoyage-là : j'entendis une clameur et je vis un groupe agité reculer dans une des rues que j'apercevais derrière. Il y avait bagarre.
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||||
– Mais vous êtes en sang !
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En effet, je m'étais cogné la tête contre une palette en sautant une grille. Un évènement sans importance dans la journée d'un fuyard ! Mais je tombais dans ce contexte-là et je dus m'expliquer. Alors je me contentais de répondre aux idées des policiers au pied de leur camion : une victime des violences du jour, voilà qui ils avaient envie que je sois. Je leur décrivis mon agresseur, dressant le portrait le plus fidèle possible de Roger Piantoni à partir du poster qui avait bleui dans la chambre de mes frères. Ça attribuait une redoutable humanité à cette palette ! Ils inscrivirent tout cela soigneusement et voulurent prendre sous ma dictée mon nom. Décidé à rire jusqu'au bout, j'inventai mon nouveau nom sur place dans un marocain dialectal aussi sûr qu'un code secret : *celui qui maintenant prétend s'appeler ainsi qu'il le dit.=*
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||||
J'obtins le carbone de ma déposition. Je me fis soigner à l'hôpital sous mon nouveau nom. Et c'est comme cela que j'entrai pour la deuxième fois dans les archives de la France : je devenais celui que je prétendais être.
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Mon vrai nom est resté au Maroc, inutilisé. Ou alors peut-être par mes frères quand ils ont besoin d'un prête-nom pour leurs trafics.
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content/Récits/Les Terre-pleins/33_sous_le_teepee.md
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content/Récits/Les Terre-pleins/33_sous_le_teepee.md
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||||
title: Sous le teepee
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date: 2021-01-12
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On ne choisit pas le lieu où se croisent soudain des chemins, on ne sait pas pourquoi tout à coup un lieu paraît vrai pour une rencontre. Mais un teepee se dresse et tout le vaste monde connu ou inconnu s'invite là. Il se réduit en quelques gestes ou en quelques mots qui juste auparavant ne signifiaient rien mais qui prennent alors, ces mots et ces gestes une résonance heureuse, comme l'écho plein de bonté sortant du luth d'un prince musicien. L'endroit béni ce soir est dressé au Château, bricolé, épaulé aux placos et tenu par quelques branches plantées dans le sol. D'anciennes toiles sont jetées dessus et on s'assoit sur les duvets. Un feu est allumé.
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Toutes les histoires sont dites. Les Terre-pleins sont racontés.
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Maghlout annonce à Tina :
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– Je t'emmènerai demain chez Davis. Ma mission se termine !
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– Et que ferez-vous ensuite ?
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Tina est impressionnée par le vieil homme qui met un temps infini pour répondre à sa question. Que voit-il dans ses yeux perdus ? Encore une autre immensité, des chemins possibles, d'autres déserts, d'autres Gibraltar ou bien peut-être rien du tout. S'asseoir à nouveau parmi les genêts, se lever, marcher, dormir. Ou partir en mission, échanger des histoires, croiser des gens, ce mélange de tout et de rien qui est aux yeux de Tina une grande connaissance qu'elle est loin de posséder, croit-elle.
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– Attendez ! Je ne sais pas si j'irai oui ou non voir Davis demain...
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Maghlout est devenu très attentif. Il fixe ses yeux sur Tina et dit après un moment :
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– Il est certes plus difficile de dire oui que de dire non. N'est-ce-pas ?
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Tina est touchée, le sorcier a visé juste. Elle le regarde et le voit sous un jour bizarre. Sa silhouette se découpe sur le fond noir-ardoise de la nuit, comme un décor de carton. Le monde qu'elle veut voir n'est peut-être qu'un trompe-l'œil, soigneusement dessiné autour d'elle, et cela depuis qu'elle est petite ? Un monde uniquement fait pour être vu de loin, une construction et le vieux en ferait partie lui aussi ? Et tous les gens étranges qu'elle a croisé ces jours-ci, ils ne seraient que des panneaux, sortis un peu en avant du décor pour donner l'illusion du relief... Sauf qu'elle éventera le truc ! Tina se lève et s'approche, elle se penche derrière les silhouettes de Maghlout et de Julien et elle regarde dans l'interstice, là où on doit pouvoir voir le futur, le réel et la réponse à cette simple question : que feras-tu demain ?
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Elle recule, effrayée.
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– Je ne sais pas... Je veux bien. Vous m'embrouillez !
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Elle ose regarder à nouveau Maghlout. Ce n'est pas un masque qu'il porte c'est bien son visage, il est toujours aussi attentif à elle. Pourquoi a-t-il cet air comme si sa vie dépendait qu'elle aille ou pas revoir cet ancien copain de classe ?
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– Je veux partir, se reprend-elle. Sinon je n'aurai plus le courage, ce sera pour jamais. Et son timbre de voix s'affermissant : Je ne veux pas être embarrassée par ce qui est important. Important pour les autres, je veux dire. Je veux continuer à dire oui ou non sans effort.
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Les rides de Maghlout ont disparu. Il sourit.
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Elle dit :
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– J'irai demain chez Davis.
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Mais elle pleure.
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Après un silence : Petite princesse !, appelle doucement Maghlout, ému et ravi de sa rencontre.
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– Petite princesse qui dit oui ou non quand ça la chante, tes caprices expriment quelque chose de plus profond que tu ne l'imagines. Et je me sens proche de toi, comme l'avait prévu Davis. Lui, c'est un Petit Prince, tu verras. Il lui manque un peu le sourire, c'est dommage. Un ami à moi a écrit tout un livre là-dessus, un livre sérieux, triste et complexe mais d'où il ressort enfin qu'il n'y a rien de plus précieux que le sourire... Mais dis-moi, reprend-il, est-elle importante la dernière feuille de l'automne ? Est-ce un évènement quand elle décroche de la branche, qu'elle virevolte quelques secondes et rejoint bientôt le sol ? Alors c'est terminé, l'automne est fini. Je te parle de cette dernière feuille, j'aurais pu évoquer la première ou aussi bien toutes celles qui sont tombées. Des multiples choses se produisent comme ça, n'est-ce pas ? De tout petits évènements qui ressemblent à des oui ou des non de princesse mais revenons à notre feuille : sa chute n'a pas d'importance, elle n'a pas choisi d'être la dernière. Si tu crois cela, Tina, alors tu vis dans un paradis. Car rien n'a d'importance dans un paradis, il ne s'y passe aucun évènement. En fait, on n'y vit pas. C'est d'ailleurs un monde sans devenir, sans homme ni femme, sans feuille...
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Belle parole, n'est-ce-pas ? Mais considère ceci et tu auras la réponse à la question que tu posais tout à l'heure, sur ce que je ferai demain et toi sur ce que tu feras bientôt : dans une utopie au contraire, tout évènement a une importance, y compris ma petite feuille : elle a vécu sur l'arbre, elle est emportée par le vent, elle se décroche, s'envole et tout est encore possible... Tout comme ta visite à Davis demain matin, elle fait partie de l'utopie.
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Si tu le veux, conclut Maghlout. Ton voyage t'a montré cela, n'est-ce pas ?
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– Ce serait ça, oui ?
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– Je te connais désormais, je t'ai reconnue ! Tu as une nature heureuse et libre : cela, crois moi, rien ne pourra jamais l'égaler.
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– Ainsi vous me dites qu'être intelligent et être heureux, c'est la même chose ?
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– Je le crois, je le crois !
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– C'est ce que je veux aussi, oui... Mais j'ai trouvé que c'est une façon bien solitaire, jusqu'à présent...
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Silence.
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– Oui, admet le vieux.
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– Mais alors, les rencontres ?
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– Parvenir aux rencontres *est* la solitude, ose Maghlout. Un passage, vers la vie, vers les autres puis encore vers la vie. Chacun a son pas, chaque pas a ses détours.
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– Je commence à comprendre... Mais il y a tellement de choses que je ne comprends pas en moi. Je ne me connais pas, c'est effrayant, toute une partie de moi m'est inaccessible !
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– Justement dans l'utopie : le clandestin qu'on porte en soi et les espaces intérieurs qui nous arpentent sans cesse, ils se font soudain sourire. D'un coup alors, ni dérision ni complainte ne sont nécessaires.
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– C'est sûrement difficile... Et pourtant, ça me paraît simple aussi maintenant, après cette semaine...
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– Mais je suis vieux, tu es jeune ! Pour toi le meilleur chemin maintenant, ce sont les rencontres, c'est le Monde, c'est ce que tu es venue chercher. Profite bien de ce moment. Car entre la vision et la compréhension, il y a un espace heureux, un temps béni. Après, on ne voit plus. Il faut désapprendre et c'est difficile... Je n'y parviens plus que peu.
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Silence.
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– Ah, mais il faut que je te dise aussi, reprend Maghlout, je t'ai trompée : il y a des feuilles d'automne qui ne tombent pas. Certaines restent accrochées comme s'il fallait qu'elles témoignent d'un automne à l'autre.
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***
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Mais klaxon !, klaxon ! Au loin se rapprochent encore deux ou trois coups stridents avec effet Doppler et bientôt le bruit d'un moteur qui a hâte d'en finir et les cris délirants d'un désir fou encore en marche : le Capitaine Fracasse rentre chez lui.
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La 205 fait irruption et hoquète en freinant brusquement dans la boue. Le moteur s'arrête, les phares restent allumés. Déjà la portière est ouverte et le Capitaine surgit. Il hurle :
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– Ma caravane !
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De détresse, de rage, de désolation et d'une immense frustration, un nouveau cri est rempli :
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– Ma caravane ! Idiot, triple couillon ! Où est ma caravane ?
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Le fantomatique directeur de cirque erre sur l'emplacement vide de son rêve et crie encore :
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– Je vais te tuer !
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Julien fait un pas en avant. – Écoute...
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– Tu l'as vendue, tu l'as fourgué contre quoi ? Non bien sûr !, tu t'en es simplement débarrassé, hein ? Couillon de fils, elle était encore à moi cette caravane !
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Ah !, Karamazov !
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Mais, sentant du coin de l'œil la présence des étrangers, le fantôme passe avec aisance de la colère à un ton plaintif. Julien est cloué sur place.
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– Tu me pensais mort ! Un bon à rien, l'arme à gauche... J'ai économisé ma vie pour ma caravane, c'était tout ce qui me restait. Tu me mets à la retraite ! Ah oui drôle, drôle de façon d'accueillir un père chez lui... Et c'est qui tout ça, hein ?
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Silence. Il dévisage la nuit de son œil double et le comédien prend encore une autre pose, le sourire aux oreilles lorsqu'il reconnaît Tina :
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– Mademoiselle, vous êtes donc là ? J'en suis content ! Vous avez trouvé mon logis, je vous en félicite, il n'y a pas à la ronde meilleur hôtel ! Il y manque juste une chambre, la mienne mais enfin, je vais la retrouver, n'est-ce-pas mon fils ?
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Silence.
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– Et celui-là, c'est ?
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– C'est Maghlout et...
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– Apporte à boire. Dans le coffre de la voiture.
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Julien y va mais avant qu'il ait pu refermer le coffre, son père est soudain à côté de lui et le menace en lui chuchotant à l'oreille : et maintenant, souviens-toi bien où est partie ma caravane, sinon...
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Puis, plus haut afin que tous entendent, d'une voix enjouée :
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– Allons mon fils, sacré Camus ! Va, laisse un peu avec cette caravane, tu veux ! Nous en reparlerons. Je suis bien content de te revoir... Amusons-nous ! J'ai d'immenses projets, tu sais ? Il faut que je vous dise cela. Oui, à vous tous et à vous particulièrement mademoiselle, car vous êtes du voyage ! Vous souhaitez voir le monde, n'est-ce-pas ? Hé bien, je vous en offre toutes les routes ! Je vous offre le rêve...
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Tina n'en peut plus, elle éclate de rire en chantant *Hey Mr Tambourine man, in the jingle-jangle morning I'll come following you*. Continuant sur le ton badin dont elle comprend que c'est le seul qu'entend le Capitaine :
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– C'est que voyez-vous, j'ai déjà des engagements. Monsieur m'emmène demain matin...
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– Comment, comment ? Monsieur est dans le cirque également ?
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– Non !, il s'occupe de mon âme.
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– C'est pareil !
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title: La Victoire
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date: 2021-01-11
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Dimanche matin, M. Marc a décidé d'aller voir lui-même. Il a pris sa moto. D'Horteuil lui a dit « entre Betton et Thorigné », M. Marc choisit d'aller par la RN12 qu'il connait mieux, celle qui l'amenait étant jeunot à Rennes de Fougères par Saint-Jean, Saint-Aubin, Gosné, Liffré, Thorigné. Lorsqu'on passait devant une laiterie perdue dans les champs, il restait cinq minutes avant Rennes. À La Victoire, après Thorigné, il y avait un musée de l'automobile. Dans une ambiance sombre et poussiéreuse, on y voyait des engins et des voitures. De Dion, Renault, tractions, peut-être un camion de pompier, Gwenaël ne se souvient plus. Le musée dépendait d'un garage et d'une station essence : la passion, la noblesse du métier. La voiture était une aventure. Aujourd'hui, le hangar est une casse. On y vend et on y achète des pièces de rechange pour des automobiles qui n'iront jamais au musée, qui ne seront jamais célébrées. La cause est entendue ! Seules quelques caravanes proposées à la vente d'occasion invitent encore à l'idée du voyage, sur un parking ouvert ce dimanche matin.
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***
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M. Marc trouve enfin la D29. Au prochain rond-point, il s'arrêtera. Il ne sera plus loin.
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Au même moment, Maghlout prend le petit chemin derrière la maison de Davis. Il vient de laisser Tina à la porte de son ami. Que vont-ils se dire les deux adolescents, la carpe et le lapin ? Cela ne le regarde pas. Il va vers la ferme des Gandais récupérer ses sacs. Il dira non s'ils ont des travaux. Lui s'en ira vers cette motte qu'il a découverte avant-hier, là où il a ressenti pour la première fois cette sensation de vertige, de vitesse et d'élévation. Une réalité que son corps avait vécu pleinement et qui pour lui, le marcheur de fond, était nouvelle et intrigante. Comme si des vibrations se conjuguaient et s'amplifiaient pour l'emmener soudain très haut. Il lui tarde de rediriger ses pas vers cet endroit magique.
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Il respire très profondément, ouvrant encore une dernière fois ses poumons, ses yeux, ses narines et ses bras dans la petite brise du matin, sur ces prairies en pente douce et à toutes les senteurs que l'air tournant lui apporte : la forêt, les cheminées des maisons, l'eau du ruisseau et la pourriture de ses berges, les gaz des tronçonneuses, l'ozone des câbles. Tournant mécaniquement sur lui-même, mimant le temps et l'horloge, il voit la matinée telle qu'elle est dans son allure égale, à la fois indifférente et soucieuse d'elle-même, de l'argile à l'angélus, de mâtines à machines, de maintenant à tout-à-l'heure, d'ici à là-bas sous l'orbe solaire, lente, la pousse de l'herbe, les feuilles qui tremblent et tombent, tombent sur la tranquille assurance des tancarvilles où sèche le linge des maisons, rouillés, salis, s'égouttant.
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Seules des voitures fugitives, des motos filantes vues ou entendues derrières les haies, les talus ou les barrières disputent aux oiseaux le pouvoir d'aller vite et droit, de rayer le temps parmi les tracteurs et les renards, parmi les vieux jardiniers immobiles et ce joggeur qui souffle, son œil sur le chien qui pourrait jaillir – ou bien encore cet homme, là-bas, qui hésite. Il remonte la route, une main farfouillant la poche de son blouson. Il n'est pas aguerri et cherche quelque chose dans un coin qu'il ne connait pas.
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– Un *château* ici ? Non, ça ne nous dit rien. Tihouït, c'est là-bas, vous demanderez.
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Pourtant Tina lui avait laissé ce mot dans l'appartement : « Prochaine étape, château Tihouït. » M. Marc sort encore de sa poche ce qu'il a imprimé de Google. Il tente de mettre en concordance la photo satellite qui date sans doute de plusieurs années, et ce qu'il voit : des haies, une grande butte de terre orange, des maisons cachées, la petite route et l'abri-bus. Celui-là dont, de façon sans doute très indirecte, il a sûrement validé un jour l'emplacement et l'élévation. Il ne s'en souvient plus et M. Marc est troublé que l'abri donne déjà des signes de vieillissement.
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Ce dimanche matin, les quatre-voies sont désertes. Les terre-pleins sont semés de coquelicots joyeux dont les promeneurs font des bouquets. Au pied de la colline Esat se rejoignent la rivière et les ruisseaux, au long des courants des voitures circulant à travers les champs et les banlieues, à travers les zones de hangars, les terrains vides, les parkings béants. Immobiles les caravanes, les buissons et les tentes, immobile l'invisible. Sous la lune pâle, le vieux voyage continue, un TGV hurle et traverse le sol. Un dirigeable s'envole au dessus d'un magasin, un hérisson entreprend de traverser l'autoroute dans sa largeur – il meurt peu après.
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title: Le lotissement de la Terre
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date: 2021-01-10
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Nabab contemple son œuvre et remercie sa vie dure et chacune des épreuves qu'il a surmontées. Elles l'ont mené ici, près du village commercial La Forme à la consécration de son combat contre le travail. Il gagne car il a enfin trouvé l'idée pour le domestiquer : comprendre le besoin de la bête et la tenir ainsi fermement. Longtemps il a couru après elle, lui plaire et obtenir ses faveurs ! Tout sera facile désormais. Le travail et l'homme sont deux êtres différents qui ne s'apprivoisent pas. Il faut faire pâturer l'un ou l'autre, Nabab a compris lequel. Il contemple son lotissement, sa cité ouvrière mobile. La septième caravane de sa « brigade » est désormais en place. Bientôt les candidats se regrouperont à l'entrée du parking. Nabab repense à cet homme, Maghlout, le premier qu'il avait croisé en arrivant autour de Rennes. Voilà, comme promis aujourd'hui il lui raconterait volontiers son histoire. Mais c'est trop tard, comprend-il, il n'y a plus d'histoire à raconter maintenant qu'il a réussi. Autant raconter l'histoire du monde !
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Nabab regarde autour de lui et réalise soudain qu'il est au centre d'un vaste silence. Au milieu d'un monde gelé. Par ce qui doit être un extraordinaire hasard, les routes sont désertes. Il se surprend à compter dans sa tête un, deux, trois, quatre... La circulation reprend. Rien n'est plus vide.
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Á l'écart, Martin et Guillaume ont mis les cales sous les roues de leur Promenade. Les deux sont garés côte-à-côte et tête-bêche. Ainsi leurs salons se font face et, tendant une bâche, ils ont pu se faire une terrasse, commune et privée à eux deux. Guillaume débouche son blanc, Martin son rouge. La poule est dans le pot et mijote sur un gaz tandis que dans l'autre camion le riz bloubloute. Les deux anciens collègues ont décidé d'être traditionnels ce dimanche midi, de s'inviter comme à un repas de famille.
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– Je pense partir sur Saint-Malo dit Guillaume. Ou la Normandie, la Seine. J'ai envie de voir l'Angleterre. Au nord, ça bouge.
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– Sinon, je retournerai vers le sud, dit Martin. Ça bouge là-bas.
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– Il y a aussi cette môme qui voulait que je l'emmène...
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– Et moi ma femme. Et le Pont-Lagot ?
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– C'est terminé pour moi. Ils vont passer au très gros truc maintenant. Je laisse ça aux spécialistes.
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On a mis des petits bâtons de bois dans le sol et une marque de peinture orange dessus. Suivant les courbes et les pentes calculées pour absorber l'énergie, comme on ferait pour un circuit de course, ici sans tribune mais avec des zones de nature à conserver. Sur la carte, Rennes aura ainsi une forme plus aérodynamique entre Paris et Brest. Un premier bulldozer va régler soigneusement son azimut et zou, ce sera parti pour le Grand 8. Juste derrière lui, il y aura les arracheurs d'arbres. Ce sera rapide, ils n'ont pas eu le temps de prendre beaucoup racines. Cette couche d'humus sera vite évacuée et avec elle partiront des plastiques, des cartons et du papier journal, des couvertures mitées, des fringues oubliées, des livres, des capotes, des canettes vides, des lacets de chaussure et plein de choses encore dont personne ne prendra soin de faire la liste. Ensuite, on « bougera la végétale » pour l'amener là où la nature devra pousser. Puis ce sera le tour des *scraps=* et des *rouleaux=*. Alors l'ensemble du site deviendra lisse et prendra la teinte orange de la terre en chantier. Ce sera un vaste trou dégageant l'horizon, béant vers la tranchée déjà prête à travers les champs, vers l'ouest, par dessus le ruisseau. Une immense plage à modeler aussi facilement que du sable, un rêve de gosse. Collines à percer, vallons à combler, montagnes à construire et tout pourra encore se refaire autrement demain.
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– C'est fantastique ! Quand je repasserai ici, un jour, conclut Guillaume, je ne reconnaitrai plus rien. Je ne saurai même pas me souvenir de l'endroit où j'ai vécu ces derniers jours.
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– Ça te met en joie ! T'es quand même curieux..., dit Martin. On n'est pas d'accord, hein ?
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– Pas souvent, non.
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– Quel drôle de hasard qui nous a mis ensemble, hein !
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Ils discutent ainsi autour de leur repas. Martin est de plus en plus mélancolique. Lui et Guillaume ont toute une histoire commune mais des réactions différentes. Ils ont partagé des moments, heureux ou difficiles, voire une même attention à certaines valeurs : le respect, une solidarité, la franchise.
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– L'honnêteté, oui. Avec des pensées dissemblables.
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Tout a pris un sens nouveau depuis la fin de Promenade et Martin avoue que, pour sa part, au moment du solde, le compte n'y est pas. Il a trop laissé derrière lui. Femme, enfants, son métier et l'usine dont la philosophie lui convenait bien.
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– Bon, la famille, le travail et la patrie, quoi !, rigole Guillaume. Conneries que tout ça.
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– Non, ce n'est pas ça, le reprend Martin. C'est ce qu'il y a entre. Ce qui fait le lien et qui permet justement de ne pas ériger ces conneries en valeurs. Tu vois, ma liberté, elle est avec les autres. Elle existe dans les rencontres, les relations, comme celle par exemple que nous avons ensemble.
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||||
Mais Guillaume n'accorde plus d'importance à ce qui cimente. Il n'a pas une si haute opinion de lui-même :
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||||
– Ce qu'il y a entre, c'est devenu compliqué. Ma liberté, je ne la conçois pas comme un liant. Plutôt une eau qui coule, limpide, vive et indépendante. Et je la défend farouchement !, bien que j'en ignore la source. Si elle rejoint une autre eau vive, bon... Tu vois Martin, il ne faut pas se tromper de combat. Et je n'ai pas peur d'être incompris. Je n'ai même pas peur d'être sans le vouloir avec les salauds... La fraternité, ça ne se met pas en loi.
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||||
– Je sais que j'ai tort parce que je m'entête à vouloir que ça colle comme du temps de Promenade...
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||||
– Non, tu as raison, les gens, c'est important. Tiens regarde, entre moi et Tina... voilà. Quand ça arrive la fraternité, eh bien tant mieux.
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– Et entre nous deux ?
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||||
– Oui, si tu veux, oui.
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||||
– Ça t'aurait écorché la langue de dire amitié, hein ?, réplique Martin en remplissant les verres pour une nouvelle tournée de vin.
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Puisqu'on est aujourd'hui ensemble, fêtons ce moment.
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– Tiens, regarde qui s'amène ! Je suis méfiant de ce zigue avec, comment disait mon grand-père déjà ?, son nouveau phalanstère !
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Rires.
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– Vous auriez bien un coup, les gars ? Salut Guillaume, je t'avais bien dit qu'on allait se revoir. Vous venez pour l'embauche ?
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Nabab est venu voir. Il cherche des gars d'expérience pour sa colonne, des gars pas bêtes.
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– Ça y est, j'ai ma brigade et j'ai pensé que...
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– Internationale ?...
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– Hein ?
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– Une brigade internationale ? Il ne sait pas (*rires=*.). Laisse tomber, Nabab.
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– Ah oui, ça, internationale elle l'est : des Indochinois, des Yougoslaves, des pieds-noirs, des...
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– Laisse on t'a dit. Tiens, prends un verre de vin et instruis-toi.
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title: La balade de Marc
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date: 2021-01-09
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– Messieurs, bonjour. Je... viens à propos d'une fille. C'est ma fille, elle s'appelle Tina et...
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– Monsieur, comme vous allez vite en affaires ! Oui, certes les choses peuvent s'engager déjà. Le cirque Fracassus, monsieur, est bien sur le départ, oui ! Mais les bureaux, le papier à en-tête,... disons que c'est en cours alors... Mais la troupe, oui, est presque constituée ! Et le programme...
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– Je vous demande pardon ?
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– Comment ? Le contrat, oui bien sûr ! Après tout, vous êtes le papa, elle est encore un peu mineure, n'est-ce-pas ? Moi aussi, je vous présente mon fiston, Julien. Mais le cirque ne l'intéresse pas, c'est un rejeton, bien au contraire de votre fille, monsieur ! Elle ne m'a, disons, formellement rien promis. Elle a des projets... concurrents. Mais, si vous donnez votre accord, alors...
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Un fou. M. Marc se reprend et, tout en trouvant que le quiproquo dure trop longtemps, il cherche à deviner avec crainte dans quelle galère Tina s'est embarquée. Si elle l'a réellement fait.
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||||
– Julien, affranchis monsieur. Moi, j'ai à faire. Vous m'êtes sympathique, monsieur !
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Et le Capitaine retourne ranger ses pinceaux, la peinture rouge, la peinture or et les vieux cartons. À grands coups de brosse, il bichonne sa caravane retrouvée – son fils l'avait mise à la Victoire. Il est content des lettres finement dessinées d'un liseré blanc dont il en a honoré les flancs. Dans le vieux style américain, bien sûr. Tout en frottant, il s'interroge sur les figures à y rajouter un jour : lion, clown, tigre, dresseur de serpent, étoiles, magicien, jongleur, antipodiste ? Allons !, il n'y a que des puces, des mouches et des cafards dans sa ménagerie... Aucune sœur Goddivine et même pas son fils, évidemment pas cette fille ! Il est seul, comme le vieux monsieur qu'il a peint, vaguement inspiré du général Custer, en habit de dompteur, tirant de son chapeau un lapin effrayé. Et des taches de couleur autour, comme des mains qui applaudissent. Quel public pour sa solitude !
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Pendant ce temps, Julien a dit à M. Marc ce qu'il savait de Tina. Mais non, il ne sait pas où habite Davis.
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||||
– Ils passent ces gens-là, vous voyez. Suivant la route, en gros.
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M. Marc repart vers sa moto, sachant ce qu'il lui reste à faire : tourner lui aussi. Commencer dans un sens, hésiter, revenir. Recommencer les hypothèses et les supputations, questionner. Chercher.
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– C'est incroyable, dit Julien. Ce père qui arrive alors que justement... Un miracle !
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– Un miracle, oui ! Les miracles, les miracles ! Je m'en fiche, moi ! Jamais je n'y croirai, tu m'entends ?, jamais ! Je crois aux désastres, moi, incapable de fils ! Alors adieu !
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– Papa ! Hé... Pourquoi as-tu enore ce rire sinistre ?
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– Ah ? Hé bien mon chéri, on a quand même dû t'expliquer que..., enfin tu n'es pas sans savoir que, un jour... un grand éclat de rire nous avalera tous, n'est-ce pas ? Quoiqu'on fasse et..., je suis content de toi. Voilà ! Adieu !
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– C'est puéril !
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– Chacun son cirque !
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Nouvel Adam, le Docteur Fracassus se lance dans sa voiture, sa caravane aux lettres peintes accrochée derrière. Il prend son élan entre la grande butte de terre de la déviation de Betton qui se construit là et le reste des champs où un jour Hector Renaud est venu acheté un lopin de terre, un château pour sa belle. Il jette un ultime coup d'œil aux silhouettes des trois arbres qui lui ont toujours tant plu et déjà les grilles du réservoir, les panneaux, les glissières, les plots, la grande boucle et l'accélération sur la bretelle en descente vers l'est. La rocade large comme l'enfer ne fait plus peur au conducteur, il déploie une carte sur le volant, insouciant du danger et il cherche au hasard vers où il va partir. Par la porte des « Loges », oui n'est-ce-pas, s'exclame M. le Régisseur ? Et les Goddivine, les Ramirez et les Brothers applaudissent au fond de la caravane étoilée, bientôt imités par les puces savantes et le singe fou de la ménagerie du Cirque Fracassus.
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***
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M. Marc file dans les arrière-rues de Thorigné ou de Cesson, il ne se repère pas bien. Il a sûrement raté la route que lui a indiqué le jeune homme de Tihouït. Le voilà trop loin. Il cherche à se fier aux quelques panneaux encore rares ici. Les constructions sont trop neuves, les lotissements trop récents et les rues sans nom. M. Marc est d'autant plus perdu qu'il croit reconnaître les lieux mais il ne fait que traverser son imagination, nourrie des magazines de science urbaine et des programmes immobiliers. Toutes les rues qu'il prend sont des entrées ou des impasses en terre boueuse écrasée par les engins. De chaque côté, ce ne sont que nouveaux sentiers en attente d'être bitumés, entre les petits transformateurs électriques individuels et les stocks de parpaings, de plastiques et de briques dont sans doute les entreprises ont déjà assuré le vol. M. Marc fait demi-tour
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Plus loin, au bas d'immeubles, les habitants se groupent autour de braseros. Du linge est étendu sur un fil qui court d'un jardin à l'autre, au-dessus des buttes de terre et les amas de débris qui séparent les lots. Sur des vieilles pierres de maçonneries d'un four à pain qui se trouvait là avant, sont jetés des emballages et des palettes, des coupes de cloisons et de tout ce qu'il faut pour des appartements pas finis. Tout devant quoi courent et jouent des enfants dejà sevrés. M. Marc est au-delà des lignes connues, dans un inter-lieu qu'il découvre, il s'arrête. Il a posé son casque et fait quelques pas. Instinctivement, il regarde vers Rennes, son aimant de toujours. Au-dessus des arbres, mordant sur les nuages, il voit bien sûr la tour Télécom. Même désarmée de ses antennes, elle reste partout dans le paysage – M. Marc ignore que chaque matin, une foultitude de gens qui viennent travailler du nord de Rennes se servent d'elle comme azimut à vingt kilomètres à la ronde. Rennes trônant au fond de sa cuvette.
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Mais il y a aussi de nouvelles grues qui montent. Sur le fond du ciel, impossible de savoir où elles sont plantées mais M. Marc sait, bien sûr, que ce sont celles du chantier des Champs Blancs. Celles qui avanceront jusqu'à rejoindre la forêt un jour. Il en sait les prospectives, les plans, les études. Mais faisant un effort, Gwenaël Marc se force et il pose ses yeux sur le monde immédiat, devant lui. Il veut revenir vers Tihouït, le dernier indice tangible de l'existence de sa fille. Il remonte à moto et prend à l'estime une route qui le ramène vers l'ouest. Après quelques hangars et virages, il parvient à un endroit presque désert, entre un champ et une bande d'herbe non cultivée, sur sa droite. Elle fait tampon à une longue ligne de petits arbres sur un remblais. Celui-ci protégé par du grillage. Et un portail, soigneusement fermé, dont Gwenaël Marc se demande qui peut bien en avoir la clé. Il stoppe et cherche à se repérer.
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– C'est quoi son numéro ?
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– Un truc spécial. Tu n'y arriveras pas.
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– Eh, c'est pas Dieu quand même ton père !
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Davis tapote, saute de fenêtre en fenêtre, tourne des boutons, cherche des fréquences, interroge les bases, déclenche des requêtes. Un peu de patience, fébrile pour l'un, étonnée pour l'autre. Et puis :
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– Tu l'as invité à dîner ou quoi ? Il est là, tout près, à la Touche Dogon. Qu'est-ce qu'on fait ?
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Tina ne répondait jamais à ce genre de questions avant. Mais à Davis cette fois elle dit oui. Alors canne et blouson, sac à l'épaule de Tina. En partant, Davis tient la porte pour elle. Tina passe le seuil, hésite.
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– Davis, je veux te dire que... Et tandis qu'il ferme la porte, elle l'embrasse. Puis insiste pour le prendre en photo, « pour mon carnet de voyage, ta canne c'est pas grave ».
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title: La Touche Dogon
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date: 2021-01-07
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M. Marc comprend qu'il est parvenu à l'arrière d'un terre-plein. Intrigué, il suit les grilles quelques dizaines de mètres. À quoi servent-elles, aux sangliers ou aux hommes ? Qui des sangliers ou des hommes respectent mieux les grilles ? La barrière s'arrête dans un virage, contre un pont qui enjambe une quatre-voies. M. Marc s'engage à pied. En face, c'est un petit bois et la campagne derrière. Le bruit et la vue sont inédites, M. Marc est subitement sur le pont, attiré vers la rambarde. Sous lui s'étalent la route, ses voies et les trajectoires des véhicules. Il voit enfin le ruban que lui a décrit le vendeur de sa 500, les yeux pétillants, imaginant des *runs=* infinis.
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– Il ne faut jurer de rien, n'est-ce-pas monsieur ?, s'était-il amusé.
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La rambarde du pont est blanche, éclairée par le soleil, de grands panneaux de signalisation y sont accrochés. On n'en voit que l'arrière et on ignore les directions qu'ils indiquent à ceux qui roulent sur l'autoroute. D'ailleurs, est-on au-dessus de la rocade, de l'autoroute des Estuaires ou l'une de ses nombreuses bretelles ? Sur la gauche, un immense pylône bourdonne régulièrement. Gwenaël Marc descend sur un chemin à demi tracé à flanc du terre-plein, vers une antenne-relais. Des camions passent sans cesse quelques mètres sous lui. Il se retourne et voit qu'il pourrait passer en dessous du pont – et parvenir ainsi derrière le portail soigneusement clenché, celui qui semblait protéger un site sensible ! De drôles de pensées traversent alors la tête de M. Marc, par exemple l'ironie de la situation, l'idée d'un gâchis historique ou peut-être encore cette idée que Tina a vu ces choses que, lui, il rendait invisibles. Il remonte sur le pont, suivant des yeux la courbe des fils électriques, les traits des glissières de sécurité qui plongent dans le sol une fois leur rôle accompli et tous ces bosquets d'arbres dont on ne sait pas sur quoi ils poussent, où ils plongent leurs racines. Vers le nord, pas moins de 8 voies s'écartent deux par deux. Inlassablement s'y séparent des voyages : qui revient de Paris l'à-valoir en poche pour un space-opéra, qui va au Mont-Saint-Michel s'émerveiller encore, qui est en vacances dans une voiture de location. Qui rêve de capsule Soyouz, qui part en repérage pour un documentaire, qui monte là-haut vers Cherbourg ou qui roule tout simplement parce qu'elle est irritée, soupe-au-lait et que rouler est son dérivatif. Au centre, entre deux grandes lignes de barrière, le terre-plein central immense fait perspective, brisée à l'horizon par les flancs gazonnés d'une colline, l'incroyable intérieur de la boucle d'une des bretelles. Ainsi les voilà ces kilomètres carrés préemptés pour l'A84 ! Et ce pont qui en fait partie, lui qui devait l'emmener vers Tihouït. M. Marc se retourne vers l'ouest.
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Et il voit Tina.
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Elle s'avance seule sur le pont. La scène est aussi surréaliste qu'un échange d'espions à Check-Point Charlie – Gwenaël Marc pense encore en termes de frontière. Sa fille, elle, vient simplement vers son père. Elle a quitté les bras d'un claudiquant à lunettes qui la regarde partir d'un œil attentif. M. Marc réalise enfin le moment qu'il vit et il dégrippe et il dézappe son blouson, court et jette ses bras fous au cou de sa fille. En refermant l'embrassade, il pense à un livre qu'on claque, une feuille de papier qu'on déplie pour comprendre un origami ou bien aux samares, ces curieux fruits des frênes qu'on lance en l'air et qui retombent en volant comme des hélicoptères – et puis il pense également que serrer dans ses bras un être aimé, qu'y a-t-il de plus simple et de plus compliqué ?
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Tina rigole, bouscule son père et prend l'initiative. Elle pointe du doigt dans ce paysage les étapes de son voyage, cite des lieux que son père ignore, semble voir Rennes dans un espace réel. Elle raconte un peu, par bribes, ce qu'elle a fait et qui elle a rencontré. Mais pas trop, elle promet de tout écrire. Après, l'essentiel, dit-elle, est là maintenant :
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– Devant toi ! Regarde-moi.
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– Et maintenant ?, demande M. Marc, inquiet. Il sort le bout de papier où Tina avait inscrit *Tihouït=*. J'ai eu déjà du mal te trouver ici !
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– Tu m'offres un grand café ?
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– Ma moto est juste là derrière. Il y a un bar ouvert à Thorigné, j'y suis passé tout à l'heure.
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– Allons-y !
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Tina se retourne. Elle fait un signe du bras à Davis. Un signe qui peut vouloir dire tout à la fois je vais bien, c'est OK, au-revoir, à bientôt, j'y vais, etc. *Merci=*.
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***
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De l'autre côté du pont, la voiture des Mane surgit et descend lentement sans bruit. Mayol en sort seul et vient prendre la main de son frère, enfin :
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– Viens Davis, tu n'as plus rien à attendre. Tu as eu ce que tu voulais, partons.
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– J'ai appelé Momo. Pas la peine.
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– Je sais, nous l'avons vu. Il ne viendra pas... Je suis là maintenant, Davis.
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Mais le regard du frère est braqué sur lui, l'intrus. Mayol baisse les yeux, a-t-il le droit d'être là, ce fraîchement débarqué ? Il repense à son si long trajet. Depuis l'utérus de sa mère jusqu'à ce pont désolé d'une autoroute, sur un continent nouveau , auprès d'un frère que ni sa mère, ni son père ni rien n'a choisi pour lui, sinon une suite incompréhensible de circonstances. Une longue ligne de naissances métis et des années et des années de saisons difficiles à cause de Niño et de Niña au flanc de la *sierra=* de l'Arequipa. Trop difficile pour une veuve, alors la maladie et l'orphelinat. Et cet humanitaire international des Mane qui, surplombant tous les pays et leurs enfants possibles, a tombé sur lui. Oui, Mayol Melgar Roca-Mane, enfant d'un nom prestigieux, est lui aussi une goutte infime du brouillard de l'existence, tombée là aux hasards des condensations romanesque d'une voûte noire de suie.
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– Combien de miracles te faut-il donc, à toi Davis mon frère ?
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***
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Guillaume a raccroché. Il revient et apostrophe Nabab.
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– Regarde comment ça se passe : je pars. En une minute c'est décidé, un rien !
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– Tu pars ? Mais attends, écoute...
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– Arrête avec tes plans. Des gens comme nous, on ne peut plus les garder. C'est fini ce temps.
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Et puis se tournant vers son ami Martin :
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– La môme, elle veut filer. Prendre un ferry pour vivre l'hiver à Cork, chez des amis de son père. J'ai rendez-vous. Je pars.
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– Tu la rejoins, c'est vrai ?
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– À Roscoff. Son père l'emmène en moto.
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– Et bien moi aussi... Je vais d'abord passer à la maison.
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Ils se disent au-revoir en chargeant leur Promenade. Cette fois ça a l'air définitif entre eux mais il n'y aucune tristesse. Tout sera bientôt bitumé, savent-ils, et quand toutes les routes et les parkings seront construits, hé bien ils se toucheront et il ne restera nulle part où aller.
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– Nous nous reverrons alors !
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– Au tribunal, peut-être !
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– Il n'y a pas de tribunal pour ça.
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Martin démarre son *running-home=*, y insère un disque que Guillaume lui a offert un jour de désœuvrement à la caisse d'une station-service, *Liberty's just another word for nothin' left to lose...=*
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À peine une heure plus tard, au niveau de la porte de Maurepas côté extérieur, au long d'une belle plantation de bouleaux au flanc du terre-plein, M. Marc en moto passe tranquillement sur la file de gauche, laissant s'engager sur la rocade deux camping-cars blanc identiques, Martin devant, Guillaume derrière. Collée au dos de son père, Tina reconnaît Guillaume et lui fait signe de la main. Il lui répond par un appel de phares. Sans savoir, il n'a bien sûr pas reconnu son rendez-vous sur une petite 500 derrière un mec en blouson de cuir. Mais Tina soulève son casque et un peu de ses cheveux roux flottent au vent. Guillaume comprend alors et klaxonne joyeusement. Á tout à l'heure, à l'embarcadère ! Devant lui Martin, pensant que Guillaume l'interpelle une dernière fois, lui fait signe aussi. Salut !
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content/Récits/Les Terre-pleins/3_La_ou_tombe_la_lumiere.md
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title: Là où tombe la lumière
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date: 2021-02-10
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J'y étais, je ne devais pas être loin. Le dôme lumineux de la ville atterrissait là, une affaire de quelques mètres. J'y étais. Je cherchai sur le sol ce trait qui sépare la lumière de la campagne, la ville de l'ombre, la réalité de son rêve. Mais je ne le trouvais pas. Pourtant absolument sûre de moi, cet endroit, je le connais depuis l'enfance ! Sans doute les lumières de la ville elle-même brouillaient encore la frontière. Je me suis accroupie le dos à une petite haie, cachant de mes mains les énormes lampadaires du rond-point. Par petits pas de crabe je me suis déplacée, cherchant dans l'herbe étalée le trait de la limite. Et soudain je la vis ! Je retins mon souffle mais elle, cette ligne, elle ne bougea pas. Elle existait là bel et bien devant moi ! Nette mais douce, très fine... D'un côté les pointes de l'herbe étaient de l'orange du lampadaire, de l'autre du vert noir de l'ombre. Je soufflais longuement, heureuse. J'oubliais tout, le bruit, les lumières et mes mains n'avaient plus besoin de faire visière maintenant. Ma promesse se trouvait à cet endroit précis, attendue depuis des années.
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Je fus prise d'une joie de petite fille. Je bondissais, je piétinais l'herbe puis je revenais en équilibre sur mon équateur, ma ligne imaginée, désirée, cherchée. Franchie. Je jouais à « un pied dehors, un pied dedans », « coucou-caché », à la corde à sauter. J'ai traversé ainsi tout le champ, heureuse. Puis je buttai sous l'ombre d'un chêne immense qui me priva de mon jouet.
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J'ai été rechercher mon sac.
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Derrière l'arbre, les choses se compliquaient rapidement : des hangars, des clôtures et des zones de parking, durement éclairées. Ma ligne se brisait sur des camionnettes et des engins de levage, éclatée dans des ombres et des multiples carrés de lumière. J'ai couru au hasard vers un chemin mais il m'a vite étranglée en un sentier. J'ai croisé des bêtes, amorphes et à demi-réveillées, je me sentait un peu inquiète. Le passage est devenu vraiment noir sous les arbres. Je distinguais juste des branches, étais-je sous le dôme ou à côté ?
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– Les feuilles saluent mon arrivée, me suis-je plaisantée. Elles me trouvent courageuse !
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Je continuai. Il y avait sous mes pieds des graviers, je longeai une barrière et puis soudain un écriteau « Jardins familiaux ». Surmonté d'un fléchage : « Écomusée ».
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– Au moins je saurai où elle se trouve cette ferme !
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Et ces fameux jardins ! Mon cousin Emmanuel, attributaire d'un de ces jardins familiaux et qui est très militant quand à ces choses-là m'en avait tant parlé, tout une luminosité dans sa vie. Je l'imaginai encore là à cette heure du soir, fumant sa pipe, contemplant son œuvre et les étoiles. Je me suis faufilée dans le dédale, vide. Sans cousin, sans personne. Après l'allée, le sol remontait sur un terre-plein. Ça devait rejoindre la rocade. J'ai pensé : Là, je verrai.
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Mais d'abord, comme si tout se méritait, il m'a fallu grimper, trébuchant et glissant des fois sur l'herbe mouillée. La nuit était cette fois complète et je ne voyais rien – on n'éclaire pas l'extérieur de la route.
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Mais soudain mon téléphone a retentit. Vibré. Panique.
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– Papa ! Non, pas maintenant !
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J'ai fouillé ma poche de blouson et dans ma précipitation – le faire taire ! – l'objet est tombé par terre. Il sonnait encore *Lilac Wine* (une chouette sonnerie dont je suis fière) et restituait comme une lumière de lampe de poche dans l'herbe poisseuse. Je l'ai rattrapé enfin mais c'était fini. Sans même attendre un message, j'ai éteint l'appareil qui avait été jusque là mon ami intime, que j'avais pourtant oublié ce soir. Je l'ai mis carrément au fond du sac.
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J'avais chaud. J'étais en sueur. La montée, l'appel de papa, la météo ? Je n'en savais rien. J'ai ouvert mon blouson, je n'étais pas loin du sommet. Je sentais un air frais débouler du haut, déborder le remblais pour se diluer au-dessus de la terre nue du champs et, plus loin, l'humidité noire de la campagne. Un climat très local, très spécifique, ignoré des météorologistes ! Je me suis enfin hissée et ce fut vraiment là le spectacle.
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Un point de vue magnifique qui m'a tout de suite fait penser à la sorte de récompense qu'on a quand, après une longue marche de montagne, on débouche sur la vue d'une cascade, uniquement là croit-on pour nos yeux seuls : vierge et fraîche dans l'intimité ravissante de la nature et ce à quoi seul l'effort solitaire du randonneur donne une réalité. Du haut de cette butte de terre sans nom, j'ai vu une énorme coulée rouge, lente, croisant un fleuve de lumières blanche et jaune – une fameuse guirlande, un sacré Noël ! C'était dimanche soir, oui. Un nombre faramineux de gens avaient à faire, tous pressés par le weekend passé. Ils ne s'étaient pas donné rendez-vous là, non, ils allaient chacun leur route, réunis sous mes yeux en un spectacle incroyable, un spectacle que seule la nature peut donner. Je lui en fut reconnaissante. Aussi à tous ces gens, aux bons et aux salauds, les chauffards et les femmes en retard, je les saluaient tous de la main, joyeuse.
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Personne ne me vit.
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Je peux dire que je ressentis-là du bonheur. Disons que l'indienne qui déboucha la première sur le Grand Canyon, j'étais Elle, fière, encore plus heureuse qu'heureuse. C'est à ce moment je crois que j'ai envisagé de prendre mon temps. Plus d'une seule nuit je veux dire. Presqu'en face d'une chaufferie, à l'orée d'un bois, j'avais mon sac de couchage sur mon dos. Je regardais autour de moi où l'allonger, en rond, comme un chien ou une chatte. Une fois allongée à raz de terre, sous quelques branches, sous le vent, le passage des voitures me serait une berceuse. Ça allait être doux.
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title: Du haut de la Métropole
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date: 2021-02-09
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M. Marc a rangé ses dossiers, la réunion est finie et quelqu'un propose un whisky aux derniers présents. On est lundi midi. L'espace vitré du haut de l'hôtel de la Métropole offre enfin sa vue magnifique aux élus et aux fonctionnaires épuisés. Ils sont contents. Ils viennent de passer la matinée sur les dossiers de la boucle haut-débit et du réseau d'alerte de la rocade. M. Marc rallume son téléphone : aucune réponse à ses multiples appels vers Tina. Deux jours, deux nuits, peut-être bien trois si on compte samedi soir où elle allait chez une copine. Sa fille devient de plus en plus chatte. Elle vadrouille, dort quelque part et revient un matin devant un bol de lait. Est-ce que ça devrait l'inquiéter ?
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D'Horteuil s'approche de M. Marc : des soucis ?
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C'est l'heure où les animaux se regardent, chacun ayant choisi son coin quand le soleil est au plus haut. Qui une branche sous le vent, qui des herbes folles, qui la bouche d'égout fraiche. Qui une chambre, un sofa, un bureau climatisé. Qui, les quelques solitaires qui traversent l'avenue Fréville. Le lundi bascule dans la semaine et commence à peser sur Rennes. Çà et là résonnent dans les pièces solitaires des appartements les chansons de Bashung pour femmes seules. L'heure est au calme, à l'évocation du weekend passé et aussi de la semaine commencée dans le cafard. Mais on imagine aussi qu'il existe bien sûr des tas de femmes et d'hommes qui ont attendu avec impatience ce lundi. Gwenaël Marc est de ceux-là et des autres car il est en symbiose avec la ville et tous ceux qui y habitent. Il est heureux que son œuvre concerne à la fois les gens du lundi et les gens du dimanche. Il aurait envie d'aller dans un de ces bars du quartier, en bas, où le menu vient de changer. Avec ceux qui ont une âme tranquille qui ne vaut rien sur le plan statistique mais qui pourtant, M. Marc le sait bien, font aussi vivre la ville. La ville entre les axes, entre les pâtés, dans les îlots. Tiens, comme prendre un bateau en début de semaine, aller voir, emmener Tina dans un de ces routiers. Ça changerait des brasseries ou de la cantine. Demain...
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– D'Horteuil, vous pourriez peut-être... Au lycée demain matin. Et puis chez ses amies, rue de Paris ou boulevard de la Liberté, vous savez. Juste comme ça, dites-moi.
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– Bien sûr... Je vais passer les coups de fil, tout de suite. Sans doute on va savoir très vite. Les gars ont l'habitude...
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D'Horteuil bafouille. Il devrait... Mais il sort son téléphone. M. Marc lui retient le bras.
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– Vous savez, D'Horteuil, votre projet de service... Il faudra qu'on en reparle et...
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– Je sais. J'appelle.
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D'Horteuil fait et n'envoie qu'un seul petit message en forme de code : « Tina M. ? » Tout son monde comprendra. Lui trouve délirante l'idée que se fait M. Marc de l'éducation de sa fille. Trop de confiance ! Pour D'Horteuil, la ville n'est pas exactement un jardin d'enfant. Ce n'est pas marqué sur le front de Tina : criminels, passez votre chemin, celle-là est intouchable ! Alors bien sûr, la fillette est connue de tous les employés municipaux, des pompiers, des flics, des postiers et des élus, tout ce qui est dans l'associatif aussi, M. Marc l'a tant trimballée avec lui dans tous les quartiers de Rennes ! Des centaines de paires d'yeux suivent les pas dans la ville de la fille de monsieur Gwenaël Marc. Mais D'Horteuil voudrait lui prouver – et il y parvient peu à peu : preuve cette conversation, cette demande pour la première fois explicite – lui prouver qu'un meilleur service de police municipale, doté de technologies modernes pourrait rassurer tous les parents de Rennes. Et pas seulement cet édile qui, sous prétexte qu'il est le « maraîcher » de la ville (c'est la propre expression de monsieur Marc) délaisse les questions de sécurité publique. Égoïsme et naïveté, voilà ce qu'en pense D'Horteuil.
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– Voilà monsieur...
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Mais M. Marc est déjà reparti dans d'autres pensées, fasciné par la lumière du zénith que capte tous les panneaux photovoltaïques. Il aime sa ville et la forme qu'elle prend. Il aime aussi sa fille et comment elle grandit, comme elle s'émancipe. En fait, il est heureux ! Il aurait envie d'ouvrir cette verrière fermée de la Métropole et de crier « Si vous saviez comme cela sera encore mieux demain ! Venez voir ! Tout est là sur le papier. Tina, à demain ! »
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Il reprend un verre, il a vraiment fait avancer les choses ce matin. Tina peut être n'importe où dans cet espace, il a confiance.
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content/Récits/Les Terre-pleins/5_le_jardinier.md
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content/Récits/Les Terre-pleins/5_le_jardinier.md
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title: Le jardinier
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date: 2021-02-08
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Maghlout s'en est allé avec cette mission bizarre sur le dos et il arrive au rond-point de la Bouriande. Que va-t-il pouvoir faire ? Bah, à mission impossible nul n'est vraiment tenu et Maghlout doute de la détermination de Davis. Le jeune homme se montre velléitaire ! De la chance ou du temps, Maghlout sait qu'il dispose des deux, tant qu'il vivra. Mais Davis... Maghlout repère une camionnette-benne. Tiens, se pourrait-il que...
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– Oh, le touareg !, l'interpelle soudain une voix joyeuse. Émergeant de la futaie apparaît Franck dans son costume de travail, les espaces verts.
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– Eh, le jardinier !
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– Alors nomade, où vas-tu comme ça !
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– C'est toi le nomade, tu n'es jamais au même endroit chaque jour ! Comment vont ces terre-pleins ?
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– Ils prospèrent Maghlout ! Écoute, hier j'ai trouvé deux pieds de vigne. Tu te rends compte ? Une plante qui met au moins vingt ans à donner du bon et qu'il faut tailler tous les hivers. Le gars qui les a planté a un sacré sens de la dérision, c'est sûr !
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– Je ne vivrai pas assez vieux pour goûter ce cru, oui. Et puis quoi encore ?
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– La routine. Les arbustes poussent, les bosquets deviennent plus fournis. Le métier est plus intéressant qu'avant, depuis que j'ai planté tout ça ! Je m'occupe d'arbres maintenant et non plus de tiges maigrichonnes. Et puis il y a ces traces, ces chemins, ces abris : je pense à ceux qui passent là, qui dorment et vivent. Je m'applique à tailler et à entretenir aussi le côté invisible du terre-plein. Je ne travaille plus uniquement pour les voitures, de ce qu'on voit à travers les pare-brises. Et toi, ça avance toujours ?
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– Je cherche une fille, seule. Elle va peut-être marcher dans le coin, si tu la vois...
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– Maghlout ! À ton âge !
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– Oh, oh ! Ce n'est pas pour moi, j'aide un ami qui veut la retrouver.
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– Oui, c'est toujours ce qu'on dit ! Comment elle est cette nana ? Tu sais, on en voit du monde ici !
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– Tu me blagues ! Ne me fais pas croire que ce malheureux bout de route est devenu tout d'un coup un boulevard parisien !
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– Oui, oui. C'est pour le plaisir de discuter, Maghlout ! C'est quand même plus sympa de se faire une idée de qui on cause, non ? Tu sais, il n'y a pas beaucoup de jeunes filles qui passent sur les terre-pleins. J'en suis peiné, même, d'ailleurs.
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– Bon, ne t'attends pas à du roman épais. Voici ce que m'a dit Davis mon ami : « Elle s'appelle Tina. Elle n'est pas comme les autres, tu la reconnaîtras. »
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– Oui, c'est un peu juste...
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– Pas physiquement, m'a dit Davis, tu ne la reconnaitras pas par ses habits mais grâce à une attitude, grâce à son nez en l'air. Désinvolte et curieuse à la fois, un peu secrète.
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– Ouais. Aussi bien, c'est une hippie ?
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– Non. Elle est quelconque. Mais, note bien, souriante, superficielle, comme si son intelligence n'était pas dans sa tête...
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– Alors voyons. Elle a quel âge ta Tina ?
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– Seize ans.
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– Je te fais marcher, allez va ! Je l'ai vue tout à l'heure. Comme je t'ai dit, c'est rare de voir une ado trainer dans des coins comme ça, oui. On s'est regardé, elle m'a semblé mignonne, elle avait l'air amusée. Elle m'a fait un petit salut de la main.
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– Tu lui a parlé ?
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– Non. C'était de l'autre côté de la route, zut ! Il y avait aussi un groupe de gars, des travailleurs. Ils attendaient en fumant. Un camping-car aussi. Un type en est sorti et ils se sont parlé, elle et lui. J'ai pensé qu'ils avaient rendez-vous. Tu vois le roman ? Mince je me suis dit, je serais bien descendu parler un peu avec elle moi aussi ! Avec ma benne, ç'aurait été drôle. Et puis Christine est arrivée dans sa Kangoo.
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– Christine ?
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– C'est ma collègue. Elle est syndicaliste chez nous mais elle s'intéresse à ces gens, tu vois ? Je sais que ce n'est pas de mon ressort, qu'elle dit. En plus, ils ne cherchent pas à s'organiser. Mais il se passe quelque chose quand même ici, sur ces terre-pleins, quelque chose que le syndicat n'a pas intérêt à ignorer
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– Et alors ?
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– Christine était accompagnée d'un photographe et d'un reporter radio. La voiture s'arrête, tout ce beau monde débarque... Et j'ai tout de suite compris que le gars au camping-car, il n'avait pas envie d'être sur la photo, il est parti.
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– Et Tina ?
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– Hésitation. Puis elle l'a suivi. J'étais vert... J'espère qu'il n'y a pas de problème, hein ?
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– J'espère... Un camping-car tu dis ? Comment il est ?
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– Un tout blanc, sans déco. Un gros rectangle, qui ne ressemble à rien, enfin pas moderne, un truc pas fini. Pas vraiment traceur tu vois ?, un camion quoi, pour juste aller dormir d'ici à là.
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– J'y connais rien...
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– Bon, alors souviens-toi, juste une diagonale au niveau de la cabine qui, elle, est en forme de bulle. J'ai pas reconnu la marque. Pro quelque chose, avec un châssis Fiat, ça j'en suis sûr...
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– Merci ! Salut Jardinier !
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– Salut le Messie !
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Continuant sa quête vers le sud, Maghlout longe des bosquets sur une longue et large bande de gazon offrant une perspective sur la route qui descend vers la rue de Rennes qui va vers Paris en suivant le fleuve. À trois cents mètres environ, sans doute à cause d'un vieux chêne, les ingénieurs de la bretelle ont laissé la terre remonter en un curieux promontoire d'un petit mètre de haut. Comme une rampe d'exposition devant une concession poids lourds ou d'engins agricoles. Et pile dessus aujourd'hui : un camping-car. En voilà un qui ne manque pas d'à-propos, se dit Maghlout. Je me dois de le connaître.
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content/Récits/Les Terre-pleins/6_rencontre_avec_martin.md
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title: Rencontre avec Martin
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date: 2021-02-07
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– Je suis Martin, un des gars de Promenade qui a pris la route. *Promenade-Späziergang=*, c'est une marque, elle est écrite là sur mon camion, ça te dit peut-être quelque chose ?
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– Peut-être, oui... Je cherche une fille qu'un gars comme toi aurait pris en stop hier.
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– Non. C'est pas moi. Y'a jamais de fille dans mon camion. Même ma femme... Je te parlais de l'usine, les Promenade....
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– Non, ça ne me dit rien.
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– Bah, comment tu pourrais être au courant ?, c'est une histoire de fait divers. Tant mieux d'ailleurs, il y a des choses plus importantes.
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– Dis-moi alors, je t'écoute.
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Promenade, c'était l'usine qui fabriquait ces camping-cars. Elle était à côté d'Angers, à la Chevallerie, avec les autres – Le Voyageur, Pilote. Mais ces deux usines-là, elles y sont encore. La nôtre a disparu. Pliée, démontée, ramassée, rangée, il n'en reste plus rien ! Une fin écologique et efficace. C'est rapide. J'ai appris comment ça peut être rapide la fin et qu'il suffit de presque rien pour que quelque chose s'évapore. Le sous-directeur a pris la fuite un jeudi. Le tribunal a suspendu son référé au lundi. Le journal annonçait déjà la fin de l'usine.
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Mais nous aussi on a été rapides ! Le samedi matin, je reçois un appel de Guillaume : « Viens, on est là. Ils y en a qui se barrent. » C'était ça, simple : On va se payer sur le stock ! Nous allions partir nous aussi, comme eux, réaction immédiate. On a quand même discuté un peu. Entre des mots et voler un camion, il y a tout de même de la marge. Et puis, pour aller où, et les familles ? Les collègues des syndicats tempéraient les ardeurs. Ils ont fini par proposer à ceux qui voulaient vraiment le faire, on y va ensemble, en colonne. Il fallait pas que ce soit criminel, que ça reste une action collective. Une revendication. Ça s'est passé comme ça. Moi je n'étais pas sûr mais j'ai suivi les autres de mon équipe, les menuisiers. On est parti jusqu'à la nouvelle zone industrielle de Noyant et on s'est garé, non, on a occupé un parking ! Occuper un parking, tu te rends compte ?
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Les flics nous ont collés dès le dimanche. Les pauvres !, c'était le barnum, les banderoles, ils ne pouvaient rien faire : on vivait dans les camping-cars de Promenade, on occupait le stock et la richesse de l'usine en faillite. Alors on criait : Les camions contre les salaires ! Les primes !, ou bien encore Non à la fermeture, on veut notre boulot !...
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Du travail, il y en avait en fait pas mal dans cette zone et autour. Alors c'est devenu bien savoureux : le matin, on gueulait devant les caméras et les journalistes, ensuite on filait travailler dans les hangars voisins. Car assez vite, les boîtes de Noyant étaient venues chercher les gars. On était qualifiés, c'était intéressant pour elles. Les syndicats ne voyaient pas ça d'un bon œil ! Mais qu'est-ce qu'ils pouvaient dire, on tenait la lutte comme ça. Et puis Promenade n'existait plus. L'usine était déjà vide et commençait à être démontée. Je me demande même si quelques-uns n'ont pas bossé à ça, sans oser le dire aux copains.
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Les camions se sont dispersés. Nous les menuisiers, nous sommes restés quelques jours ensemble sur une charpenterie, un montage de hangar pour usine – à moins que ce ne soit l'usine elle-même. Je suis venu sur Rennes avant la fin du chantier, suivant Guillaume qui lui ne voulait plus transiger.
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Voilà. Nos camping-cars, ils nous ont permis de travailler. Le fruit de notre travail est devenu notre outil de travail. Une semaine là, deux ici. On entend parler de boulot, on y fonce. Des fois on vient toquer à la porte de nos camping-cars, tôt le matin, venez, on a besoin de vous. On se fait des sacrés trimestres point de vue paye ! Voilà, c'est comme ça maintenant... On a jamais plus entendu parler de la liquidation de Promenade. On nous a laissé tranquilles, ils nous ont effectivement concédé les camions en salaire et en prime. Qu'est-ce que ça leur coûte, finalement ? Rien, même pas le tribunal. Liquidation, on laisse couler et la vie continue.
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Et toi, qu'as-tu à me raconter en échange ?
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content/Récits/Les Terre-pleins/7_pere_de_Maghlout.md
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content/Récits/Les Terre-pleins/7_pere_de_Maghlout.md
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title: Le père de Maghlout
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date: 2021-02-06
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Je deviens vraiment un ancêtre ici, tu sais. Mon dernier souvenir ? Curieusement, c'est comme un début : j'ai rêvé avant-hier de mon père. Il était respectueux, honnête et en bonne santé. Béni de Dieu : que des fils ! Religieux comme il le fallait, amoureux de la côte de Tan Tan et de sa mer, simple dans sa vie. Mais marié, ses garçons l'ont rendu malade. Au fur et à mesure que mes frères grandissaient, ils quittaient bien sûr la maison. Pour des choses d'enfants d'abord, jouer dans la rue, une veillée chez la concierge ou une virée à la plage. Mais par petites pensées furtives déjà, mon père les appelaient silencieusement à rentrer à la maison, simplement parce qu'il les aimait. Une pensée, des inquiétudes, un filet. Puis il se surprit à leur jeter à distance un peu de la protection d'Allah – ça n'arrête pas là-bas, tu sais, on fait ça machinalement, c'est aussi bête que le Bon Dieu d'ici.
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Mais l'âge venant et mes frères grandissant, leurs sorties devenant adultes et sérieuses, mon père s'est mis à croire je ne sais pas comment que ses appels à la miséricorde protégeaient en vrai les siens. En même temps, il envoyait ma mère voir et les appeler dans la rue. Lorsque je le connu – car je suis le plus petit –, je le voyais se prosterner dès que mes frères s'en allaient « à leurs affaires ». Il murmurait alors des sortes de prières, je ne sais pas, il ressemblait à un chien qui couine. À voix basse, puis le danger croissant à l'aune de sa confiance en ses psalmodies, à voix très haute perchée, je crois qu'il délirait. Il m'est arrivé souvent de l'entendre, dès que mes frères s'en allaient :
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– Ils vont revenir. La maison est sûre, le feu est vif et je l'entretiens. Ce lieu est à eux et ils doivent revenir. Puis, beaucoup plus fort : Par tous les récits et les mots ! Je vous appelle, rentrez ! Il remettait du bois dans le foyer.
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Mon père commençait alors à improviser des poésies bizarres, convoquant par la seule force du Verbe le retour de ses fils, convoquant des forces inconnues de moi. Il fallait aider et il ne le pouvait pas, mes frères étaient déjà perdus. Lui semblait vouloir croire à une force tellurique qu'il pouvait animer par sa voix, seul en face du foyer. Celle-là seule aurait le pouvoir d'écarter mes frères de leur destinée.
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Je commençai moi aussi à courir les rues. Mes frères avaient de l'argent, je faisais ce que je voulais. Mon père décida de veiller sur moi. Au moins en sauverai-je un, disait-il. Il m'accompagnait tous les jours à la bibliothèque et nous lisions de nombreux livres ensemble, il les savaient tous – je n'en plus sûr aujourd'hui, mais qu'importe ? En tout cas, il acquit dans le quartier une renommée de saint homme. Plus ses fils ainés étaient des malfrats riches et célébrés, plus lui semblait pauvre et humble avec son petit, à qui il faisait découvrir les lettres et la Parole. Après, dans ses pensées, toujours la tête courbée, il allait dans les rues comme contraint et tous savaient qu'il récitait des prières, qu'il avait hâte de rentrer chez lui pour ses invocations. Il lâcha son travail. Alors on le prit vraiment pour un près-de-Dieu. On s'arrangea pour qu'il ne manquât de rien.
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Ils ne pouvaient imaginer, ces voisins charitables, la joie réelle et débordante qui submergeait mon père lorsque, certains soirs avant qu'il ne s'endorme, il prenait à mes frères de revenir au foyer, drogués ou saouls. Il les embrassait avec effusion, de ses bras devenus sans muscle. Il venait me réveiller alors, moi le petit, et il nous enchantait tous d'une poésie inversée, célébrant en pleine nuit le jour et la joie, chantant la vie commencée et le tôt matin où nous irions nous coucher après la fête. Il était tout à nous et à sa femme, vivant – et il se ruinait en repas plantureux. Comment retrouvait-il alors aussi facilement sa drôlerie, pensais-je ? Il ne l'avait donc pas oubliée, mieux, sa gravité et sa joie semblaient être la même chose ! J'étais subjugué.
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Mes frères subvenaient à ces largesses bien sûr, ils en étaient certainement heureux. Ils ne souhaitaient pas tuer le vieil homme trop vite, ils prenaient soin de lui – étaient-ils retenus, en fin de compte ? La semaine où je suis parti, ils avaient décidé de repeindre la maison en jaune. « Ce sera une dépense honnête », dirent-ils. Pourquoi ne les a-t-il pas chassés, ces fils indignes ? Misérable père, mais comment lui en vouloir ? Il n'était sans doute lui que par eux.
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J'ai rêvé de mon père cette nuit. Il a sûrement passé depuis. Ce sont mes frères que j'ai quitté. Pas lui.
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content/Récits/Les Terre-pleins/8_Tina_continue.md
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content/Récits/Les Terre-pleins/8_Tina_continue.md
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title: Tina continue
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date: 2021-02-05
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Ce matin, j'ai enroulé mon sac de couchage, fini ma bouteille d'eau entre toilette de chat et quelques gâteaux et je me suis mise en route, le long de la rocade. J'étais décidée. Cette fois j'allais aller loin. J'avais l'intention de bien « rouler », de faire route au long cours. J'avais quantité de nuages au-dessus de moi. Le vent, chaud, m'enveloppait, me caressait et faisait parfois violemment claquer mon blouson. J'avais l'impression de voguer à la voile, de tirer des bords, c'était l'aventure. Pour une citadine, je me débrouillais, je trouvais. J'ai pensé aux copains, aux copines, aux profs. J'aurais pu envoyer des SMS. Mais je me sentais trop bien. Le téléphone était toujours au fond de mon sac et je le laissais sonner. Plusieurs fois. J'ai regardé quand même : Papa, papa, papa. Puis des numéros inconnus. On me cherchait. Inquiétude, sollicitation discrète de ses « connaissances », papa était inquiet à sa façon. Sa façon, c'est la discrétion, le réseau. Je les connais tous des gardiens discrets. Immeuble, collège, lycée, rues, tout à l'intérieur de la ville est ainsi contrôlé. Je suis suivie.
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Sur la rocade, à la frontière, j'étais limite. Près des steppes, de l'espace, du commencement de la mappemonde ! Mais pour mon père, loin de tout ce qui est surveillé, connu et enseigné. Loin de tout ce qui appartient au domaine, Rennes, là où j'ai tous les droits, là où j'ai tourné toute mon enfance, en rond, comme un vieux disque vinyle. Ça finit toujours au centre, le sillon. Sauf quand il est un peu rayé et là, il emmène vers le bord. Une musique ratée.
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Le Sillon, à Nantes : j'y ai été avec mon père ! Il est spécialiste de l'architecture, de l'urbanisme, des routes et de toutes ces choses-là. Quand j'étais en cinquième, il avait organisé une visite à Nantes avec le collège, et notamment pour le Sillon. Sous la pluie mais une belle journée. Des souvenirs comme ça, j'en ai des centaines. Mes copains de classe se moquent souvent de moi : Eh, l'intello, tu devrais bosser pour un journal ! Reporteuse ! Ou à la radio, t'as une belle voix... Et puis t'es intelligente.
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– Non je ne suis pas intelligente !
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Mais ce que je vis depuis dimanche pourrait commencer à ressembler à un futur, peut-être.
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J'avais l'impression que je marchais sur une sacré ligne droite. C'était bien. Mais le téléphone sonnait encore et là, j'ai hésité. J'ai suivi la sortie de la rocade et couru vers un grand rond-point, j'y suis montée. C'était long, la côte était interminable, j'étais essoufflée. Mais j'ai trouvé ça chouette là-haut. C'est qu'il fait un véritable grand rond ce rond-point !, avec ses deux ponts, ses routes qui s'en vont aux quatre coins, c'est vraiment grand. J'en ai fait deux fois le tour complet, me penchant parfois sur la rocade en dessous. Le jeu, c'est de se laisser surprendre par un camion qui déboule, vouf ! Mais septième appel, puis le huitième. J'ai eu peur que tout s'arrête là. J'ai pensé partir dans la campagne toute proche. La vraie fugue, la galère, la fuite.
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Mais ce n'était pas ça, pas encore. Je suis revenue vers la ville. Peut-être que je ne voulais pas la quitter comme ça. Et puis j'ai pensé bêtement que mon téléphone allait se calmer. Car, revenue en ville, dans l'espace, « ils » sauraient que je n'étais pas loin, ils croiraient peut-être que je rentrais.
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J'ai donc bifurqué au nord, par une route qui est vraiment une misère. Une pauvre 4 voies qui descend vers une zone. Après un carrefour, très long à contourner, elle fait un très vaste virage et passe au-dessus de la Vilaine pour arriver sous Beaulieu. C'est le Boulevard des Alliés. Alors, tu parles d'un boulevard ! Bonjour la promenade ! Même pas de vue sur le fleuve ! L'eau est cachée par des plexiglas, taguées évidemment. Les voitures allaient très vite, j'ai fait gaffe. C'était très long. Juste après le pont, j'en ai eu marre, j'ai plongé sur ma droite et dévalé les berges.
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SMS. SOS. HMS. La maudite boite sonnait encore. Je me suis placée sous le pont et j'ai jeté mon téléphone dans la Vilaine. Lui et toutes les ondes qu'il émettait. Le truc a flotté un court instant sur l'eau, comme un petit bateau.
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– *May day! May day! Tora! Tora!*, je me suis amusée.
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Le téléphone coulait, je le faisais parler :
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– Allô, allô ! Coulons. Boîte noire dans la vase. À vous ?
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Brrllp.
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– Adieu le *Koursk* ! Au revoir, on se souviendra de toi mon p'tit-gas !
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Bip, bip et puis dernier bip.
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Alors moi je suis repartie vers le nord, libérée, à travers Cesson. J'étais joyeusement Amundsen. Je suis passé par une zone où tout est en construction et tout en déconstruction. Poutrelles tordues et poteaux neufs. Des routes encore en glaise et les bus qui font gicler les flaques de boue. Après, c'est là qu'on s'est rencontrés, Guillaume.</p>
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content/Récits/Les Terre-pleins/9_les menuisiers.md
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content/Récits/Les Terre-pleins/9_les menuisiers.md
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title: Martin. Guillaume et les menuisiers
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date: 2021-02-04
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Oh !, entre moi et Guillaume, ça n'a pas toujours été. C'est un grand type avec des idées un peu souples à mon goût et qui a du mal à rester en retrait. Il trouve toujours quelque chose à dire, il le puise dans l'air ambiant, tu vois ? Tout en étant parfois cassant et affirmatif. J'ai assisté régulièrement à ses numéros. Répéter ou dire le contraire d'une fois sur l'autre, ça ne le dérange pas. Toujours entre ce qu'il croit, ce qu'il entend et l'idée qui lui vient. Il n'est pas inconséquent, remarque, c'est un instinctif : il y a du vrai en lui mais le contact des autres le fait douter. Ce qu'il dit est donc un mélange de circonstanciel et de rigidité. C'est peut-être sa taille physique qui donne cette impression : imagines-toi un De Gaulle en OS, bleu de travail et baskets.
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Le jour où on est parti de la Chevallerie, là où était l'usine, il a joué le spécialiste. Tout le catalogue de Promenade, quel modèle choisir, la consommation, les aménagements, la motorisation. Mais il ne travaillait pas aux pièces et la série dans laquelle on a piqué nos camions, dont Guillaume se faisait le promoteur, elle n'avait pas été fabriquée avec de la bonne tôle, pour les réservoirs notamment. Voilà, c'était raté. Mais depuis, il en connait un paquet sur les réservoirs qui fuient à cause de la rouille ! Il m'a dit il y a trois semaines :
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– J'ai fait changer tout. Il n'y a plus la moindre petite tâche de rouille sur mon car. Les Gitans. C'est fou la qualité d'acier qu'ils ont et l'outillage aussi. C'est nickel, pour pas cher.
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Mais je me souviens aussi du matin où il nous a dit, alors que l'usine tournait à plein :
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– Je passe à 80 %. Je me suis inscrit au CNAM pour un diplôme d'ingénieur. J'aurai des cours par correspondance, je ne viendrai plus bosser le mardi.
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C'est ainsi que Mardi nous a rejoint à l'atelier. Il n'y connaissait rien, il était d'en bas l'usine, en intérimaire. Avant ce jour, nous étions habitués des Vendredis. Les bouche-trous, jamais les mêmes. On les appelait tous comme ça, pas la peine de retenir leur nom, hein ? Mais Jean-Marie est resté alors on a retenu son prénom. Car Guillaume a tenu le rythme. Il en avait des cernes sous les yeux le mercredi. Ingénieur ! Ça se mérite blaguait-il, mais j'y arrive. L'usine était encore neuve alors quelqu'un qui s'engageait comme ça, c'était un chemin pour nous tous. Nous en avions de la fierté, pour toute l'équipe.
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Une équipe : quatre ou cinq gars suivant les moments. On se salue, on bosse, on cause un peu en se rhabillant. On se rend service à l'occasion. On n'est pas obligé de faire plus si on veut. Ça peut être un peu aussi de l'amitié mais ça ne dure que le temps. On montre un peu de sa vie privée, de ses interrogations, des évènements. Peu ou trop de politique, on est différents. Bref, laisse-à-penser et devine-moi-si-tu-le-peux sont les règles. Le reste du temps, on bosse.
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Des menuisiers, les mêmes gestes, les mêmes techniques. La même matière souple, le bois, trouver des solutions et que ça colle à la fin. On peut tout faire avec du bois et même aussi avec ce plastique qu'on a appris à travailler – as-tu remarqué à quel point d'ailleurs les gens adorent vivre dans du plastique ? Ça me dépasse un peu... Des menuisiers, des artisans en fait : des façons propres à chacun, des petits secrets, des manières très différentes de voir une même pièce.
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Notre atelier était à part dans l'usine, à l'étage, sur une grande mezzanine au-dessus du montage. Les bureaux de la direction étaient en face, tu vois, au-dessus de l'atelier châssis. Nous, nous étions un peu les cadors. Nous réalisions les aménagements spéciaux des camions, le « custom » : certains acheteurs rajoutaient des demandes particulières aux modèles et les vendeurs avaient le chic pour vendre ces idées. « Philosophie Promenade », cette relation du client au produit. Un rangement à cannes à pêche, une accroche de cubi, un coffre-fort, un ratelier, un bidet, que sais-je encore ? Ah oui, la boîte à préservatifs, ça marchait bien ça ! Chaque semaine, des aménagements différents. Alors, discussions, inventions, conseils entre nous. Ça c'était sympa. Par rapport à ceux d'en bas, le travail n'était pas aussi répétitif. On nous appelait les « valeurs ajoutées ».
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Une équipe, donc. Quatre, cinq et parfois six personnes dans le même atelier, chaque jour, toute la semaine. Une dizaine de bras, autant de yeux et d'oreilles qui apprennent forcément à se connaître, à tisser une attention – une surveillance même si on veut : chacun à sa place, couver une nana qui est en apprentissage, savoir se mettre en retrait aussi. Les jours passent et ça colle, en gros. Un jour ça change parce que quelqu'un s'en va ou qu'un autre arrive. Les affinités et les équilibres sont à refaire, ou à laisser tomber.
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Remarque, on a jamais été malheureux à Promenade. Un autre fois, je te raconterai l'histoire de M. Robert, son créateur. Un original, celui-là ! Allez, je t'invite, tu restes dormir dans le camion ? Parle-moi de Davis, et de cette fille aussi...
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title: Saynettes d'un couple que je ne connais pas
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date: 2021-02-14
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draft: true
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> 2 personnages ou plus sont sur scène. L'un ou l'une (qui pourra varier au fil des scènes) incarne une moitié du couple, notée Ondine (arbitrairement du genre masculin). L'autre est appelé·e Aldébaran comme l'Auteur. L'autre personne du couple du titre de la pièce est le Public : l'idéal serait que ce soit le seul personnage stable de la pièce.
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>
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> Aldébaran et Ondine ont des moments d'improvisation notés *Improv.* . L'idéal serait que ces moments soient donnés au Public avec émotion. Il est possible de pimenter la pièce par des mots support à l'improvisation suggérés par le Public (billets ou pancartes, pré-écrits ou laissés au bon vouloir).
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>
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> Ondine est sur le bord de la scène. Aldébaran regarde Ondine une fois, deux fois, trois fois. Ondine ignore. Ondine regarde ailleurs. Puis Ondine s'intéresse. Ondine hésite et regarde jardin puis cour. Puis se retourne vers le fond puis regarde face à Public.
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# Rencontrons-nous
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Ondine (*face à Public*) : On se connaît ?
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Aldébaran: Non...
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Ondine : On s'aime ?
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Aldébaran: Je ne sais pas encore...
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Ondine : Et alors ?
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(*Ondine sollicite le Public.*)
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Aldébaran: Et pourtant ?
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Ondine (*théâtral*) : Et pourtant ?
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Aldébaran : Oui, c'est ça : Rencontrons-nous ! Rencontrons-nous !
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Ondine (*regarde A, puis reviens vers Public.*) : OK !...
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Aldébaran : Rencontrons-nous !
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Ondine (*regarde A, puis reviens vers Public.*) : OK !... Mais à combien ?
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Aldébaran (*interloqué*) : Comment ça *à combien* ?
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Ondine (*regarde A*) : Ben oui, combien ? Tu crois que je fais ça à combien ?
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Aldébaran (*regarde le Public, écarte les bras*) : Combien ? Mais est-ce bien là la question ?
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Ondine : Pour ce genre de relation, oui.
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Aldébaran : Attendez, attendez... Pour quel genre de relation ?
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Ondine : Ben enfin voyez-vous... Celle-ci (*Clin d’œil, Ondine désigne successivement lui, A et le public*.)
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Aldébaran : Ah... (*Dépité*.) Je ne pensais pas aller aussi vite tout de suite, enfin, immédiatement ! (*Puis, très confus, amoureux et timide*) : C'est combien ?
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Ondine (*regarde le Public attentivement, l'air de compter des sous*) : Bon, moi ça me va. Allons, rencontrons-nous... Allons, rencontrons-nous !
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Aldébaran : Oui, bon... Faisons connaissance ?
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Ondine : Vous ne seriez pas du genre radin, vous ?
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Aldébaran : Non, je vous assure. Le moins possible.
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Ondine : Le moins possible ?
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Aldébaran : Plus nous sommes nombreux, mieux je me porte.
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Ondine : Plus vous êtes nombreux, mieux je me porte ? ... Vous ne seriez pas une espèce de pervers ?
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Aldébaran : Non, je vous assure. Le moins possible !
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Ondine : D'accord... Parlez-moi.
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Aldébaran (*sollicitant le public*) : Oui, parlons-nous, parlons-nous !
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# Parlons-nous
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Aldébaran : Oui mais combien êtes-vous, alors ?
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Ondine : Ben combien qu'il est bête !
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Aldébaran : Non, je ne suis pas bête.
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Ondine : Ah, vous êtes combien alors ?
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Aldébaran : je suis seul....
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Ondine : Ben vous êtes bête, c'est bien ce que je disais.
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(*Silence.*)
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Aldébaran : Ça vous allait pourtant tout à l'heure... Vous avez dit oui je crois. Je vous proposais de parler ?
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Ondine : Oui, d'accord. Mais de parler de quoi ?
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Aldébaran : Ben, de parler, voilà : allez-y ! (*Il désigne le Public*)
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Ondine : Oui mais comment ?
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Aldébaran : Comment ça comment ? Vous revoilà à compter les combien et à commenter les comment ! Et pourquoi pas les pourquoi ? Les pourqui comment et les là où je ne sais quoi !
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(*Silence. Ondine regarde le Public.*)
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Aldébaran (*il répète scolairement*, *articulant*) : Pourquoi pas les pourquoi ? Les pourqui comment et les là où je ne sais quoi ! : Il faut que ce soit moi qui vous dise quoi dire ?
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(*Aucune réaction.*)
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Aldébaran : Il faut que ce soit moi qui vous dise quoi dire ? Et comment !... Et pourquoi ? Et pour qui et tout ça ?
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(*Aucune réaction.*)
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(*Aldébaran regarde alternativement le Public et A.*)
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(*Aldébaran fait des gestes de sémaphore. Il les répète tant que le public ne le suit pas. Il suggère. Quand le public imite A, Ondine imite le public et suit ostensiblement quelques personnes du Public.*)
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Aldébaran (*tout en continuant ces gestes*) : Ah... Ah.... Oh....
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Ondine (*répétant les onomatopées du Public.*) : Ah... Ah... Oh....
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(*Aldébaran et Ondine conduisent à une espèce d'orgasme commun.*)
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Ondine et le Public : Aimons-nous ! Aimons-nous ! Aimons-nous !
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# Aimons-nous
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Ondine et le Public : Aimons-nous ! Aimons-nous ! Aimons-nous !
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Aldébaran (*qui peut être une autre actrice ou acteur*) : Je vous en prie, je vous en prie ! Nous ne nous connaissons à peine !
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Ondine et le Public : Aimons-nous ! Aimons-nous ! Aimons-nous !
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Aldébaran : Et bien moi je ne vous aime pas ! Je ne vous aime pas ! Je ne vous aime pas !
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(*Silence.*)
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Aldébaran (*s'adressant au Public*) : Na ! (*Et il tire la langue.*)
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Ondine (*qui peut être une autre actrice ou acteur*) : Allons, allons mon biquet : te voilà fâché... Aimons-nous, veux-tu ? Aimons-nous...
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(*Aldébaran reste froid.*)
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Ondine (*sollicitant le Public*) : Aimons-nous, aimons-nous, etc. (*Ondine scande sur tous les tons*)
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Ondine et le Public : Aimons-nous !
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Ondine : Oui, aimons-nous encore, aimons-nous toujours, aimons-nous tous les deux jusqu'à la fin des toujours ! Jusqu'à la fin des toujours, jusqu'à la fin des vécurent des jours heureux, jusqu'à la fin des...
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Aldébaran : il était une fois ?
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Ondine (*interloqué*) : une fois de quoi ?
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Aldébaran : Jusqu'à la fin des il était une fois ! Vous étiez bien partie pour ne rien dire alors, tant qu'à faire, autant clore à la définitive Il était une fucking bonne fois pour toute !
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Ondine (*choqué, se retourne vers le Public*) : ... Mais, enfin... (*Ondine sollicite le Public*) : mais enfin.
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(*Ondine est vide mais tente de répéter*) : Mais enfin...
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Aldébaran : Ah ! ... Ah ! Ondine manque de mots, Ondine veut s'aimer mais Ondine manque de mots ! Ben oui, Ondine manque de mots.
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(*Ondine est désemparé. Mais Ondine sollicite le Public*) : Ben Ondine manque de mots, non ! Ondine ne manque pas de mots ! Des mots, il y en a plein partout ! Là, ici, de ce côté, là-bas, juste ici : des mots ! Des mots ! Partout des mots ! Des mots, des mots, des mots !
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Ondine et le Public : Des mots, des mots, des mots !
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Aldébaran (*calmant le jeu*) : des mots, des mots... des mots d'amour, oui, des mots d'amour... De l'atmosphère, oui, de l'atmosphère... Qu'est-ce vous croyez, que c'est facile ?
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(*Silence*.)
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Aldébaran : Que c'est facile des jolis mots d'atmosphère ? Que c'est valentin de causer valentine ? Que c'est que d'l'amour que d'causer d'amour ?
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(*Silence*)
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Aldébaran (*s'adressant à On*) : Hein ? Hein ?
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(*Ondine, prenant le Public à partie avec des gestes*) : Non !
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Aldébaran : Aimons-nous, aimons-nous !
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(*Ondine, prenant le Public à partie avec des gestes*) : Oui !
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Aldébaran : Ce n'est pas si facile !
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(*Ondine, prenant le Public à partie avec des gestes*) : Non !
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Aldébaran : Ben oui !
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(*Ondine, prenant le Public à partie avec des gestes*) : Non !
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Aldébaran : Ben Non !
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(*Ondine, prenant le Public à partie avec des gestes*) : Non ! (*Et ainsi de suite jusqu'à ce que*)
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Ondine : Aimons-nous ! J'adore déjà tout ce que tu vas me dire. Je jouis déjà de ces mots dans ma bouche, je suis complètement fou ou folle ou de n'importe quel sexe qu'aurait la personne dans ton cerveau ou peut-être bien dans ton ventre, je suis complètement là à dire ce que tu veux, là, dis-moi...
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|
||||
Aldébaran : ...euh, oui ?
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Ondine (*avec le Public*) : EUH ! Oui ! EUH ! Oui !
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Aldébaran : Marions-les, marions-les !
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Ondine (*avec le Public*) : EUH ! Oui ! EUH ! Oui !
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Aldébaran : Hi, han ! Hi-han !
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Ondine (*avec le Public*) : Hi han, hi han !
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Aldébaran : Publions les bans ! Publions les bans !
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Ondine (*avec le Public*) : Les bans, les bans !
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# Nous sommes marié·es
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Ondine : Ah, que c'est bon !
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Aldébaran : Oh oui, c'est bon !
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Ondine : Ah, que c'est bon !
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Aldébaran : Oh oui, c'est bon !
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Ondine : Ah, nous sommes mariés
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Aldébaran : Oh oui, nous sommes mariés
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Ondine : À combien ?
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Aldébaran : Oh oui, à combien ?
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Ondine : Oui, à combien ?
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Aldébaran : comment ça, à combien ?
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Ondine : Ben le voilà qui recommence !
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Aldébaran : Combien est-on au final ?
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Ondine : Au final ? Ben on y est pas encore ! Nous en étions à ce que nous étions mariés !
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Aldébaran : Ah oui !
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Ondine et le Public : Ah oui, Ah oui !
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Aldébaran : Ah c'est bien ! Nous sommes mariés, nous sommes mariés ! ... Mais : à combien ?
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||||
Ondine (*prenant le Public à témoin*) : Zut, le voilà déjà gâteux, il se répète... Mais enfin chérie·e, deux !
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Aldébaran : Mais deux qui ? Toi et moi ? Moi et eux ou toi et eux ?
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Ondine : euh....
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||||
Aldébaran : Eux ? (*Aldébaran désigne le Public*)
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Ondine : euh...
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Aldébaran : Ah.
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Ondine : aah...
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(*Silence.*)
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||||
Ondine : OK, ok, okay... Bavard tu es... ! Tu t'interroges sur le combien Ondine est en couple mais tu ne te questionnes pas sur comment Ondine est, justement, en couple ? Je te demanderais "quel est le nom du maire qui nous a marié" que tu répondrais sûrement mais je te demanderais...
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|
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Aldébaran : Oh, oui, je sais, c'est monsieur...
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||||
Ondine : ah, tu vois !
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Aldébaran : Je vois quoi ?
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Ondine : hé bien tu n'en sais rien !
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Aldébaran : Comment ça je n'en sais rien ? Tu es gonflé !
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Ondine : ah, je suis gonflé, ah je suis gonflé, mais c'est toi qui me gonfle !
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||||
Aldébaran : Bien sûr que je te gonfle, je suis justement là pour ça !
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||||
Ondine : Mais pas du tout ! Nous sommes mariés je te le rappelle ! Nous ne sommes en aucun cas censés nous gonfler, ni d'ici ni de par là ! Mais enfin à la fin, vas-tu te décider ?
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||||
Aldébaran : Me décider à quoi ?
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Ondine : Hé bien : veux-tu vivre avec moi ? À tout jamais ?
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||||
Aldébaran : Mais, nous venons à peine de nous rencontrer !
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||||
Ondine : Ah mais ! Es-tu jamais capable de me faire autre chose qu'une scène ?
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||||
Aldébaran : Mais, je ne te fais pas une scène !
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||||
Ondine : Alors, aime-moi... Ne sommes-nous pas mariés après tout ?
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||||
Aldébaran : Mais eux ?
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||||
Ondine : ah, ben, il fallait y penser avant.
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||||
(*Silence.*)
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||||
Aldébaran : c'est à dire que... Je ne leur ai pas demandé leur avis....
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||||
Ondine (*s'adressant au Public*) : Non ? (*-- NON !*)
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# Infidèles
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Ondine (*s'adressant au Public*) : Non ? (*-- NON !*)
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Ondine (*s'adressant à A*) : ils ne sont pas d'accord.
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||||
Aldébaran : Zut !
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||||
Ondine : En même temps, faut les comprendre.
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||||
|
||||
Aldébaran : Les comprendre ?
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||||
Ondine : Oui, fait un effort.
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|
||||
Aldébaran : Tu te trompes.
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||||
Ondine : Moi, me tromper ? Ce n'est juste pas possible : c'est eux que tu peux tromper, pas moi !
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||||
|
||||
Aldébaran : Comment tu causes... Nous sommes mariés et voilà que tu songes déjà à des mensonges.... Écoute, j'ai déjà fait un énorme pas, un énorme effort. Voudrais-tu bien m'aider ?
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||||
|
||||
Ondine : T'aider ? Mais à quoi donc ?
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||||
Aldébaran : Hé bien, me comprendre, moi, un peu.
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||||
Ondine : Et pourquoi ça ?
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||||
Aldébaran : Ne suis-je pas le pont entre toi et eux ?
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||||
Ondine (*regardant le Public*) : oui... (*Encourageant le Public*) : Oui !
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|
||||
Aldébaran : Un pont n'est-il pas une façOndine de relier une rive l'autre et l'autre rive l'une ?
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Ondine (*regardant le Public*) : oui... (*Encourageant le Public*) : Oui !
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|
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Ondine et le Public (*vers A*) : Oui !
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||||
Aldébaran (*triomphant*) : Oui ?
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Ondine et le Public (*vers A*) : Oui !
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Aldébaran (*éclatant de suffisance*) : Yes ! Yes !
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Ondine et le Public (*vers A*) : Yes ! Yes !
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||||
(*Brouhaha*. *Aldébaran se dirige vers le fonds de la scène.*)
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||||
# Quittons-nous
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Ondine (et tous ceux qui ont joué un rôle) : Quittons-nous désormais.
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Aldébaran (*ne comprenant pas*).
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||||
Ondine : Quittons-nous désormais !
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<title>Rechampir, l'édition. - 404 Page not found </title>
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<title>Rechampir, l'édition. - Categories </title>
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|
||||
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|
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|
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figcaption p {
|
||||
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|
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color: #666674;
|
||||
text-align: left; }
|
||||
figcaption h4 {
|
||||
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|
||||
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|
||||
text-align: left; }
|
||||
|
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|
||||
text-align: center;
|
||||
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|
||||
text-align: left;
|
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|
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|
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|
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|
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|
||||
|
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|
||||
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|
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|
||||
|
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|
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|
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|
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display: block; }
|
||||
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|
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|
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|
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|
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cursor: pointer;
|
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|
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|
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|
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|
||||
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|
||||
display: block; }
|
||||
|
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|
||||
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|
||||
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|
||||
|
||||
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|
||||
display: block;
|
||||
text-align: left;
|
||||
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|
||||
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|
||||
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|
||||
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|
||||
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|
||||
|
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|
||||
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|
||||
|
||||
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|
||||
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|
||||
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|
||||
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|
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|
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|
||||
|
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|
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|
||||
padding: 0 0 .25em .25em;
|
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|
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|
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|
||||
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|
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text-decoration: none;
|
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|
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|
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|
||||
|
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|
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|
||||
|
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|
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|
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|
||||
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|
||||
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|
||||
|
||||
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|
||||
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|
||||
text-align: center; }
|
||||
|
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|
||||
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|
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|
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font-size: 1.6em; }
|
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|
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|
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font-family: FreeSans, sans-serif; }
|
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|
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|
||||
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|
||||
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|
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|
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|
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text-align: left; }
|
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|
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|
||||
|
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|
||||
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|
||||
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|
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|
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|
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|
||||
|
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|
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|
||||
|
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|
||||
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|
||||
|
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|
||||
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|
||||
|
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|
||||
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|
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|
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|
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|
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|
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|
||||
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|
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|
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|
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|
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.taxonomy-links ul li a {
|
||||
display: inline-block;
|
||||
background-color: #ddd;
|
||||
font-size: 1.5em;
|
||||
text-align: center;
|
||||
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|
||||
padding: .5em;
|
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flex-grow: 1;
|
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text-transform: capitalize; }
|
||||
|
||||
.pagination {
|
||||
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|
||||
font-family: FreeSans, sans-serif;
|
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display: flex;
|
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justify-content: center;
|
||||
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|
||||
padding: 0; }
|
||||
|
||||
.page-item {
|
||||
color: #444;
|
||||
display: inline-block;
|
||||
padding: .2em .6em; }
|
||||
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|
||||
color: #444; }
|
||||
|
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|
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background-color: #474a4f; }
|
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|
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|
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color: white; }
|
||||
|
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|
||||
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|
||||
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|
||||
|
||||
.category-title {
|
||||
text-align: left;
|
||||
width: 8em;
|
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|
||||
flex: 1 3 auto; }
|
||||
.category-title h4 {
|
||||
margin: 0 0.5em 0 0;
|
||||
font-size: 1.3em; }
|
||||
|
||||
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|
||||
flex: 2 1 65%;
|
||||
padding: .5em; }
|
||||
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|
||||
color: #4c7e99; }
|
||||
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|
||||
margin: 0;
|
||||
font-size: 0.9em;
|
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color: #5f5a6f; }
|
||||
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|
||||
list-style-type: "– "; }
|
||||
.category-content ul, .category-content ol {
|
||||
font-family: FreeSans, sans-serif;
|
||||
margin-top: 0; }
|
||||
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|
||||
font-size: 0.9em;
|
||||
color: #5f5a6f; }
|
||||
|
||||
.resume-entry {
|
||||
margin: 0 0 1em 0; }
|
||||
.resume-entry .what {
|
||||
font-family: FreeSans, serif;
|
||||
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|
||||
font-size: 1.0em;
|
||||
color: #444; }
|
||||
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|
||||
font-family: FreeSans, serif;
|
||||
text-align: left;
|
||||
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|
||||
color: #767676;
|
||||
margin-left: 0.9rem; }
|
||||
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|
||||
line-height: 1;
|
||||
margin-top: 0.2em;
|
||||
margin-left: 0.9rem; }
|
||||
.resume-entry p, .resume-entry ul, .resume-entry ol, .resume-entry li {
|
||||
font-family: FreeSerif, serif;
|
||||
color: #5f5a6f;
|
||||
text-align: left;
|
||||
font-size: 0.9em; }
|
||||
|
||||
p.resume-subcategory {
|
||||
font-family: FreeSans, sans-serif;
|
||||
font-size: 1.4em;
|
||||
text-decoration: underline;
|
||||
padding: 0 0 .3em 0; }
|
||||
|
||||
#contactinformation {
|
||||
display: flex;
|
||||
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|
||||
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|
||||
|
||||
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|
||||
display: flex;
|
||||
justify-content: center; }
|
||||
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|
||||
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|
||||
display: flex;
|
||||
justify-content: space-around;
|
||||
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|
||||
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|
||||
padding: 0; }
|
||||
.social ul li {
|
||||
display: inline-block;
|
||||
padding: 0.5em; }
|
||||
.social ul li a {
|
||||
white-space: nowrap;
|
||||
color: #3f444d;
|
||||
font-size: 1em;
|
||||
font-family: FreeSans, sans-serif; }
|
||||
.social ul li a i {
|
||||
font-size: 2em;
|
||||
vertical-align: middle; }
|
||||
|
||||
.contactbox {
|
||||
padding: 0 1.0em 0 1.0em;
|
||||
box-sizing: border-box; }
|
||||
@media (max-width: 28em) {
|
||||
.contactbox {
|
||||
width: 100% !important; } }
|
||||
.contactbox ul {
|
||||
list-style-type: none;
|
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background-color: #eee;
|
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|
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|
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|
||||
padding: 10%;
|
||||
margin: auto; }
|
||||
.contactbox i {
|
||||
padding-right: 0.3em; }
|
||||
.contactbox a {
|
||||
font-family: FreeSans, sans-serif;
|
||||
font-weight: bold;
|
||||
font-size: 1em;
|
||||
color: #524e59;
|
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white-space: nowrap; }
|
||||
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|
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|
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padding-right: .5em;
|
||||
filter: opacity(80%); }
|
||||
|
||||
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|
||||
width: 100%;
|
||||
border: none;
|
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|
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padding: 0;
|
||||
margin: 0;
|
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overflow-y: none; }
|
||||
|
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|
||||
width: 100%;
|
||||
height: auto;
|
||||
padding: 1em 0; }
|
||||
|
||||
#ethos {
|
||||
text-align: justify; }
|
||||
|
||||
blockquote {
|
||||
font-family: FreeSerif, serif;
|
||||
font-size: .9em;
|
||||
color: #444; }
|
||||
|
||||
cite {
|
||||
font-family: FreeSerif, serif;
|
||||
font-style: italic; }
|
||||
|
||||
#gallery h3 {
|
||||
font-size: 1.7em; }
|
||||
|
||||
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|
||||
display: flex;
|
||||
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|
||||
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|
||||
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|
||||
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|
||||
margin: 0; }
|
||||
|
||||
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|
||||
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|
||||
height: 10.5em;
|
||||
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|
||||
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|
||||
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|
||||
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|
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|
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|
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|
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|
||||
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|
||||
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|
||||
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|
||||
|
||||
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|
||||
flex-grow: 10; }
|
||||
|
||||
/* The Modal (background) */
|
||||
.modal {
|
||||
display: none;
|
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/* Hidden by default */
|
||||
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|
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/* Stay in place */
|
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|
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|
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|
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width: 100%;
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/* Full width */
|
||||
height: 100%;
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||||
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|
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|
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|
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|
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|
||||
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|
||||
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|
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|
||||
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|
||||
|
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/* Firefox < 16 */
|
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|
||||
from {
|
||||
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|
||||
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|
||||
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|
||||
|
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|
||||
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|
||||
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|
||||
|
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|
||||
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|
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|
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|
||||
transform: rotate(360deg); } }
|
||||
|
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/* Caption of Modal Image */
|
||||
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|
||||
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|
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display: block;
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|
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|
||||
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|
||||
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|
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|
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|
||||
|
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|
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|
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|
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|
||||
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|
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|
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||||
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|
||||
|
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|
||||
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
||||
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|
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text-decoration: none;
|
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|
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804
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804
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
||||
|
||||
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|
||||
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|
||||
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|
||||
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|
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|
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|
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|
||||
|
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|
||||
|
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// Line-Height
|
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|
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|
||||
|
||||
// HUGO
|
||||
|
||||
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|
||||
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|
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|
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|
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|
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|
||||
|
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|
||||
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|
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|
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|
||||
|
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|
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|
||||
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|
||||
|
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|
||||
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|
||||
}
|
||||
|
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|
||||
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|
||||
}
|
||||
}
|
||||
|
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|
||||
main {
|
||||
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|
||||
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|
||||
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|
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|
||||
|
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|
||||
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|
||||
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|
||||
|
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|
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|
||||
}
|
||||
|
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|
||||
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|
||||
}
|
||||
|
||||
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|
||||
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|
||||
}
|
||||
|
||||
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|
||||
margin: 0 27%;
|
||||
}
|
||||
}
|
||||
|
||||
a {
|
||||
font-family: FreeSerif, serif;
|
||||
color: $midnight-blue;
|
||||
text-decoration: none;
|
||||
}
|
||||
|
||||
h1, h2, h3, h4, h5, h6 {
|
||||
font-family: FreeSans, sans-serif;
|
||||
font-weight: bold;
|
||||
font-style: normal;
|
||||
color: $heading-gray;
|
||||
}
|
||||
|
||||
p, li {
|
||||
color: $text-color;
|
||||
font-family: FreeSerif, serif;
|
||||
text-align: justify;
|
||||
}
|
||||
|
||||
strong {
|
||||
font-style: normal;
|
||||
font-family: FreeSerif, serif;
|
||||
font-weight: bold;
|
||||
}
|
||||
|
||||
em {
|
||||
font-style: normal;
|
||||
font-family: FreeSerif, serif;
|
||||
font-style: italic;
|
||||
}
|
||||
|
||||
kbd, code {
|
||||
font-family: Mononoki, monospace;
|
||||
color: $text-color;
|
||||
background-color: $code-background;
|
||||
font-size: 0.9em;
|
||||
}
|
||||
|
||||
pre {
|
||||
background-color: $codeblock-background;
|
||||
padding: 0.5em;
|
||||
code {
|
||||
background-color: transparent;
|
||||
}
|
||||
}
|
||||
|
||||
th {
|
||||
font-family: FreeSerif, serif;
|
||||
font-weight: bold;
|
||||
color: $text-color;
|
||||
}
|
||||
|
||||
td {
|
||||
font-family: FreeSerif, serif;
|
||||
color: $text-color;
|
||||
}
|
||||
|
||||
.footnotes ol li {
|
||||
font-family: FreeSerif, serif;
|
||||
font-size: 0.8em;
|
||||
}
|
||||
|
||||
figure.image-shortcode {
|
||||
margin: 1em auto;
|
||||
img {
|
||||
width: 100%;
|
||||
}
|
||||
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|
||||
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|
||||
}
|
||||
|
||||
}
|
||||
|
||||
figure.wide {
|
||||
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|
||||
flex-direction: column;
|
||||
align-items: center;
|
||||
img {
|
||||
width: 90vw;
|
||||
padding-bottom: 0.5em;
|
||||
}
|
||||
}
|
||||
|
||||
figure.right, .right {
|
||||
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|
||||
margin: 0 0 0.5em 1em;
|
||||
|
||||
@media #{$mq-mini-reverse} {
|
||||
margin-bottom: 1.0em;
|
||||
}
|
||||
}
|
||||
|
||||
figure.right:first-child, .right:first-child {
|
||||
margin-top: 1em;
|
||||
}
|
||||
|
||||
figure.left, .left {
|
||||
float: left;
|
||||
margin: 0 1em 0.5em 0;
|
||||
|
||||
@media #{$mq-mini-reverse} {
|
||||
margin-bottom: 1.0em;
|
||||
}
|
||||
}
|
||||
|
||||
figure.left:first-child, .left:first-child {
|
||||
margin-top: 1em;
|
||||
color: blue;
|
||||
}
|
||||
|
||||
figure.frame {
|
||||
background-color: #f7f7f7;
|
||||
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|
||||
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|
||||
padding: 0.5em;
|
||||
box-sizing: border-box;
|
||||
|
||||
img { border: 1px solid #bbb; }
|
||||
|
||||
figcaption { border: none; }
|
||||
|
||||
}
|
||||
|
||||
figcaption {
|
||||
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|
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padding: 0;
|
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|
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|
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|
||||
p {
|
||||
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|
||||
color: #666674;
|
||||
text-align: left;
|
||||
}
|
||||
h4 {
|
||||
margin: 0.3em 0;
|
||||
color: $text-color;
|
||||
text-align: left;
|
||||
}
|
||||
}
|
||||
|
||||
.page-title {
|
||||
text-align: center;
|
||||
font-size: 1.9em;
|
||||
}
|
||||
|
||||
.page-title.blog {
|
||||
text-align: left;
|
||||
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|
||||
}
|
||||
|
||||
// NAVBAR
|
||||
|
||||
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|
||||
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|
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|
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|
||||
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|
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|
||||
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|
||||
}
|
||||
|
||||
nav ul {
|
||||
list-style-type: none;
|
||||
margin: 0;
|
||||
}
|
||||
|
||||
nav li {
|
||||
background-color: inherit;
|
||||
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|
||||
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|
||||
padding: 0;
|
||||
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|
||||
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|
||||
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|
||||
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|
||||
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|
||||
}
|
||||
|
||||
nav a {
|
||||
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|
||||
padding: .25em .63em;
|
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|
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|
||||
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|
||||
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|
||||
|
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|
||||
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|
||||
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|
||||
|
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|
||||
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
||||
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|
||||
|
||||
.dropdown:hover .sub-menu {
|
||||
display: block;
|
||||
}
|
||||
|
||||
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|
||||
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|
||||
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|
||||
}
|
||||
|
||||
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|
||||
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|
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text-align: left;
|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
||||
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|
||||
}
|
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|
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|
||||
color: white;
|
||||
}
|
||||
|
||||
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|
||||
border-bottom: 1px solid black;
|
||||
text-align: center;
|
||||
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|
||||
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|
||||
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|
||||
}
|
||||
|
||||
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|
||||
margin: 0 auto 0 0;
|
||||
padding: 0 0 .25em .25em;
|
||||
font-size: 2em;
|
||||
}
|
||||
|
||||
.myname a {
|
||||
color: black;
|
||||
text-decoration: none;
|
||||
font-family: FreeSerif, serif;
|
||||
font-style: italic;
|
||||
font-weight: bold;
|
||||
}
|
||||
|
||||
.myname h2 {
|
||||
margin: 0;
|
||||
}
|
||||
|
||||
// HOME
|
||||
|
||||
.blog-post-summary {
|
||||
margin: 0;
|
||||
@media #{$mq-mini} {
|
||||
margin: 2em;
|
||||
}
|
||||
}
|
||||
|
||||
#latest-blog-home {
|
||||
text-align: center;
|
||||
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|
||||
}
|
||||
|
||||
.delimiter {
|
||||
font-size: 2em;
|
||||
text-align: center;
|
||||
}
|
||||
|
||||
// BLOG
|
||||
|
||||
.blog-post-title {
|
||||
margin-bottom: 0.2em;
|
||||
padding-bottom: 0;
|
||||
font-size: 1.6em;
|
||||
|
||||
a {
|
||||
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|
||||
font-family: FreeSans, sans-serif;
|
||||
}
|
||||
}
|
||||
|
||||
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|
||||
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|
||||
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|
||||
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|
||||
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|
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|
||||
|
||||
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|
||||
}
|
||||
|
||||
em.taxonomy-emph {
|
||||
font-family: FreeSans, sans-serif;
|
||||
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|
||||
}
|
||||
|
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|
||||
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|
||||
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|
||||
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|
||||
}
|
||||
|
||||
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|
||||
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|
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|
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|
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li {
|
||||
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|
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|
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|
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display: flex;
|
||||
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|
||||
|
||||
li a {
|
||||
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|
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|
||||
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|
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|
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|
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|
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|
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|
||||
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|
||||
}
|
||||
|
||||
.pagination {
|
||||
list-style-type: none;
|
||||
font-family: FreeSans, sans-serif;
|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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||||
color: white;
|
||||
}
|
||||
}
|
||||
|
||||
// RESUME
|
||||
|
||||
.resume-content {
|
||||
display: flex;
|
||||
flex-flow: row wrap;
|
||||
}
|
||||
|
||||
.category-title {
|
||||
text-align: left;
|
||||
width: 8em;
|
||||
padding: .5em;
|
||||
flex: 1 3 auto;
|
||||
|
||||
h4 {
|
||||
margin: 0 0.5em 0 0;
|
||||
font-size: 1.3em;
|
||||
}
|
||||
}
|
||||
|
||||
.category-content {
|
||||
flex: 2 1 65%;
|
||||
padding: .5em;
|
||||
|
||||
a {
|
||||
color: $midnight-matte;
|
||||
}
|
||||
|
||||
p {
|
||||
margin: 0;
|
||||
font-size: 0.9em;
|
||||
color: $light-text;
|
||||
}
|
||||
|
||||
ul {
|
||||
list-style-type: "– ";
|
||||
}
|
||||
|
||||
ul, ol {
|
||||
font-family: FreeSans, sans-serif;
|
||||
margin-top: 0;
|
||||
}
|
||||
li {
|
||||
font-size: 0.9em;
|
||||
color: $light-text;
|
||||
}
|
||||
}
|
||||
|
||||
.resume-entry {
|
||||
margin: 0 0 1em 0;
|
||||
|
||||
.what {
|
||||
font-family: FreeSans, serif;
|
||||
text-align: left;
|
||||
font-size: 1.0em;
|
||||
color: $text-color;
|
||||
}
|
||||
|
||||
.resume-entry-data {
|
||||
font-family: FreeSans, serif;
|
||||
text-align: left;
|
||||
font-size: 0.8em;
|
||||
color: $very-light-text;
|
||||
margin-left: 0.9rem;
|
||||
}
|
||||
|
||||
.resume-inner {
|
||||
line-height: 1;
|
||||
margin-top: 0.2em;
|
||||
margin-left: 0.9rem;
|
||||
}
|
||||
|
||||
p, ul, ol, li {
|
||||
font-family: FreeSerif, serif;
|
||||
color: $light-text;
|
||||
text-align: left;
|
||||
font-size: 0.9em;
|
||||
}
|
||||
}
|
||||
|
||||
p.resume-subcategory {
|
||||
font-family: FreeSans, sans-serif;
|
||||
font-size: 1.4em;
|
||||
text-decoration: underline;
|
||||
padding: 0 0 .3em 0;
|
||||
}
|
||||
|
||||
// CONTACT
|
||||
|
||||
#contactinformation {
|
||||
display: flex;
|
||||
flex-direction: row;
|
||||
flex-wrap: wrap;
|
||||
}
|
||||
|
||||
.social {
|
||||
display: flex;
|
||||
justify-content: center;
|
||||
|
||||
ul {
|
||||
list-style-type: none;
|
||||
display:flex;
|
||||
justify-content: space-around;
|
||||
flex-wrap: wrap;
|
||||
width: 100%;
|
||||
padding: 0;
|
||||
|
||||
li {
|
||||
display: inline-block;
|
||||
padding: 0.5em;
|
||||
|
||||
a {
|
||||
white-space: nowrap;
|
||||
color: #3f444d;
|
||||
font-size: 1em;
|
||||
font-family: FreeSans, sans-serif;
|
||||
|
||||
i {
|
||||
font-size: 2em;
|
||||
vertical-align: middle;
|
||||
}
|
||||
}
|
||||
}
|
||||
}
|
||||
}
|
||||
|
||||
.contactbox {
|
||||
padding: 0 1.0em 0 1.0em;
|
||||
box-sizing: border-box;
|
||||
|
||||
@media #{$mq-mini-reverse} {
|
||||
width: 100% !important;
|
||||
}
|
||||
|
||||
ul {
|
||||
list-style-type: none;
|
||||
background-color: $contactlinks-color;
|
||||
border-radius: 0.5em;
|
||||
box-shadow: 0.025em 0.1em 0.2em 0.1em #333;
|
||||
box-shadow: 0.025em 0.1em 0.2em 0.1em rgba(0, 0, 0, 0.3);
|
||||
padding: 10%;
|
||||
margin: auto;
|
||||
}
|
||||
|
||||
i {
|
||||
padding-right: 0.3em;
|
||||
}
|
||||
|
||||
|
||||
a {
|
||||
font-family: FreeSans, sans-serif;
|
||||
font-weight: bold;
|
||||
font-size: 1em;
|
||||
color: $contactlinks-text-color;
|
||||
white-space: nowrap;
|
||||
}
|
||||
|
||||
img {
|
||||
height:.7em;
|
||||
padding-right: .5em;
|
||||
filter: opacity(80%);
|
||||
}
|
||||
}
|
||||
|
||||
// Projects tab
|
||||
|
||||
.p5js {
|
||||
width: 100%;
|
||||
border: none;
|
||||
display: block;
|
||||
padding: 0;
|
||||
margin: 0;
|
||||
overflow-y: none;
|
||||
}
|
||||
|
||||
.video-shortcode {
|
||||
width: 100%;
|
||||
height: auto;
|
||||
padding: 1em 0;
|
||||
}
|
||||
|
||||
// Ethos tab
|
||||
|
||||
#ethos {
|
||||
text-align: justify;
|
||||
}
|
||||
|
||||
// General
|
||||
|
||||
blockquote {
|
||||
font-family: FreeSerif, serif;
|
||||
font-size: .9em;
|
||||
color: $text-color;
|
||||
}
|
||||
|
||||
cite {
|
||||
font-family: FreeSerif, serif;
|
||||
font-style: italic;
|
||||
}
|
||||
|
||||
// GALLERY
|
||||
|
||||
#gallery h3 { font-size: 1.7em; }
|
||||
|
||||
.gallery-category {
|
||||
display: flex;
|
||||
flex-flow: row wrap;
|
||||
justify-content: space-between;
|
||||
list-style-type: none;
|
||||
padding: 0;
|
||||
margin: 0;
|
||||
}
|
||||
|
||||
.gallery-photo {
|
||||
flex-grow: 1;
|
||||
height: 10.5em;
|
||||
padding: .2em;
|
||||
|
||||
img {
|
||||
min-width: 100%;
|
||||
max-height: 100%;
|
||||
object-fit: cover;
|
||||
vertical-align: bottom;
|
||||
border-radius: .2em;
|
||||
}
|
||||
|
||||
img:hover {
|
||||
opacity: 0.7;
|
||||
transition: 0.3s;
|
||||
cursor: pointer;
|
||||
}
|
||||
}
|
||||
|
||||
.gallery-photo:last-child { flex-grow: 10; }
|
||||
|
||||
/* The Modal (background) */
|
||||
.modal {
|
||||
display: none; /* Hidden by default */
|
||||
position: fixed; /* Stay in place */
|
||||
z-index: 1; /* Sit on top */
|
||||
padding-top: 5vh; /* Location of the box */
|
||||
left: 0;
|
||||
top: 0;
|
||||
width: 100%; /* Full width */
|
||||
height: 100%; /* Full height */
|
||||
overflow: auto; /* Enable scroll if needed */
|
||||
background-color: rgb(0,0,0); /* Fallback color */
|
||||
background-color: rgba(0,0,0,0.9); /* Black w/ opacity */
|
||||
}
|
||||
|
||||
/* Modal Content (image) */
|
||||
.modal-content {
|
||||
margin: 4vh auto;
|
||||
padding: 4vh 3%;
|
||||
display: block;
|
||||
width: auto;
|
||||
height: auto;
|
||||
max-height: 69vh;
|
||||
max-width: 94%;
|
||||
pointer-events: none;
|
||||
user-select: none;
|
||||
}
|
||||
|
||||
#loader {
|
||||
display: none;
|
||||
position: absolute;
|
||||
left: 50%;
|
||||
top: 50%;
|
||||
z-index: 1;
|
||||
width: 150px;
|
||||
height: 150px;
|
||||
margin: -75px 0 0 -75px;
|
||||
border: 16px solid #f3f3f3;
|
||||
border-radius: 50%;
|
||||
border-top: 16px solid #3498db;
|
||||
width: 120px;
|
||||
height: 120px;
|
||||
-webkit-animation: fadein 1s, spin 2s linear infinite;
|
||||
animation: fadein 1s, spin 2s linear infinite;
|
||||
}
|
||||
|
||||
@keyframes fadein {
|
||||
from { opacity: 0; }
|
||||
to { opacity: 1; }
|
||||
}
|
||||
|
||||
/* Firefox < 16 */
|
||||
@-moz-keyframes fadein {
|
||||
from { opacity: 0; }
|
||||
to { opacity: 1; }
|
||||
}
|
||||
|
||||
@-webkit-keyframes spin {
|
||||
0% { -webkit-transform: rotate(0deg); }
|
||||
100% { -webkit-transform: rotate(360deg); }
|
||||
}
|
||||
|
||||
@keyframes spin {
|
||||
0% { transform: rotate(0deg); }
|
||||
100% { transform: rotate(360deg); }
|
||||
}
|
||||
|
||||
/* Caption of Modal Image */
|
||||
#caption {
|
||||
margin: auto;
|
||||
display: block;
|
||||
width: 80%;
|
||||
max-width: 30em;
|
||||
text-align: center;
|
||||
color: $caption-color;
|
||||
padding: 1vh 0;
|
||||
height: 8vh;
|
||||
}
|
||||
|
||||
/* Add Animation */
|
||||
.modal-content, #caption {
|
||||
animation-name: zoom;
|
||||
animation-duration: 0.4s;
|
||||
}
|
||||
|
||||
@keyframes zoom {
|
||||
from {transform: scale(0.4)}
|
||||
to {transform: scale(1)}
|
||||
}
|
||||
|
||||
/* The Close Button */
|
||||
.close {
|
||||
position: absolute;
|
||||
top: 2vh;
|
||||
right: 3vh;
|
||||
color: $close-button-gray;
|
||||
font-size: 6vh;
|
||||
font-weight: bold;
|
||||
transition: 0.3s;
|
||||
}
|
||||
|
||||
.close:hover, .close:focus {
|
||||
color: $close-hover-gray;
|
||||
text-decoration: none;
|
||||
cursor: pointer;
|
||||
}
|
||||
620
public/css/userstyles.css
Normal file
620
public/css/userstyles.css
Normal file
@@ -0,0 +1,620 @@
|
||||
@charset "UTF-8";
|
||||
body {
|
||||
margin: 0;
|
||||
overflow-y: scroll;
|
||||
font-size: 1.21em;
|
||||
line-height: 1.21;
|
||||
font-family: FreeSerif, serif; }
|
||||
@media (min-width: 64em) {
|
||||
body {
|
||||
font-size: 1.2em;
|
||||
line-height: 1.32; } }
|
||||
@media (min-width: 85.375em) {
|
||||
body {
|
||||
font-size: 1.43em; } }
|
||||
@media (min-width: 120em) {
|
||||
body {
|
||||
font-size: 1.54em; } }
|
||||
@media (min-width: 160em) {
|
||||
body {
|
||||
font-size: 1.76em; } }
|
||||
/*largest screens. yp augmenté les % de 2 pts*/
|
||||
main {
|
||||
display: block;
|
||||
margin: 0;
|
||||
padding: 1em 1em;
|
||||
background-color: #FEFEFD; }
|
||||
/*couleur yp*/
|
||||
@media (min-width: 48em) {
|
||||
main {
|
||||
margin: 0 17%; } }
|
||||
@media (min-width: 64em) {
|
||||
main {
|
||||
margin: 0 20%; } }
|
||||
@media (min-width: 85.375em) {
|
||||
main {
|
||||
margin: 0 23%; } }
|
||||
@media (min-width: 120em) {
|
||||
main {
|
||||
margin: 0 26%; } }
|
||||
@media (min-width: 160em) {
|
||||
main {
|
||||
margin: 0 29%; } }
|
||||
a {
|
||||
font-family: Ubuntu, sans-serif;
|
||||
color: #07608f;
|
||||
text-decoration: none; }
|
||||
|
||||
h1, h2, h3, h4, h5, h6 {
|
||||
font-family: Ubuntu, sans-serif;
|
||||
font-weight: bold;
|
||||
font-style: normal;
|
||||
color: #008080; }
|
||||
|
||||
p, li {
|
||||
color: #444;
|
||||
font-family: FreeSerif, serif;
|
||||
text-align: justify; }
|
||||
|
||||
strong {
|
||||
font-style: normal;
|
||||
font-family: FreeSerif, serif;
|
||||
font-weight: bold; }
|
||||
|
||||
em {
|
||||
font-style: normal;
|
||||
font-family: FreeSerif, serif;
|
||||
font-style: italic; }
|
||||
|
||||
kbd, code {
|
||||
font-family: Mononoki, monospace;
|
||||
color: #444;
|
||||
background-color: #f3f3f3;
|
||||
font-size: 0.9em; }
|
||||
|
||||
pre {
|
||||
background-color: #f6f8fa;
|
||||
padding: 0.5em; }
|
||||
pre code {
|
||||
background-color: transparent; }
|
||||
|
||||
th {
|
||||
font-family: FreeSerif, serif;
|
||||
font-weight: bold;
|
||||
color: #444; }
|
||||
|
||||
td {
|
||||
font-family: FreeSerif, serif;
|
||||
color: #444; }
|
||||
|
||||
.footnotes ol li {
|
||||
font-family: FreeSerif, serif;
|
||||
font-size: 0.8em; }
|
||||
|
||||
figure.image-shortcode {
|
||||
margin: 1em auto; }
|
||||
figure.image-shortcode img {
|
||||
width: 100%; }
|
||||
@media (max-width: 28em) {
|
||||
figure.image-shortcode {
|
||||
width: 100% !important; } }
|
||||
figure.wide {
|
||||
display: flex;
|
||||
flex-direction: column;
|
||||
align-items: center; }
|
||||
figure.wide img {
|
||||
width: 90vw;
|
||||
padding-bottom: 0.5em; }
|
||||
|
||||
figure.right, .right {
|
||||
float: right;
|
||||
margin: 0 0 0.5em 1em; }
|
||||
@media (max-width: 28em) {
|
||||
figure.right, .right {
|
||||
margin-bottom: 1.0em; } }
|
||||
figure.right:first-child, .right:first-child {
|
||||
margin-top: 1em; }
|
||||
|
||||
figure.left, .left {
|
||||
float: left;
|
||||
margin: 0 1em 0.5em 0; }
|
||||
@media (max-width: 28em) {
|
||||
figure.left, .left {
|
||||
margin-bottom: 1.0em; } }
|
||||
figure.left:first-child, .left:first-child {
|
||||
margin-top: 1em;
|
||||
color: blue; }
|
||||
|
||||
figure.frame {
|
||||
background-color: #f7f7f7;
|
||||
border: 1px solid #bbb;
|
||||
border-radius: 0.2em;
|
||||
padding: 0.5em;
|
||||
box-sizing: border-box; }
|
||||
figure.frame img {
|
||||
border: 1px solid #bbb; }
|
||||
figure.frame figcaption {
|
||||
border: none; }
|
||||
|
||||
figcaption {
|
||||
font-size: 0.8em;
|
||||
padding: 0;
|
||||
width: 100%;
|
||||
margin: 0 0 0.5em 0;
|
||||
border-bottom: 1px solid #666674; }
|
||||
figcaption p {
|
||||
margin-top: 0em;
|
||||
color: #666674;
|
||||
text-align: left; }
|
||||
figcaption h4 {
|
||||
margin: 0.3em 0;
|
||||
color: #444;
|
||||
text-align: left; }
|
||||
|
||||
.page-title {
|
||||
text-align: center;
|
||||
font-size: 1.3em;
|
||||
color: #008080 }
|
||||
|
||||
.page-title.blog {
|
||||
text-align: left;
|
||||
margin-bottom: 0.5em; }
|
||||
|
||||
nav {
|
||||
display: flex;
|
||||
justify-content: flex-end;
|
||||
flex-flow: row wrap;
|
||||
overflow: hidden;
|
||||
margin: auto 2% .6em auto;
|
||||
padding-left: 2em; }
|
||||
|
||||
nav ul {
|
||||
list-style-type: none;
|
||||
margin: 0; }
|
||||
|
||||
nav li {
|
||||
background-color: inherit;
|
||||
float: left;
|
||||
cursor: pointer;
|
||||
padding: 0;
|
||||
margin: 0;
|
||||
border-width: 0 0 .3em 0;
|
||||
border-color: transparent;
|
||||
border-style: solid;
|
||||
display: inline-block; }
|
||||
|
||||
nav a {
|
||||
color: #444;
|
||||
padding: .25em .63em;
|
||||
font-family: Infini, sans-serif;
|
||||
font-size: 1em;
|
||||
display: block; }
|
||||
|
||||
nav li:hover {
|
||||
border-color: #ddd; }
|
||||
|
||||
.dropdown .sub-menu {
|
||||
display: none;
|
||||
position: absolute;
|
||||
background-color: #f9f9f9;
|
||||
color: #444;
|
||||
cursor: pointer;
|
||||
border-width: 0 0 .3em 0;
|
||||
min-width: 6em;
|
||||
margin-top: .3em;
|
||||
box-shadow: 0px 8px 16px 0px rgba(0, 0, 0, 0.2);
|
||||
z-index: 1; }
|
||||
|
||||
.dropdown:hover .sub-menu {
|
||||
display: block; }
|
||||
|
||||
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||||
|
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|
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|
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|
||||
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|
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|
||||
|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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margin: 0 0 1em 0; }
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|
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font-family: FreeSans, serif;
|
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|
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font-family: FreeSans, serif;
|
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|
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line-height: 1;
|
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margin-top: 0.2em;
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margin-left: 0.9rem; }
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|
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font-family: FreeSerif, serif;
|
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|
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|
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|
||||
|
||||
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|
||||
font-family: FreeSans, sans-serif;
|
||||
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|
||||
text-decoration: underline;
|
||||
padding: 0 0 .3em 0; }
|
||||
|
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|
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|
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|
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|
||||
|
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|
||||
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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|
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display: inline-block;
|
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padding: 0.5em; }
|
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|
||||
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|
||||
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|
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|
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|
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vertical-align: middle; }
|
||||
|
||||
.contactbox {
|
||||
padding: 0 1.0em 0 1.0em;
|
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box-sizing: border-box; }
|
||||
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|
||||
.contactbox {
|
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width: 100% !important; } }
|
||||
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|
||||
list-style-type: none;
|
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background-color: #eee;
|
||||
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|
||||
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|
||||
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|
||||
padding: 10%;
|
||||
margin: auto; }
|
||||
.contactbox i {
|
||||
padding-right: 0.3em; }
|
||||
.contactbox a {
|
||||
font-family: FreeSans, sans-serif;
|
||||
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|
||||
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|
||||
color: #524e59;
|
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|
||||
.contactbox img {
|
||||
height: .7em;
|
||||
padding-right: .5em;
|
||||
filter: opacity(80%); }
|
||||
|
||||
.p5js {
|
||||
width: 100%;
|
||||
border: none;
|
||||
display: block;
|
||||
padding: 0;
|
||||
margin: 0;
|
||||
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|
||||
|
||||
.video-shortcode {
|
||||
width: 100%;
|
||||
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|
||||
padding: 1em 0; }
|
||||
|
||||
#ethos {
|
||||
text-align: justify; }
|
||||
|
||||
blockquote {
|
||||
font-family: FreeSerif, serif;
|
||||
font-style: italic;
|
||||
font-size: .9em;
|
||||
color: #969696; }
|
||||
|
||||
cite {
|
||||
font-family: FreeSerif, serif;
|
||||
font-style: italic; }
|
||||
|
||||
#gallery h3 {
|
||||
font-size: 1.7em; }
|
||||
|
||||
.gallery-category {
|
||||
display: flex;
|
||||
flex-flow: row wrap;
|
||||
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|
||||
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|
||||
padding: 0;
|
||||
margin: 0; }
|
||||
|
||||
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|
||||
flex-grow: 1;
|
||||
height: 10.5em;
|
||||
padding: .2em; }
|
||||
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|
||||
min-width: 100%;
|
||||
max-height: 100%;
|
||||
object-fit: cover;
|
||||
vertical-align: bottom;
|
||||
border-radius: .2em; }
|
||||
.gallery-photo img:hover {
|
||||
opacity: 0.7;
|
||||
transition: 0.3s;
|
||||
cursor: pointer; }
|
||||
|
||||
.gallery-photo:last-child {
|
||||
flex-grow: 10; }
|
||||
|
||||
/* The Modal (background) */
|
||||
.modal {
|
||||
display: none;
|
||||
/* Hidden by default */
|
||||
position: fixed;
|
||||
/* Stay in place */
|
||||
z-index: 1;
|
||||
/* Sit on top */
|
||||
padding-top: 5vh;
|
||||
/* Location of the box */
|
||||
left: 0;
|
||||
top: 0;
|
||||
width: 100%;
|
||||
/* Full width */
|
||||
height: 100%;
|
||||
/* Full height */
|
||||
overflow: auto;
|
||||
/* Enable scroll if needed */
|
||||
background-color: black;
|
||||
/* Fallback color */
|
||||
background-color: rgba(0, 0, 0, 0.9);
|
||||
/* Black w/ opacity */ }
|
||||
|
||||
/* Modal Content (image) */
|
||||
.modal-content {
|
||||
margin: 4vh auto;
|
||||
padding: 4vh 3%;
|
||||
display: block;
|
||||
width: auto;
|
||||
height: auto;
|
||||
max-height: 69vh;
|
||||
max-width: 94%;
|
||||
pointer-events: none;
|
||||
user-select: none; }
|
||||
|
||||
#loader {
|
||||
display: none;
|
||||
position: absolute;
|
||||
left: 50%;
|
||||
top: 50%;
|
||||
z-index: 1;
|
||||
width: 150px;
|
||||
height: 150px;
|
||||
margin: -75px 0 0 -75px;
|
||||
border: 16px solid #f3f3f3;
|
||||
border-radius: 50%;
|
||||
border-top: 16px solid #3498db;
|
||||
width: 120px;
|
||||
height: 120px;
|
||||
-webkit-animation: fadein 1s, spin 2s linear infinite;
|
||||
animation: fadein 1s, spin 2s linear infinite; }
|
||||
|
||||
@keyframes fadein {
|
||||
from {
|
||||
opacity: 0; }
|
||||
to {
|
||||
opacity: 1; } }
|
||||
|
||||
/* Firefox < 16 */
|
||||
@-moz-keyframes fadein {
|
||||
from {
|
||||
opacity: 0; }
|
||||
to {
|
||||
opacity: 1; } }
|
||||
|
||||
@-webkit-keyframes spin {
|
||||
0% {
|
||||
-webkit-transform: rotate(0deg); }
|
||||
100% {
|
||||
-webkit-transform: rotate(360deg); } }
|
||||
|
||||
@keyframes spin {
|
||||
0% {
|
||||
transform: rotate(0deg); }
|
||||
100% {
|
||||
transform: rotate(360deg); } }
|
||||
|
||||
/* Caption of Modal Image */
|
||||
#caption {
|
||||
margin: auto;
|
||||
display: block;
|
||||
width: 80%;
|
||||
max-width: 30em;
|
||||
text-align: center;
|
||||
color: #ccc;
|
||||
padding: 1vh 0;
|
||||
height: 8vh; }
|
||||
|
||||
/* Add Animation */
|
||||
.modal-content, #caption {
|
||||
animation-name: zoom;
|
||||
animation-duration: 0.4s; }
|
||||
|
||||
@keyframes zoom {
|
||||
from {
|
||||
transform: scale(0.4); }
|
||||
to {
|
||||
transform: scale(1); } }
|
||||
|
||||
/* The Close Button */
|
||||
.close {
|
||||
position: absolute;
|
||||
top: 2vh;
|
||||
right: 3vh;
|
||||
color: #f1f1f1;
|
||||
font-size: 6vh;
|
||||
font-weight: bold;
|
||||
transition: 0.3s; }
|
||||
|
||||
.close:hover, .close:focus {
|
||||
color: #bbb;
|
||||
text-decoration: none;
|
||||
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|
||||
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<title>Rechampir, l'édition. - Accueil </title>
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<meta name="author" content="Yves Picard">
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</head>
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<header class="page-header">
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<h2><a href="http://example.org/">Rechampir, l'édition.</a></h2>
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||||
<span>Les récits</span>
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|
||||
<a class="" href="/recits/les-petits-enfants-de-madame-peron/">Les Petits-enfants de madame Perón racontés à elle-même</a>
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<a class="" href="/recits/les-terre-pleins/">Les Terre-pleins</a>
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</div>
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</li>
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<li class="dropdown ">
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<a href ="/recueils/">
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<span>Les recueils</span>
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||||
</a>
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<div class=sub-menu>
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<a class="" href="/recueils/la-eussent-du-etre-des-amis/">Là eussent dû être des amis</a>
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<a class="" href="/recueils/nouvelles/">Nouvelles</a>
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<a class="" href="/recueils/poesies-chansons/">Poésies & Chansons</a>
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</div>
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</li>
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<li class="">
|
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<a href="/resumes/resumes/">
|
||||
<span>Résumés</span>
|
||||
</a>
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</li>
|
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</ul>
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</nav>
|
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</header>
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<div id="content">
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<main>
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<h1 id="se-redonner-du-champ">Se redonner du champ</h1>
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<p><em>Rechampir, l’édition</em> est un espace de publication électronique créé et animé par Yves Picard.</p>
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<p>Son ambition et sa forme sont modestes et entendent le rester.</p>
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<blockquote>
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<p>« Au village, tout le monde sait toutes les histoires
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mais il y en a que deux ou trois qui les disent. »
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(<em>La Justice apparente</em>, éditions Apogée, 2007.)</p>
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</blockquote>
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<h3 id="au-générique">Au générique</h3>
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<p>Le site est créé grâce à Hugo, <a href="https://gohugo.io/">https://gohugo.io/</a>, à partir du thème Notrack <a href="https://github.com/gevhaz/hugo-theme-notrack">https://github.com/gevhaz/hugo-theme-notrack</a></p>
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||||
<p>La typo du titre et des menus est de l’Infini, heureuse initiative <a href="http://www.cnap.graphismeenfrance.fr/infini/">http://www.cnap.graphismeenfrance.fr/infini/</a>. La titraille est en Ubuntu et le texte en FreeSerif.</p>
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||||
<p>Merci à Mistral Oz pour son aide bienveillante :) <a href="https://www.lewebenplus.net/">https://www.lewebenplus.net/</a></p>
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<h2 id="contact">Contact</h2>
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<p>Le blog Rechampir est ici : <a href="https://rechampir.net/">https://rechampir.net/</a></p>
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<div class="social">
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<ul>
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<li><a href="https://twitter.com/yv_pic"><i class="fab fa-twitter fa-fw"></i>Twitter</a></li><li><a href="https://hostux.social/@yv_pic"><i class="fab fa-mastodon fa-fw"></i>Mastodon</a></li><li><a href="mailto:rechampir@rechampir.net"><i class="fas fa-envelope fa-fw"></i>Email</a></li></ul>
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</div>
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<!-- Icons are from Awesome Font, licenced under SIL OFL 1.1 (https://scripts.sil.org/OFL) -->
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<p>Ce qu’il reste à faire pour la v. 0.9</p>
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<ul>
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<li>arborescence complète</li>
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</ul>
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<p>Pour la v. 1 :</p>
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<ul>
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<li>imports des textes</li>
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<li>résumés à compléter</li>
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</ul>
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<p>Fonctionnalités à intégrer</p>
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<ul>
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<li>typos Infini et Ubuntu à embarquer</li>
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<li>numérotation des paragraphes ?</li>
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</ul>
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</main>
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</div>
|
||||
</body>
|
||||
</html>
|
||||
28
public/index.xml
Normal file
28
public/index.xml
Normal file
@@ -0,0 +1,28 @@
|
||||
<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?>
|
||||
<rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom">
|
||||
<channel>
|
||||
<title>Rechampir, l'édition.</title>
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<link>http://example.org/</link>
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<description>Latest blog posts from Rechampir, l'édition.</description>
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<language>fr-fr</language>
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<lastBuildDate>Wed, 23 Dec 2020 00:00:00 +0000</lastBuildDate>
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||||
<atom:link href="http://example.org/index.xml" rel="self" type="application/rss+xml" />
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||||
</channel>
|
||||
</rss>
|
||||
139
public/js/gallery.js
Normal file
139
public/js/gallery.js
Normal file
@@ -0,0 +1,139 @@
|
||||
// MODALS FOR PHOTO GALLERY
|
||||
|
||||
// Get the modal
|
||||
var modal = document.getElementById("myModal");
|
||||
var modalImg = document.getElementById("modal-img");
|
||||
var captionText = document.getElementById("caption");
|
||||
var loader = document.getElementById("loader");
|
||||
|
||||
// Get the <span> element that closes the modal
|
||||
var span = document.getElementsByClassName("close")[0];
|
||||
|
||||
// Array of all images in gallery
|
||||
const imgs = [...document.querySelectorAll('.gallery-photo > img')];
|
||||
|
||||
// Add index and event listener to all gallery images
|
||||
imgs.forEach((img, i) => {
|
||||
img.dataset.index = i;
|
||||
img.addEventListener('click', e => { openModal(e.target); });
|
||||
});
|
||||
|
||||
preloadModalImage = index => {
|
||||
let loadingImg = new Image();
|
||||
loadingImg.src = imgs[index].src.replace("thumbnails", "fullsize");
|
||||
}
|
||||
|
||||
// Returns indices of current and surrounding images
|
||||
getSurroundingIndices = img => {
|
||||
let i = parseInt(img.dataset.index);
|
||||
let prevIndex = i != 0 ? (i - 1) % imgs.length : imgs.length - 1;
|
||||
let nextIndex = (i + 1) % imgs.length;
|
||||
return {prev: prevIndex, current: i, next: nextIndex};
|
||||
};
|
||||
|
||||
// Image currently shown in modal
|
||||
let currentImage;
|
||||
|
||||
openModal = img => {
|
||||
// Get the image and insert it inside the modal - use
|
||||
// its "alt" text as a caption
|
||||
currentImage = img;
|
||||
modalImg.src = currentImage.src.replace("thumbnails", "fullsize");
|
||||
captionText.innerHTML = img.alt;
|
||||
|
||||
// While loading, show loader and hide image and text
|
||||
modal.style.display = 'block';
|
||||
loader.style.display = 'block';
|
||||
modalImg.style.display = 'none';
|
||||
captionText.style.display = 'none';
|
||||
|
||||
// After image is loaded, show image and text and hide loader
|
||||
modalImg.addEventListener('load', () => {
|
||||
console.log("loaded image");
|
||||
captionText.style.display = 'block';
|
||||
modalImg.style.display = 'block';
|
||||
loader.style.display = 'none';
|
||||
});
|
||||
|
||||
// Preload for faster display of images
|
||||
const indices = getSurroundingIndices(currentImage);
|
||||
preloadModalImage(indices.next);
|
||||
preloadModalImage(indices.prev);
|
||||
};
|
||||
|
||||
closeModal = () => {
|
||||
modal.style.display = "none";
|
||||
modalImg.src = "";
|
||||
|
||||
// Image get selected upon closing on mobile so deselect
|
||||
if(window.getSelection) {
|
||||
window.getSelection().removeAllRanges();
|
||||
}
|
||||
if (document.selection) {
|
||||
document.selection.empty();
|
||||
}
|
||||
};
|
||||
|
||||
changeModalImage = direction => {
|
||||
if (modal.style.display == "block") {
|
||||
const indices = getSurroundingIndices(currentImage);
|
||||
switch (direction) {
|
||||
case 'ArrowRight':
|
||||
openModal(imgs[indices.next]);
|
||||
break;
|
||||
case 'ArrowLeft':
|
||||
openModal(imgs[indices.prev]);
|
||||
break;
|
||||
}
|
||||
}
|
||||
};
|
||||
|
||||
|
||||
// CLOSING MODAL
|
||||
|
||||
// When <span> (x) is clicked, close the modal
|
||||
span.onclick = function() {
|
||||
closeModal();
|
||||
};
|
||||
|
||||
// Pressing escape closes modal
|
||||
document.onkeydown = event => {
|
||||
switch (event.key) {
|
||||
case 'Escape': closeModal(); break;
|
||||
case 'ArrowRight': changeModalImage(event.key); break;
|
||||
case 'ArrowLeft': changeModalImage(event.key); break;
|
||||
}
|
||||
};
|
||||
|
||||
// Close modal when it is clicked
|
||||
modal.addEventListener('click', closeModal, false);
|
||||
|
||||
|
||||
// SWITCH IMAGE BY SWIPING OR MOUSE DRAG
|
||||
|
||||
// Unify touch and click cases
|
||||
unify = e => { return e.changedTouches ? e.changedTouches[0] : e };
|
||||
|
||||
// Where swipe or mousedown starts
|
||||
let x0 = null;
|
||||
|
||||
lock = event => { x0 = unify(event).clientX };
|
||||
|
||||
move = event => {
|
||||
if (x0 || x0 === 0) {
|
||||
let dx = unify(event).clientX - x0;
|
||||
sign = Math.sign(dx);
|
||||
|
||||
switch (sign) {
|
||||
case -1: changeModalImage('ArrowRight'); break;
|
||||
case 1: changeModalImage('ArrowLeft'); break;
|
||||
}
|
||||
}
|
||||
};
|
||||
|
||||
modal.addEventListener('mousedown', lock, false);
|
||||
modal.addEventListener('touchstart', lock, false);
|
||||
modal.addEventListener('mouseup', move, false);
|
||||
modal.addEventListener('touchend', move, false);
|
||||
modal.addEventListener('touchmove', e => {e.preventDefault()}, false);
|
||||
modal.addEventListener('mousemove', e => {e.preventDefault()}, false);
|
||||
67
public/month/index.html
Normal file
67
public/month/index.html
Normal file
@@ -0,0 +1,67 @@
|
||||
<!DOCTYPE html>
|
||||
<html>
|
||||
<head>
|
||||
<title>Rechampir, l'édition. - Month </title>
|
||||
<link rel="stylesheet" type="text/css" href="http://example.org/css/fonts.css">
|
||||
<link rel="stylesheet" type="text/css" href="http://example.org/css/fontawesome.css">
|
||||
<link rel="stylesheet" type="text/css" href="http://example.org/css/styles.css">
|
||||
|
||||
<link rel="stylesheet" type="text/css" href="http://example.org/css/userstyles.css">
|
||||
|
||||
<link rel="icon" href=http://example.org/img/icon.png>
|
||||
<meta charset="UTF-8">
|
||||
<meta name="author" content="Yves Picard">
|
||||
<meta name="viewport" content="width=device-width, initial-scale=1.0">
|
||||
<link rel="alternate" type="application/rss+xml" href="http://example.org/month/index.xml" title="Rechampir, l'édition." />
|
||||
</head>
|
||||
<body>
|
||||
<header class="page-header">
|
||||
<div class="myname">
|
||||
<h2><a href="http://example.org/">Rechampir, l'édition.</a></h2>
|
||||
</div>
|
||||
<nav>
|
||||
<ul class="navbar">
|
||||
<li class="">
|
||||
<a href="/">
|
||||
<span>Accueil</span>
|
||||
</a>
|
||||
</li>
|
||||
<li class="dropdown ">
|
||||
<a href ="/recits/">
|
||||
<span>Les récits</span>
|
||||
</a>
|
||||
<div class=sub-menu>
|
||||
<a class="" href="/recits/les-petits-enfants-de-madame-peron/">Les Petits-enfants de madame Perón racontés à elle-même</a>
|
||||
<a class="" href="/recits/les-terre-pleins/">Les Terre-pleins</a>
|
||||
</div>
|
||||
</li>
|
||||
<li class="dropdown ">
|
||||
<a href ="/recueils/">
|
||||
<span>Les recueils</span>
|
||||
</a>
|
||||
<div class=sub-menu>
|
||||
<a class="" href="/recueils/la-eussent-du-etre-des-amis/">Là eussent dû être des amis</a>
|
||||
<a class="" href="/recueils/nouvelles/">Nouvelles</a>
|
||||
<a class="" href="/recueils/poesies-chansons/">Poésies & Chansons</a>
|
||||
</div>
|
||||
</li>
|
||||
<li class="">
|
||||
<a href="/resumes/resumes/">
|
||||
<span>Résumés</span>
|
||||
</a>
|
||||
</li>
|
||||
</ul>
|
||||
</nav>
|
||||
</header>
|
||||
<div id="content">
|
||||
<main>
|
||||
<h1>All Month</h1>
|
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<ul>
|
||||
|
||||
</ul>
|
||||
</main>
|
||||
|
||||
</div>
|
||||
</body>
|
||||
</html>
|
||||
26
public/month/index.xml
Normal file
26
public/month/index.xml
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@@ -0,0 +1,26 @@
|
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<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?>
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<rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom">
|
||||
<channel>
|
||||
<title>Rechampir, l'édition.</title>
|
||||
<link>http://example.org/month/</link>
|
||||
<description>Latest blog posts from Rechampir, l'édition.</description>
|
||||
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<language>fr-fr</language>
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<atom:link href="http://example.org/month/index.xml" rel="self" type="application/rss+xml" />
|
||||
|
||||
|
||||
|
||||
</channel>
|
||||
</rss>
|
||||
89
public/recits/index.html
Normal file
89
public/recits/index.html
Normal file
@@ -0,0 +1,89 @@
|
||||
<!DOCTYPE html>
|
||||
<html>
|
||||
<head>
|
||||
<title>Rechampir, l'édition. - Les récits </title>
|
||||
<link rel="stylesheet" type="text/css" href="http://example.org/css/fonts.css">
|
||||
<link rel="stylesheet" type="text/css" href="http://example.org/css/fontawesome.css">
|
||||
<link rel="stylesheet" type="text/css" href="http://example.org/css/styles.css">
|
||||
|
||||
<link rel="stylesheet" type="text/css" href="http://example.org/css/userstyles.css">
|
||||
|
||||
<link rel="icon" href=http://example.org/img/icon.png>
|
||||
<meta charset="UTF-8">
|
||||
<meta name="author" content="Yves Picard">
|
||||
<meta name="viewport" content="width=device-width, initial-scale=1.0">
|
||||
<link rel="alternate" type="application/rss+xml" href="http://example.org/recits/index.xml" title="Rechampir, l'édition." />
|
||||
</head>
|
||||
<body>
|
||||
<header class="page-header">
|
||||
<div class="myname">
|
||||
<h2><a href="http://example.org/">Rechampir, l'édition.</a></h2>
|
||||
</div>
|
||||
<nav>
|
||||
<ul class="navbar">
|
||||
<li class="">
|
||||
<a href="/">
|
||||
<span>Accueil</span>
|
||||
</a>
|
||||
</li>
|
||||
<li class="dropdown activetab">
|
||||
<a href ="/recits/">
|
||||
<span>Les récits</span>
|
||||
</a>
|
||||
<div class=sub-menu>
|
||||
<a class="" href="/recits/les-petits-enfants-de-madame-peron/">Les Petits-enfants de madame Perón racontés à elle-même</a>
|
||||
<a class="" href="/recits/les-terre-pleins/">Les Terre-pleins</a>
|
||||
</div>
|
||||
</li>
|
||||
<li class="dropdown ">
|
||||
<a href ="/recueils/">
|
||||
<span>Les recueils</span>
|
||||
</a>
|
||||
<div class=sub-menu>
|
||||
<a class="" href="/recueils/la-eussent-du-etre-des-amis/">Là eussent dû être des amis</a>
|
||||
<a class="" href="/recueils/nouvelles/">Nouvelles</a>
|
||||
<a class="" href="/recueils/poesies-chansons/">Poésies & Chansons</a>
|
||||
</div>
|
||||
</li>
|
||||
<li class="">
|
||||
<a href="/resumes/resumes/">
|
||||
<span>Résumés</span>
|
||||
</a>
|
||||
</li>
|
||||
</ul>
|
||||
</nav>
|
||||
</header>
|
||||
<div id="content">
|
||||
<main>
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||||
<h1 class="page-title">Les récits</h1>
|
||||
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||||
<article class="blog-post-summary">
|
||||
<h3 class="blog-post-title"><a href="http://example.org/recits/les-petits-enfants-de-madame-peron/">Les Petits-enfants de madame Perón racontés à elle-même</a></h3>
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||||
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||||
<p class="blog-post-info">Posted: <time>2020-12-22</time>
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</p>
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<p>les TP sont good ó<span> <a href="http://example.org/recits/les-petits-enfants-de-madame-peron/">Read more...</a></span>
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</p>
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</article>
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||||
<article class="blog-post-summary">
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||||
<h3 class="blog-post-title"><a href="http://example.org/recits/les-terre-pleins/">Les Terre-pleins</a></h3>
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||||
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||||
<p class="blog-post-info">Posted: <time>2020-12-22</time>
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</p>
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||||
<p>les TP sont good<span> <a href="http://example.org/recits/les-terre-pleins/">Read more...</a></span>
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</p>
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</article>
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||||
</main>
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||||
|
||||
</div>
|
||||
</body>
|
||||
</html>
|
||||
28
public/recits/index.xml
Normal file
28
public/recits/index.xml
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<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?>
|
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<rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom">
|
||||
<channel>
|
||||
<title>Rechampir, l'édition.</title>
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<link>http://example.org/recits/</link>
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||||
<description>Latest blog posts from Rechampir, l'édition.</description>
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<language>fr-fr</language>
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<lastBuildDate>Sun, 14 Feb 2021 00:00:00 +0000</lastBuildDate>
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<atom:link href="http://example.org/recits/index.xml" rel="self" type="application/rss+xml" />
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</channel>
|
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</rss>
|
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65
public/recits/les-petits-enfants-de-madame-peron/index.html
Normal file
65
public/recits/les-petits-enfants-de-madame-peron/index.html
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@@ -0,0 +1,65 @@
|
||||
<!DOCTYPE html>
|
||||
<html>
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<head>
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||||
<title>Rechampir, l'édition. - Les Petits-enfants de madame Perón racontés à elle-même </title>
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<h1 class="page-title">Prologue</h1>
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<p>Jeune lecteur !</p>
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<p>Tous les jours n’est-ce pas tu regardes les nuages ? Tu t’émerveilles de leurs aspects, de leur infini défilé ? Comme tu as raison ! Mais la vie contraint souvent à ne pas regarder ce que l’on aime et à poser les yeux sur ce qui fascine mais n’émerveille pas. De la fenêtre d’une voiture par exemple, sur les à-côtés, sur les terre-pleins, les embranchements et les rond-points que nous voyons chaque jour, leurs coquelicots rouge et là, soudain, un busard. Des bouleaux, des taïgas, des folles avoines et des genêts. Et leurs ombres aussi, que tu devines. Bref, sache que, s’il existe toute une science pour nommer les nuages selon leur forme, leur altitude et leur devenir, la science des terre-pleins n’existe pas encore, comme s’ils ne faisaient pas partie de la vie, effacés tout simplement.</p>
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||||
<p>Alors j’ai écrit une histoire qui marche à pied, allons voir.</p>
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<p>Pour la suivre, le mieux est que toi-même tu te mettes en route : enfile tes mocassins, mets-toi torse nu et rejoins la file ! Exactement comme quand tu imagines et que tu joues. Suis les Indiens sur les sentiers, il y en a partout autour de la ville, ils sauront te guider. Vas vers les campements, les caravanes, les tentes et les taillis, écoute : au feu à la nuit tombée, il se dit des aventures tirées d’un nouveau <em>far west</em>.</p>
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||||
<p>Pars cette semaine par exemple, tu as le temps. Jan Yoors, un gamin de ton âge a déjà fait cela. Fais comme lui, pars et reviens selon tes souhaits. Essaye, prends l’habitude, cherche ! Sois patient les premiers soirs, ne brusque surtout pas : que tes retours à la maison se fassent en silence pour ne pas réveiller ceux qui dorment. – Tes vieux !</p>
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||||
<p>Et s’il te plaît plus tard, fais ton profit de cette histoire. Lorsque tu voudras à ton tour embrasser la vie, plier le monde, circonscrire les causes et faire usage de ta puissance ou simplement construire ta propre route : alors repense à ces terres-pleins et aux compagnons qui y vivent.</p>
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<p>Je te laisse de poursuivre la fable.</p>
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<p><a href=" http://example.org/recits/les-terre-pleins/1_maghlout/">Maghlout</a></p>
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<title>Rechampir, l'édition. - Tina chez Guillaume </title>
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<h1 class="page-title">Tina chez Guillaume</h1>
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<p>– Qui elle est ton invitée du soir, Guillaume ? Je t’en ai déjà beaucoup dit je trouve en te racontant mon voyage ! Je suis une drôle de fugueuse, hein ? Je fugue ma « seconde de détermination » ! Tu devrais t’inquiéter, détournement de mineure, ça peut chercher loin…
|
||||
– Je n’ai pas peur. T’as seize ans quand même. Est-ce un crime d’héberger une ado ?
|
||||
– Ce serait plutôt être ado qui est un crime, ou plutôt un châtiment… Une accumulation de petits non fiévreux, instinctifs qui ne se rassemblent jamais en quelque chose de construit et que la fille qui est devant toi est bien obligée de prendre quand même !
|
||||
– Tu n’as pas l’air d’être si malheureuse que ça, non ?
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||||
– Disons que je me tisse un patchwork alors que d’autres je crois fabriquent déjà leur costume. Je n’ai pas grand chose à moi, j’ai l’impression d’être le nègre de ma vie, mon reporter, clic ! Clic ! Clic-Clac !, on fait son lit comme on couche !
|
||||
– Eh ben…
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||||
– Oups, désolée… Ce que je voulais dire, c’est comme si on existait juste pour découvrir les choses.
|
||||
– Peut-être ! Sauf que ce n’est pas un un jeu de piste non plus, rien n’est préparé à l’avance, tu vois ? Mais tu as raison aussi, la vie est là.
|
||||
– Non, elle n’est pas là. Les adultes la désignent toujours comme quelque chose qu’il faut attendre…
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||||
– Ne t’inquiète pas, des fois elle te saute au visage, hop ! Et là, il ne s’agit plus de fuir.
|
||||
– Je ne fuis rien !
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||||
– Je ne sais pas, mais j’ai envie de te poser la question. T’es en fuite ?
|
||||
– Pas ce mot s’il te plait, il est vulgaire. Fugue est beaucoup plus joli, déjà. C’est musical. Non je ne fuis rien. Je marche, un peu plus loin que d’habitude. La ville, je la connais par cœur. Je ne sais plus ce que je vois quand je suis là-bas. J’ai envie d’un autre regard, à moi.
|
||||
– Oui mais le reste ? L’école, ta…
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||||
– Oh, hé, arrête ! T’as vu où tu habites, toi ? Dans un camion ! Même pas de famille !
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||||
– J’ai fini l’école moi !
|
||||
– Moi je la termine aujourd’hui, voilà. Est-ce que c’est de ma faute si l’école prend tout le temps ? Des années, à ne faire que ça ! L’école, c’est l’obligation, « reste scotchée là et ne fait rien d’autre. Tu verras plus tard ! » Même pas le temps de prendre son temps.
|
||||
– T’as que seize ans.
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||||
– Là, on va commencer à parler famille, alors…
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||||
– Non, il est tard, tu veux dormir dans le camion ? Il faut que j’y aille, je vais travailler toute la nuit.
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||||
– OK. Mais dis-moi quand même, qu’est-ce que ça fait de pas avoir de maison, de direction ?</p>
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<p><a href=" http://example.org/recits/les-terre-pleins/8_tina_continue/">Tina continue</a></p>
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<p><a href=" http://example.org/recits/les-terre-pleins/9_les-menuisiers/">Martin. Guillaume et les menuisiers</a></p>
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<title>Rechampir, l'édition. - Martin, au bout de la cigarette </title>
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<h1 class="page-title">Martin, au bout de la cigarette</h1>
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<p>Oui, bien sûr, il y a eu un premier soir. Mais on ne le sait pas. Ce soir devient le premier parce qu’il y en a eu d’autres après, un deuxième, un troisième. Après, les soirs font vite la semaine et bientôt tu perds le compte, tout a changé. D’autres habitudes se mettent en place, celle par exemple de téléphoner « je rentre. » Ça fait quinze jours ou trois semaines. Tu arrives, tu poses ton sac dans l’entrée et pas directement dans la chambre. T’es comme un invité. Tu programmes la machine à laver, tu laisses dans un coin du frigo ton casse-croûte pour le dimanche soir, quand tu repartiras avec le linge sec.
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||||
Tu ne rentres pas chez toi, tu vas voir ta femme et tes enfants qui habitent une maison où la vie s’est organisée sans toi. Il y a pourtant des moments délicieux ces jours-là, crois-moi ! On se retrouve, on joue, on s’aime. Mais quand même, le cœur se pince. Et puis avec l’habitude, il ne pince plus autant.
|
||||
Alors oui, il y a eu des premiers soirs. Peut-être un de ceux où tu fumes une cigarette dehors dans le jardin. Il commence à faire vraiment nuit. Les nuages s’amassent mais laissent encore voir la lune. Il pleuvra demain, alors la lune est belle à prendre comme un cadeau. Un tout petit morceau d’exceptionnel et aussi une permanence, elle qui survivra aux nuages et à la pluie. On se dit je pourrais partir maintenant. Là, tout de suite. Tu es à trois mètres de la porte de la maison et tout près du portail. Tout glisse comme ça, tu es déjà parti. Voilà. De toutes petites choses.
|
||||
Mais il y a aussi un appel immense et permanent à prendre la route, depuis longtemps tu le sais ! On baigne dedans, on le respire avec l’air, et puis soudain une émotion submerge. Face à la mer, à l’horizon, dans une photo, à l’intérieur d’une musique, dans la phrase d’un livre, au bout d’une cigarette. C’est l’oxygène, la liberté qui nous montre de quoi on dépend, de ce à quoi on a dit oui. La liberté nous dit ce qui nous fixe. Rares sont ceux qui savent faire les bons nœuds d’attache.
|
||||
Moi, je me dit que la fin de l’usine a coupé tout. Mais ce n’est pas entièrement vrai sans doute. J’avais déjà répondu à l’appel du monde. Et si tu ne retournais pas au travail demain ? Qu’est-ce que ça changerait ? Pour qui finalement ? Il y a mille autres façons de passer son temps, d’aimer et de vivre. J’ai beaucoup discuté de tout ça avec Guillaume. Et nous voilà partis.</p>
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<p><a href=" http://example.org/recits/les-terre-pleins/9_les-menuisiers/">Martin. Guillaume et les menuisiers</a></p>
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<p><a href=" http://example.org/recits/les-terre-pleins/7_pere_de_maghlout/">Maghlout, son père.</a></p>
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<title>Rechampir, l'édition. - Davis </title>
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<h1 class="page-title">Davis</h1>
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<p>Ce matin, Davis a fait un aller-retour à hôpital Pontchaillou, comme tous les mardi. Encore une fois, il a filé à toute allure sur la rocade Nord. De la camionnette-bus « handicapés » de Momo, par la fenêtre arrière, à travers les deux rails pour les fauteuils roulant relevés, il a vu comme dans un film les séquences de terre rythmées par les ponts et leurs piles taguées. Davis a remarqué qu' « Azote » était passé ce weekend refaire ses chromes sur les piles des ponts. Ça lui a fait plaisir. Davis était derrière en position semi-assise, sanglé. Il demande toujours à Momo de bien le serrer et d’aller vite. Il a ainsi moins l’impression de vivre le transport d’un corps, un transfèrement utile qu’à la maladie.</p>
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<p>Souvent lors de ces trajets, Davis croit surprendre son ami Maghlout, debout dans la végétation des terre-pleins. Immobile, invisible et prompt à la disparition, comme un cerf à la lisière de la forêt. Il est là, il n’est plus là, était-ce un rêve ? Où es-tu, Maghlout ? M’as-tu vu passer dans mon fier camion ? Qu’importe. Si tu marches, je marche. Rien n’est perdu si tu es en mouvement. Et puis…</p>
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<p>Mais le téléphone sonne et Davis décroche. Il est de retour chez lui :</p>
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<p>– Bonjour mon chéri, ton papa et moi nous sommes retrouvés au Mans. Un café et on arrive. Et nous avons quelque chose à t’annoncer, une surprise !</p>
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<p>Alors Davis monte à son étage. Il regarde toutes les machines qui clignotent devant lui. Il va falloir tout éteindre dans l’heure et demie qui vient pour, difficilement, descendre l’escalier et embrasser ses parents.</p>
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<p>Un plein écran en carte avec les GPS des copains dont Davis suit ainsi les déplacements. Momo l’infirmier, Pascal le livreur ou Ozone le peintre. Un autre avec tous les logiciels de musique, l’émetteur-récepteur d’ondes courtes, son ordinateur portable avec ses devoirs. Tout ce qui est en papier ne clignote pas mais il faudra les laisser aussi. Livres, cartes, partitions, gribouillis. Son compte Tweeter qui sera muet, mettre le statut « occupé » sur Facebook ou Skype et ses messageries.</p>
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<p>Davis vit la plupart du temps seul dans la grande maison. Les Mane ont chacun un métier qui les mènent dans beaucoup de déplacements, dans beaucoup d’occupations, dans beaucoup de responsabilités. De temps en temps, principalement le weekend mais pas forcément, ils posent leur sac chez eux. Ils signent les bulletins et les factures des cours à distance, vérifient les radios et les analyses médicales de Davis. Il a souvent prévu, commandé et fait livrer les courses. En vrai quand sa mère revient car elle aimera consacrer du temps à faire la cuisine ; en faux quand il n’y a juste que son père car celui-ci finira toujours par trouver plus simple d’aller au restaurant ou de faire venir des sushis.</p>
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<p>M. et Mme ne montent jamais à l’étage. Ainsi, c’est en bas que Davis range toutes les traces et justifications de sa vie. Celle-ci est rythmée par les visites à l’hôpital ou chez des spécialistes, avec Momo. Voilà pour les déplacements. Sinon, les cours du lycée (la seconde, Davis a pris une grosse année de retard au collège). Puis visiter, écouter, surveiller le monde qu’il soit proche ou lointain. Par exemple quelqu’un comme Tina. Faire l’hôte de luxe quand un copain vient, ce qui est rare, ou quand Maghlout passe, ce qui est un peu plus régulier. La maison est un des toits du Marocain. Mme Félicie la nettoie trois fois par semaine.</p>
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<p>Davis se tient très souvent derrière les grandes baies vitrées du salon. Il passe de longs moments à regarder la campagne et à penser devant les travaux qui avancent là-bas sur la départementale 97. Ou simplement devant les saisons. Lorsqu’il entrouvre une baie et fait un pas difficile sur la terrasse en caillebotis, le vent orienté plutôt nord ou plutôt sud lui apporte des sons différents – qu’il s’empresse de copier en musique. Le roulement de la rocade, des hélicoptères, le silence du terrain de golf ou les bruits du travail dans les jardins ou dans les ateliers. De l’autre coté, les tracteurs et les bêtes, quelques bouffées d’odeurs de forêt, les camions, les mouettes et même parfois la mer. Et la nuit, les lumières et les étoiles.</p>
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<p>Bientôt la voiture de M. et Mme Mane se garera. Davis range, éteint, met au propre et entreprend déjà de redescendre prudemment l’escalier. Il en rajoute toujours un peu dans sa claudication quand ses parents sont là. Peut-être leur parlera-t-il d’une copine qu’il voudrait revoir ?</p>
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<p><a href=" http://example.org/recits/les-terre-pleins/6_rencontre_avec_martin/"></a></p>
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<title>Rechampir, l'édition. - La balade de Maghlout </title>
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<h1 class="page-title">La balade de Maghlout</h1>
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<p>Maghlout marche dans la brume. Le bruit des voitures est considérablement assourdi. On entend les chiens des campagnes, quelques bruits des maisons des lotissements. Maghlout a ouvert à demi son anorak et a retiré son bonnet. Tout est apaisé et après l’heure de route, il ressent le bonheur de la marche longue. Celui, physique, de l’effort assumé par un corps au travail mais aussi le plaisir du trajet utile. Maghlout va trouver Guillaume, quelque part autour de la sortie Saint-Malo.
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Dans les bosquets qui couvrent le flanc du terre-plein, on devine quelques sacs et même des petites tentes, certaines camouflées avec de l’herbe arrachée. Toute une science de choisir l’endroit où dormir. Maghlout ne se lassera jamais de l’ingéniosité des Robinson. Sur la crête, il surplombe le large virage de la rocade qui fuit vers l’ouest et il s’accroupit quelques minutes. Le paysage chasse de son esprit les hommes endormis. Son regard suit les courbes de la terre et les lignes à haute tension, les pylônes et les arbres. Une passerelle bleue saute la route. Des motos passent soudain en furie. Maghlout descend un peu du côté nord du terre-plein pour ne plus les entendre. La campagne de l’autre côté a belle allure. Celle de la pesanteur grasse de la terre humide. C’est une terre qui se méfie de l’air, qui ne fait pas de poussière. Elle est à l’aise dans le brouillard. Elle gît et absorbe lentement les feuilles marron-noir, acides, couches et tas que le vent n’a pas pu prendre. Bien des fois, quand la météo est au sud-ouest, c’est le ciel qui semble vouloir se rapprocher de la terre et les nuages s’allongent et se couchent, roulent sur eux-mêmes. Ils prennent la couleur du bitume et l’esprit des hommes part alors au loin, au-delà des bras de la dépression, dans ces pays où il y a du soleil. Mais leur corps et leur vie restent attachés ici.
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Aujourd’hui, le ciel et la terre composent un accord de couleurs propre à la nature et à elle seule : des sèches et propres, rendues légèrement brillantes par l’eau et le soleil, délimitées par les bancs lumineux de la brume. Rouge des engins mécaniques, grès des murs, bleu des toits, vert clair des talus et sombre des fossés, gris et rouille des tôles, noir des quatre-quatre et des bâches et des pneus qui les tiennent, il n’y a que très peu du marron des champs retournés. Maghlout remarque l’orange de la trace d’un renard. Tous les traits autour des formes sont marqués, tous les vides de l’horizon sont uniformément remplis du bleu du ciel. Arbres, haies, routes et toits s’y détachent et en perdent leurs volumes. De certains angles de vue, avec les courbes des remblais de la rocade, les aplats des champs, les mamelons des rond-points, les tâches des camions et la ligne déchiquetée d’un vieil arbre, la nature est purement graphique. Par exemple ici une ligne d’arbres est subitement coupée par une quatre voies mais on en suit bien encore le trait, le lancé. Maghlout regarde le présent et voit aussi l’archéologie des arbres. Ainsi le paysage s’écrit lui-même, cherchant à se dire mieux qu’en vrai. Mais Maghlout pense soudain que cette photo n’est qu’un ordre voulu par sa mémoire de vieil homme. Qu’une réminiscence, encore.
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||||
Déjà des paysages lui ont ainsi littéralement parlé. Les déserts par exemple et le premier d’entre eux : il quittait la maisonnée, la ville et bientôt le Maroc. Était-ce vraiment un choix ? Il avait pris la route par le désert et pas par la route de Tan-Tan le long de la côte. Maghlout se souvient du moment où il s’est dit, encore au seuil de son exil : « Je suis au premier sable du désert. » D’emblée il avait senti ce qu’allait être le chemin, cette traversée, sa fuite. La solitude, la tentation du retour. Il avait marché, l’élément désert empêche très tôt le retour. Comme l’océan, une peine, une longueur, une durée à laquelle se mesure le courage d’un fuyard. Et le désert, écrivant pour Maghlout ses lignes ondulées, le désert lui avait dit :
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||||
« – Je n’ai rien à voir avec ta peine. »
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||||
Cette parole avait coulé comme de l’eau tiède dans le corps de Maghlout. Sa gourde fraîche, le keffieh qu’il s’apprêtait à nouer sur la tête, la boussole qu’il serrait dans sa main, toutes ces précautions ne lui parurent plus essentielles. C’est en partant qu’il se protégeait, il ne devait pas craindre de plus grand danger que de renoncer à sa fuite. Et si devant lui il y avait le désert, la solitude et l’inconnu, il ne pouvait pas y avoir de peur.
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||||
– Je n’ai rien à voir avec ta peine. Je suis neutre. Difficile mais sans animosité.
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||||
– Oui.
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Par ces simples lettres le désert n’était plus une prison mais une route, le désert n’était plus l’impossible mais le passage. Ce qu’on accepte ainsi devient le petit lait de l’existence. Maghlout alors avait bu de ce lait.
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Le Maghlout d’aujourd’hui éclate de rire : avoir traversé le Sahara, l’Atlas, enjambé Gibraltar, s’être moqué de Franco et des gabelous pour se tenir ici ! À courir après une fille inconnue, sans doute déjà rentrée chez elle ou déjà partie loin ! Mais Davis est un curieux ami à qui on ne refuse rien. Et puis, Tina, « ne te sens déjà tu pas proche d’elle ? » lui avait-il dit.
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En bas du terre-plein, au bout d’une petite route coupée par la rocade, deux hommes récupèrent de l’acier sur la carcasse noircie d’une épave brûlée. Sur le haut, à une centaine de mètres, une voiture débouche d’une passerelle. Bleue, banale, deux hommes costauds habillés de noir. Des gendarmes.
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Maghlout les laisse passer puis franchit la route par la passerelle. Il reprend sa belle après-midi de marche. L’étape est maintenant une immense ligne droite. À travers les bouleaux, le long des sapins, montant et descendant au gré des levées de terre. Devant lui s’ouvre d’abord une perspective créée par la tonte récente du plat au milieu du terre-plein, entre deux rangées d’arbres. Gandais le paysan, s’il marchait là, comparerait peut-être ce couloir aux chemins creux de sa jeunesse qu’il y avait partout dans la campagne alentour et sans doute ici même, sous les pieds de Maghlout. Pour peu qu’on s’essaye à l’histoire des champs. Ce sont maintenant les chemins des paysagistes, celui du jardinier ou des gendarmes – l’espace de tous les gens à gilet fluorescent. Vert, jaune, orange.
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La terre est meuble sur ce plat, il n’y a pas de bâche ou de pierres. Maghlout sent ses pieds s’enfoncer dans l’herbe et aucune pensée inquiète ne gâche son plaisir. Il reprend peu à peu conscience de son poids, de son appui sur le sol humide et de ses traces. Maghlout sent la terre plier sous lui. Il pense comme il a déjà pensé il y a des centaines de milliers d’années qu’il est le Premier. Que la Terre gardera l’empreinte en creux de sa volonté. Qu’on retrouvera peut-être un jour le fossile de son pied, de son intention de marcher devant suivant ce qu’il croit vrai ou ce qu’il croit faux. Un peu comme M. Robert dont Martin lui a conté la longue histoire – elle commence au 19e siècle ! Un marcheur têtu lui aussi qui aurait sûrement remarqué l’âme heureuse de ces humbles bosquets, le discret accompagnement d’un oiseau et qui aurait exprimé un peu joliment « un indicible sentiment universel, une sensation de gratitude qui jaillit puissamment dans une âme en joie ».
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Le chemin se termine en pente douce et Maghlout se tient à l’abrupt d’une route qui s’engouffre dans un tunnel sous la rocade. Il sait qu’à partir de là, l’itinéraire sera moins facile. Il franchit les ponts au-dessus du canal et du train, les pointes nombreuses des remblais autour de la sortie 13. Il marche lentement en contrebas de la route. Enfin une dernière montée l’amène franchement en haut de sa destination. Il s’arrête là et prend ses quartiers. Ce n’est pas la première fois qu’il dort ici. Rien ne presse. Il s’assied. Il devine à travers les maigres branches des buissons l’agitation qui commence du côté des travaux. Car le soir descend et, avec lui, le repos.
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Le soleil est bien à l’ouest et, à la hauteur qu’il a ce soir, basse, on doit pouvoir être ébloui pour peu qu’on soit sur une des nombreuses rues de Rennes qui suivent l’axe est-ouest. Maghlout essaye de visualiser la ville où pourtant il n’a jamais mis les pieds. Davis lui en a souvent montré les cartes et il a l’air d’y trouver une réelle signification. Pour lui, Rennes est comme un temple dédié au soleil. Il entre certains jours en un rayon exact et place la ville au sein de l’univers entier ! Délire d’adolescent gavé de films et de jeux vidéo ? Non, car Davis lui a aussi raconté : En haut d’un escalier de la gare, regardant les quais un jour comme celui-ci, j’attendais. Une petite fille attendait aussi mais, pour ne pas rester seule, jouait sur les marches en aluminium pas loin de sa maman. Elle demande à sa mère : « C’est de quel côté, Paris ? » La mère attendait aussi mais pas de la même façon, elle devait être très inquiète, agacée, égarée car elle répondit ainsi à la môme d’un ton très énervé : « Mais enfin, Paris c’est là ! » Et elle désignait de son bras tendu le soleil qui se couchait exactement dans l’axe des rails, vers l’ouest.
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Le train, oui, Maghlout l’a déjà pris. Mais il se souvient plutôt des gares. Il y a longtemps. Ce fut facile en France, il allait vite, de quai en quai parmi les autres voyageurs qui s’étonnaient de son allure. Mais ils avaient besoin à l’époque de bras, de main-d’œuvre et le Maghreb, pour la majorité d’entre eux, c’était la France après tout. Ils haussaient les épaules.
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Des lumières s’agitent. Maghlout sort de sa rêverie. Dans le large virage et ses multiples lacets, des camionnettes et des voitures viennent se garer derrière les barrières et des signalisations en plastique dur. On prépare un déroutage. On a ouvert des grilles. Les engins s’allument et chauffent. Là-bas, autour de braseros, des hommes avec des gilets et des casques fluorescents s’assemblent. Ils attendent l’heure : il y a encore les deux lignes de voitures. Puis ces hommes envahiront la moitié de la route pour l’opération de chirurgie routière. Des camionnettes créeront un bouchon mobile pour inaugurer sans danger la dérivation. Et puis après, dans quelques jours, le sang circulera mieux. Des talkies-walkies crépitent.
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En attendant, Maghlout a attiré son sac et en sort son repas. Calé au tronc d’un peuplier, pas très loin d’un terrier et d’une herbe de la pampa – elle aussi s’est échappée et elle s’en trouve plutôt bien, Maghlout est enchanté de ce voisinage. Cette fois les hommes s’agitent, on leur assigne des postes, les talkies hurlent. Un hélicoptère survole la zone, les pompiers sont là, un journaliste aussi.
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Alors que les engins démarrent et que leurs fumées chatoient à la lumière des groupes électrogènes, un convoi de camion-goudron arrive et freine en haut de la bretelle. Maghlout range avec soin ses affaires. Juste de l’autre côté de la butte, il a repéré un lit de feuilles. Il y tire son sac, bâche en dessous, déploie une couverture. Puis, comme on regarde distraitement une série à la télévision, il jette un œil au début de la nuit de travaux. Enfin, heureux de sa journée, il se couche. Il aura quelques points douloureux dans son vieux corps demain. Du chantier, il n’a désormais qu’un bruit assourdi, quelques coups de sifflets et des accélérations de moteurs lourds. Au-dessus de lui, des vagues lueurs, parfois une odeur de gasoil brulé. Il se réveillera le matin à l’âcre atmosphère du bitume fondu.
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En contrebas, Guillaume installe des projecteurs blancs. C’est parti pour la nuit. Il repense fugitivement à Judith, sa « fiancée » comme on dit, à son diplôme d’ingénieur abandonné, à son camion et à Tina qui y dort peut-être. Il sourit, que faire d’autre, la journée de travail a commencé.</p>
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<title>Rechampir, l'édition. - Du haut des horizons </title>
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<h1 class="page-title">Du haut des horizons</h1>
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<p>M. Marc est debout à la baie de son appartement, dernier étage des Horizons, whisky. <em>Strathisla</em> cinquante ans d’âge – plus vieux que ces tours ! Rennes s’expose à M. Marc, comme toujours. Une carte vivante, à l’échelle un pour un, la ville qu’il aime tant. Toute sa vie y est inscrite, quasiment dans chaque rue. Parmi les lumières, il y distingue les lueurs des bougies de ses souvenirs, les spots des chantiers sur lesquels il travaille, les marques rouges des rénovations déjà actées. Celles qui sont l’avenir de la ville. On vit toujours dans un avenir.
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Lui-même vit les jours qui étaient l’avenir de sa femme, Chantal Moine, défunte. Sûrement cette douzaine d’années, elle aurait voulu les vivre, elle les aurait aimées. Nous les aurions aimées ensemble, Tina, Rennes, elle et moi. Gwenaël Marc n’est pas un habitué du vague-à-l’âme et c’est pourquoi il évoque ce passé sans nostalgie, ce passé à la fois non avenu et pourtant réalisé, d’une certaine façon. Sa vie n’est que création et amour pour sa ville, sa fille, tout ce qu’avait commencé Chantal. Elle était – au tout début quand il était étudiant – sa directrice de stage. C’était à l’agence d’urbanisme et de développement de l’agglomération, comme on disait à l’époque, rennaise. C’était du sérieux. On ne répliquait pas à cette Audiar-là et encore moins à Chantal Moine. La jeune femme y avait un rôle influent, rapidement acquis. Intelligente, compétente, joyeuse, elle impressionnait. Foncièrement acquise au fonctionnalisme dans l’urbanisme et l’architecture, elle en exprimait une vision personnelle. « L’utilité alliée à la liberté », disait-elle. Elle parlait grands ensembles, ZAC et ZUP dans un grand cliquetis de perles indiennes, de bracelets et de breloques qu’elle collectionnait sur des robes très amples. On savait son style de vie libre, elle était bien dans ses années soixante-dix. On avait envie d’habiter les maquettes et même les dossiers des technocrates de l’agence, pour peu qu’elle les présentât. Elle parlait de « la norme, de la non-norme comme espace-création et de l’à-côté de la norme comme lieu-concept. Rennes doit maitriser cette dialectique. Si on le fait, dans cinquante ans, on a gagné ! » Elle souriait en concluant là-dessus, avec des yeux bleus au travers de grosses lunettes d’écaille. Gwenaël Marc était rapidement tombé amoureux.
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Que trouva-t-elle chez le jeune homme ? Je n’en saurai jamais rien, se dit M. Marc. Sans aucun doute l’intuition qu’il serait un passeur, un transformateur, un innovateur fidèle. Fidèle à quoi ? À propos de ce mariage surprenant, elle répondait par l’explication du coup de foudre. La romance, « vivre par et pour le sentiment ». Personne ne la crut jusqu’à ce qu’elle accouche de Tina.
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Rennes ce soir semble une ville à la fois lourde et en suspens, comme une campagne en hiver sous un ciel orange allumant la pâle lueur du soleil parti. Subitement l’impression que rien ne nous sera donné de plus aujourd’hui. La ville est calme et ondule lentement dans son sommeil. Elle se tord, elle gonfle, elle bout là-bas comme un lac avec de la fumée sur l’eau. Autour d’elle, des torrents de phares rouge la quittent, quittent le volcan percé et coulent loin dans les alentours. La ville liquide va, déborde, envahit des zones, suinte par ses axes. Les quelques tours commencent à fléchir sous l’ombre et la chaleur, on a l’impression que seuls les habitants les font encore tenir debout. Tout va bien. Un autre verre.
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– Et oui !, crie M. Marc.
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Construire. Diriger les fluides, contenir et gérer les pressions. Couler le béton, faire circuler, attirer et retenir. Une construction que menacent toujours des flux, des courants humains et économiques, beaucoup plus difficiles à endiguer que la mer et ses vagues.
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Non !, Tina n’a sûrement pas quitté Ys ! Avec cette rue Saint-Georges un soir de juin à la lueur des bougies. Le Thabor aux premiers dimanches d’avril. Ces sacs à dos dans la gare sur lesquels bébé ses jeunes parents l’allongeaient. Cet immeuble dont Gwenaël Marc se souvient de l’érection, cet immense trou sous les Lices où il s’était fait photographié en famille, bras dessus dessous aux épaules d’une équipe de cimentiers. Photographié sous les marronniers de la place Hoche, sous l’enseigne des entrepôts Picard rue Saint-Malo. Devant l’Opéra, en face de la mairie, serrant la main de M. Hervé ; là recevant une médaille et les honneurs du préfet. Tous ces hommages, ces onze-novembre, ces huit-mai et ces cinq-août en l’honneur de la libération de la ville par Patton. Tous ces poignards élimés ou ces souvenirs joyeux encore saillants, ignorant du temps qui passe, ces regards aimants et l’éperdue bonté des gens. Tina à n’importe quel âge, vivante parmi tant de jouets, parmi tant d’occasions, prise dans les bras de ces Béninois qui avaient rénové l’école, embrassée par les femmes du Planning familial ou par telle enseignante qui lui trouvait sans flagornerie, au-delà de ce nom de famille si connu dans Rennes, quelques qualités personnelles.
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Tina est même là dans ces rapports, ces comptes-rendus, ces esquisses, ces affiches, tous ces plans de masse, de coupe ou en cavalière, les gribouillis, les cartes, dans les diagrammes et les camemberts, ces papiers qui s’entassent sur le bureau et vers lesquels se dirige maintenant M. Marc. Tout son amour de façonner la ville, son jardin, la vie. Là où Tina a grandi et a joué, et où elle doit jouer encore ce mardi, jour qu’elle décidé sans école. Et alors ? Gwenaël Marc a confiance.</p>
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<title>Rechampir, l'édition. </title>
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<p>Je comprends fort bien qu’on lui ait mordu
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la main. Lorsqu’on rencontre quelqu’un de vraiment libre,
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on se sent soudain bien nigaud avec tous ses voyages et ses projets. – Nicolas Bouvier.</p>
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<p>Ce n’est que vers dix heures ce matin que j’ai pu me faire payer de la nuit. Le travail a été fini à six heures comme prévu et la circulation a repris. Mais pour le salaire, trop de papiers s’étaient soudain révélés indispensables, parait-il, dans ce délai. Ça discutait ferme autour du guichet – une simple table de camping, alors j’ai joué des coudes. Et j’ai dit j’ai fait tant d’heures, à tel poste, alors voilà, payez-moi.
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– Ce n’est pas si simple aujourd’hui, Guillaume, qu’on m’a répondu. Tu vois, c’est un gros chantier qui commence maintenant, le Pont-Lagot. Il nous faut quelques papiers quand même.
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J’ai pris mon sac et j’ai sorti tout ce que j’avais. L’ancien contrat de travail de Promenade, la domiciliation de Judith, une autorisation de sortie de territoire, ma carte vitale. Mon permis de conduire, l’arrêté du tribunal, la loi, la Constitution, tout ça ! Mais non, les règles avaient changé. OK, laisse-moi voir un peu, me dit le gars. On te connait quand même.
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– Et comment, j’ai dit ! J’ai bossé, ils ont été contents de me trouver là. Bon, vous me payez et je m’en vais, c’est tout !
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C’est alors qu’un petit homme m’a abordé par le bras. Laisse couler, il me dit. Pourquoi on ne serait pas ensemble ? Et il s’est tourné vers le comptable :
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– Attends deux secondes, tout va s’arranger bien.
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Et il m’a pris à l’écart :
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– Je suis Nabab, salut. T’es bon toi, hein ? Je t’ai remarqué cette nuit. Alors rejoins mon petit groupe et tout va vite s’arranger tu vas voir. Tu pourras continuer à bosser sur le Pont-Lagot.
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– Pourquoi, tu es du chantier ?
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– Non, pas exactement. Je monte un groupement, tu vois ? Une coopérative, une petite affaire de travailleurs pour…
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– Au cul le communisme, au cul le syndicat !
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– Non, non, tu te trompes ! Au contraire, c’est une sorte de fédération, une solidarité adaptée aux nouvelles formes de travail. Une meilleure façon de dialoguer avec les passeurs d’ordre, de vendre au meilleur.
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– Au cul aussi ton entreprise ! J’en suis pas !
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– Tu comprends décidément pas. C’est comme ça qu’ils discutent maintenant ! C’est comme ça qu’il faut qu’on s’organise et qu’on travaille. On repère un chantier, on aborde, on négocie en force et après on s’assure la répartition. Toi et moi on est du même milieu, hein ? T’as pas de fixe ? Tu loges aussi sur les terre-pleins, non ? Donnant-donnant, et j’en obtiendrai plus pour toi. T’es intelligent. Comme moi, tout pareil. Et si on fait un bon équipage, on gagnera beaucoup plus. J’connais toutes les ficelles du travail, tu sais, tous les trucs, toutes les embrouilles. On ne me le fera plus ! Avec moi, t’auras plus de soucis !
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– Je t’arrête. Ça ne passera pas avec moi, j’aime pas les intermédiaires.
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– Et si ça se passe mal, hein ? Tu pars et c’est tout ? Tu crois que c’est aussi simple ? T’as pas d’ami, tu seras seul. Moi je facilite, tu vois ? J’ai mes entrées. Et je me vois bien avec toi, Guillaume. On est pareils je te dis.
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– Mais d’abord, comment tu sais mon nom ?
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– Hé, hé… Allez, viens.
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– Laisse-moi tranquille. Je suis peut-être con mais ton syndicat, j’appelle cela de la mafia. C’est rétrograde.
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– Ben mince, alors ! Comment ça rétrograde ? Tu sors d’où bonhomme ? C’est plutôt à la pointe comme système ! Partout en Europe ça se passe comme ça. En Italie, en Autriche aussi ils ont la technique. Bientôt en Allemagne, en Algérie, dans l’Australie et tout ça. Tiens, moi qui revient de Hongrie…
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– Et bien retournes-y. Je viens de Promenade, moi. J’ai pas besoin de tes services. Salut !
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Et je suis parti en lui clouant le bec comme ça. Je n’ai même pas cherché à me faire payer. Mais le comptable m’a rattrapé après et il m’a donné mon salaire. « Tu sais, ça change. » Quand ça arrange, vous savez faire, j’ai conclu, et l’autre, là ? – Bah , que veux-tu…
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« La solidarité n’existe plus » m’a dit un jour un ami, Jacques, qu’est costaud sur ces questions. C’est vrai. C’est presque plus facile de penser aux Chinois qu’à son voisin de travail. Tant mieux en un sens, tu vois Maghlout ?, on est libre aujourd’hui de choisir ses amis au moins. Voilà, maintenant je vis comme ça.
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Ma maison est blanche. Un camping-car parmi des caravanes, tous garés sur ce terrain au bord de la rocade. Le soir, lorsque je reviens chez moi, la bretelle de l’autoroute surplombe le camp un bref moment. Je vois ces cubes blanc cru sous le petit ciel orange des lampadaires. Des jouets qui ne seront jamais peints et qu’une main d’enfant aurait disposé là en cercle, en rangées, en colonne. Un enfant préfère construire le jeu et souvent le délaisse ensuite. C’est dans la tête qu’un enfant joue et moi je vis dans la tête d’un enfant qui joue.
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Les villages anciens avec leurs toits gris, groupés autour de l’église, des deux écoles, du monument, du jeu de boules, du cimetière et des trois ou quatre bars, tout est oublié. Rien de tout cela chez nous. Une forme changeante, coulante, un flux. <em>Here today, gone tomorrow=</em>. Alors je range mon camion parmi les mobiles et les caravanes des femmes tatouées, des barbus et parmi ceux que les gens appellent les manouches – par manque de mots. Ils collent ce mot-là sur tous ceux qui voyagent, qui parasitent, les sans-attache, les traitres, les aboule-fric, les hors-sens, les demeurant-partout.
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Qu’importe si j’en suis pour les gens : ils ne sont pas les gens.
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Moi je suis un prédateur. Je suis redevenu un prédateur après la fermeture de Promenade. Je suis redevenu celui qu’étaient les gens avant. Je suis la vie, je m’en nourris, je ne la lâche pas. Quand le travail est là, je le suce. Quand il s’enfuit, je le piste vaguement, il n’est qu’une nourriture et je peux rester sans manger longtemps ! Je suis maintenant redevenu un nomade. Je n’ai plus de notion de lieu ni de fidélité. Comme la grande majorité du monde entier, nous ne vivrons pas l’avenir de nos pères ! Eux nos pères et nos mères, leur bonne et leur mauvaise foi se sont conjuguées pour nous préparer un monde mauvais. Nous y vivrons, oui ! Mais rien de ce qui les passionnaient ou de ce qui les divisaient n’a plus aucune prise sur nous. Nous sommes maintenant bien lisses aux idées. L’origine, l’histoire, la famille, le figé, tout cela n’a plus aucune réalité. Tant pis pour eux. Tout ça s’est effondré, tout ça s’évapore. Maintenant, on est des toujours-partis.
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Alors autour des villes construites en dur pour durer alors que tout change et que rien ne perdure, nous habiterons sur les trottoirs, les terre-pleins, les zébras, les rond-points, les parkings et les bretelles, sur toute la terre qu’ils ont bien involontairement laissée libre. C’est de là qu’on peut repartir plus vite vers les autres zones franches. Étrange vocabulaire, n’est-ce pas Maghlout l’immigré ? Je serai celui qui brûlera le dernier litre de pétrole pour aller ailleurs, dans un nouveau monde, à l’abri, <em>an air-conditionned gypsy=</em>…
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=sep=
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– OK, philosophe. Parle-moi de Tina maintenant.
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– Quand je suis rentré ce matin, elle avait grimpé sur le toit de mon camion. Elle m’a dit coucou !, elle avait bien dormi dans mon nid. Elle a repris les jumelles. Qu’a-t-elle vu ? La voie d’accès à Villejean, peut-être le ruisseau du Pont-Lagot, sans doute le lycée agricole de la Lande du Breil. Viens voir, là.
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Puis elle est repartie. Elle a promis de me revoir, elle a pris mon numéro et que si elle avait besoin d’un taxi, a-t-elle dit… Je ne sais pas si je vais rester là, lui ai-je répondu. Justement elle a dit. On verra… Et ton Davis, Maghlout, il va m’en vouloir de l’avoir laissée partir ? Il n’a qu’à se déplacer lui-même !
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– Non, je marche à sa place. C’est facile pour moi, pas pour lui. Crois-tu qu’elle veuille vraiment partir loin ? T’as t-elle dit où elle allait ?
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– Les adieux ont été simples. Elle m’a dit « Au revoir camion. » Je ne crois pas qu’elle va s’en aller de suite. Peut-être elle va rentrer. Peut-être quand même elle va partir.
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– Je ne suis pas avancé avec ça.
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– Écoute. Oui c’est vrai, on a causé pas mal encore ce matin. Je voulais finalement en savoir plus sur cette gosse. Ce qu’elle voulait. Et puis, un enfant c’est un enfant, hein ? On est obligé de faire attention. Mais j’ai envie de te laisser dans l’indécision comme je le suis, moi. Je lui ai donné mon numéro, alors qu’elle n’a plus de téléphone ! Inch Allah ! Elle décidera. Tout le monde a une histoire, n’est-ce pas Maghlout ? Bien sûr, oui ! Mais j’ai cru jusque tard ce matin qu’elle n’en avait pas. Je me suis trompé longtemps sur son compte mais elle a vécu elle aussi des heures et des jours. Comme moi, comme toi qu’est vieux et comme tous les autres ! C’est là qu’elle m’a ému, tu vois ? Tu diras ça à Davis. Chaque putain de seconde qui passe, pour qui que ce soit, c’est de l’histoire. Pour moi, pour Martin, pour toi ou Davis, pour Judith aussi – ma copine que je ne vois plus. Une fois chaque seconde passée, elle devient un mystère. Des interrogations, des conversations et parfois hélas un passé qui pèse. Mais un moteur aussi : Tina est venue dans mon camion. Tu as croisé Martin, tu viens me voir, tu me parles de Davis, j’ai l’impression que tout le monde est là ! Depuis que j’ai croisé Tina, je pense qu’il faut faire un peu plus attention aux autres, à ceux que l’on rencontre. C’est idiot, hein ? Je l’aime bien cette gosse. Je lui ai donné de l’argent, j’ai cru la protéger.
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Bon, de toi, elle n’a rien à craindre. Elle est partie par là, au sud, elle va continuer son tour. Avec un peu de chance, tu la rattrapes ce soir. Couvre-toi, ils annoncent de la pluie !</p>
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