manips conseillées par Mistral. Ai-je dit précédemment que j'avais inversé et traduit l'affichage de Previous/Next ?
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title: Martin, au bout de la cigarette
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date: 2021-02-02
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Oui, bien sûr, il y a eu un premier soir. Mais on ne le sait pas. Ce soir devient le premier parce qu'il y en a eu d'autres après, un deuxième, un troisième. Après, les soirs font vite la semaine et bientôt tu perds le compte, tout a changé. D'autres habitudes se mettent en place, celle par exemple de téléphoner « je rentre. » Ça fait quinze jours ou trois semaines. Tu arrives, tu poses ton sac dans l'entrée et pas directement dans la chambre. T'es comme un invité. Tu programmes la machine à laver, tu laisses dans un coin du frigo ton casse-croûte pour le dimanche soir, quand tu repartiras avec le linge sec.
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Tu ne rentres pas chez toi, tu vas voir ta femme et tes enfants qui habitent une maison où la vie s'est organisée sans toi. Il y a pourtant des moments délicieux ces jours-là, crois-moi ! On se retrouve, on joue, on s'aime. Mais quand même, le cœur se pince. Et puis avec l'habitude, il ne pince plus autant.
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Alors oui, il y a eu des premiers soirs. Peut-être un de ceux où tu fumes une cigarette dehors dans le jardin. Il commence à faire vraiment nuit. Les nuages s'amassent mais laissent encore voir la lune. Il pleuvra demain, alors la lune est belle à prendre comme un cadeau. Un tout petit morceau d'exceptionnel et aussi une permanence, elle qui survivra aux nuages et à la pluie. On se dit je pourrais partir maintenant. Là, tout de suite. Tu es à trois mètres de la porte de la maison et tout près du portail. Tout glisse comme ça, tu es déjà parti. Voilà. De toutes petites choses.
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Mais il y a aussi un appel immense et permanent à prendre la route, depuis longtemps tu le sais ! On baigne dedans, on le respire avec l'air, et puis soudain une émotion submerge. Face à la mer, à l'horizon, dans une photo, à l'intérieur d'une musique, dans la phrase d'un livre, au bout d'une cigarette. C'est l'oxygène, la liberté qui nous montre de quoi on dépend, de ce à quoi on a dit oui. La liberté nous dit ce qui nous fixe. Rares sont ceux qui savent faire les bons nœuds d'attache.
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Moi, je me dit que la fin de l'usine a coupé tout. Mais ce n'est pas entièrement vrai sans doute. J'avais déjà répondu à l'appel du monde. Et si tu ne retournais pas au travail demain ? Qu'est-ce que ça changerait ? Pour qui finalement ? Il y a mille autres façons de passer son temps, d'aimer et de vivre. J'ai beaucoup discuté de tout ça avec Guillaume. Et nous voilà partis.
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