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title: La vitrine éclatée ou comment monsieur Bazeilles fit son entrée dans la littérature
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> *Je suis certain de la chute de toutes les fictions dans
> lesquelles nous avons vécu jusquà ce jour.*
> Cioran
(Afrique coloniale française, 1957.)
Marcel Proust et Hugo, en leur Pléiade, bouchaient la fenêtre des WC derrière le comptoir. Des piles de livres de poche protégeaient un peu la partie neuve de la Librairie Parisienne qui avait résisté à lobus de mortier, hier en fin daprès-midi. Une bonne partie de la nuit, la pluie avait passé par le trou et battu le parquet. Et puis, des hyènes étaient venues renifler le papier mouillé.
On avait mal dormi.
Un petit détachement de militaires passa tôt après laube. On fit du café et la discussion soulagea ceux qui avaient passé la nuit dans la librairie : Mme Juliette Bazeilles (la femme de monsieur Bazeilles, libraire, dont on navait plus de nouvelles depuis avant-hier), Mlle Couves la caissière tant aimée des clients vieux jeu, Albert et Moi, les deux manutentionnaires et enfin M. Fernand Balma, le commercial-comptable de la petite entreprise. Les quelques tirs de mortier de ces derniers jours laissaient perplexes. Isolés, sans stratégie évidente, ils nen étaient pas moins inquiétants. Était-ce une alerte prise au sérieux, quels ordres avait la troupe et comment allait Mme la Générale ?
Le sergent ne voulut rien dire. Il ne rassura pas.
Durant la matinée, les trois hommes de la Librairie Parisienne dressèrent de nouveaux murs de livres. Les illustrés avaient été placés en bardage contre les collections de petit format, tenues par des bandes adhésives de colis. Tout le stock et nimporte quel auteur étaient employés, au même titre que les écritures comptables : le muret et les hâtives défenses dhier avaient été en quelque sorte maçonnés, avec cependant une meurtrière par où lantique tromblon de M. Bazeilles, quil tenait de son arrière-grand-père qui avait fait 70 avec les troupes de marine (*la Coloniale, nom de Dieu !*), pouvait être mis en batterie. Mais personne ne savait le charger. Un militaire le fit tout en recommandant de sapprocher le moins possible de cette source dexplosion.
On avait par ailleurs placé deux grandes armoires de côté pour que Mme Juliette et Mlle Couves puissent dormir un peu la nuit suivante. La troupe se serrerait sous le bureau qui ferait une bonne casemate. Le reste du mobilier épaulait la muraille de livres et formait une barricade côté remise. Car quelquun avait fait remarquer quil ny avait aucune raison sûre à norienter la défense que sur la vitrine et la porte : les assaillants nauraient peut-être pas la politesse dentrer par là et ils pouvaient aussi bien passer par derrière.
À quelle heure viendraient-ils ces rubénistes ? Par où descendraient-ils en ville ?
Et reverrait-on M. Bazeilles ?
À midi, Mlle Couves alla chercher des provisions chez les uns et chez les autres. Tout le monde avait décidé de tenir la librairie aux côtés de Mme Bazeilles. Fernand Balma se permit douvrir une bouteille pour le repas.
Mlle Couves rapporta que le grand débat dans la colonie portait sur lheure de lattaque : laprès-midi ou bien en pleine nuit ? Il nétait pas facile de distinguer dans lagitation, certes un peu inhabituelle, ce qui relevait sûrement de linsurrection proche. Néanmoins, des signes avant-couraient, cétait sûr : le Casse-Figure par exemple, un théâtre situé à une centaine de mètres seulement et devant lequel Mlle Couves était passée en courant sous les invites les plus diverses, était déjà ouvert à midi, ce qui était exceptionnel. Des « assemblées générales » sy enchaînaient depuis des jours, on y faisait table ouverte semblait-il pour les indépendantistes. Cétait à lévidence un poste avancé de la rébellion seule la police semble lignorer !, clama Albert. Si ça se trouve, le pétard avait bien pu venir de par là-bas…
On en était là lorsquune silhouette se présenta à côté de la porte, ses semelles faisant crisser les débris de verre de la vitrine. Le monsieur ouvrit néanmoins le cadre vide de la porte, et fit ainsi tinter la petite clochette. Il ôta son chapeau mou.
Monsieur ?
Eh bien, je viens… Enfin, est-ce maintenu ?
Mais, quel jour sommes-nous donc ?, lança Mme Juliette.
Mercredi, lui fut-il répondu.
Le jour du salon ! Le salon littéraire qui se tenait chaque mois à la Librairie Parisienne.
Mais bien sûr, entrez !
Mme Juliette avait réagi sans réfléchir, avec une évidente candeur et sans convenance. Elle avait le caractère un peu bête de la commerçante de luxe (car elle sétait persuadée que vendre des livres était un commerce de luxe) : ce ne seraient pas ces petits événements qui empêcheraient la tenue du salon littéraire de la principale librairie européenne de la ville. Et cela une fois dit, un peu en lair, de la fierté doucement nationale, un peu chrétienne et saint-cyriste (un retour de sa famille en labsence de son époux de libraire) lui fit tenir bon cette résolution. Le salon aurait lieu aujourdhui, presque-noblesse oblige.
On y tint comme dhabitude des propos littéraires.
Les assiégés discutèrent ce jour-là du dernier livre de M. de Richaud, *LÉtrange visiteur*, ainsi que de on ne sait plus qui, tant on se félicita de la pertinence des interventions du jour. Car en secret, chaque habitué poursuivait pendant le salon (mais surtout avant et, pire, après) le Graal de la Lecture : aboutir à rien de moins, en somme, que le *prière dinsérer* parfait. Celui qui scellerait à jamais la postérité du livre, celui que léditeur lui-même jalouserait, celui que reprendraient sans en changer une virgule les journaux de France si jamais le propos sortait un jour du cercle de la petite société de ce mercredi colonial. Pour les professeurs, cas à part, le but de lexercice était de parvenir à montrer lhorlogerie et le ressort du texte grâce à lagencement soigneusement ajusté de théories, celles-ci importées la veille tout juste de Métropole ou de Berlin.
Du monde entier, on nen parlait pas. Sans doute par manque de temps.
Lhomme au chapeau mou, un dénommé M. Léonard, savéra plutôt timide mais sans affectation. Son intervention sur le *Pays où lon narrive jamais*, ou même sa connaissance de la revue *Caliban* dévoilèrent un lecteur averti et sensible. À noter que Albert et Moi participèrent pour la première fois au salon littéraire de la librairie. Mme Juliette était plutôt fière de leur avoir dit de rester. Elle tint également à préparer elle-même le thé.
Laprès-midi finissait. M. Léonard sen alla en assurant quil reviendrait une prochaine fois. La nuit et donc lattaque cette fois sannonçaient bel et bien maintenant que le salon était clos. Lheure redoutée ne pouvait clairement plus être tenue loin des esprits. On ne distinguait quà peine lautre côté du boulevard. Seuls les chants et les exclamations provenant du Casse-Figure situé dans une rue perpendiculaire au boulevard faisaient que chacun, malgré lui, se disait : « Il reste encore un peu de temps. Le silence annoncera larrivée des rebelles. »
Mais entend-on le silence ?
Le Casse-Figure faisait rire, encore. Aujourdhui comme les autres jours. Pour combien de temps, pour combien dheures ? Son propriétaire, Aimé Beat-Beat, lavait appelé ainsi parce que, nétant pas à son coup dessai, il savait bien quun lieu aussi désordonné ne pouvait que lui apporter des ennuis à court terme. Cette poussée de fièvre populaire passerait elle aussi ; il y aurait des rétorsions. La petite affaire sy « casserait la gueule », doù le nom.
Le café-théâtre était en tôle derrière la façade. Lorsquil ny avait pas de spectacle sur la scène, on limprovisait aux tables en buvant beaucoup. Et, lorsquil y avait spectacle sur la scène, on buvait beaucoup quand même. Les amuseurs et les artistes sy donnaient le tour. On y jouait des saynètes ouvertement anti-blancs, on y débattait de laprès-départ, on y cassait du colonel, du ministre et du gouverneur. Limpertinence irait forcément aux limites du toléré, et ce sous peu. Mais les habitués riaient et le chamboule-tout continuait. Même, sous le défouloir et la caricature, certains sérieux y trouvaient sérieusement de quoi espérer car, en fin de compte, ça tenait mais les gens tristes et sérieux trouvent toujours de quoi ne pas rire. Seuls les adeptes de la dérision, dont Aimé Beat-Beat faisait lui-même partie dailleurs, nattendaient que plaisir de ce Casse-Figure sans avenir.
Ainsi donc, les clameurs du monde sécrasent ce soir contre la muraille de livres de la Parisienne.
La nuit est venue, sans aucun partisan sous son aile. Les agitateurs improvisés du Casse-Figure, repus, gorgés de discours aussi définitifs que des *quat de couv* ont renoncé à rameuter la populace. Il sont rentrés chez eux en attendant une occasion plus marquée. Seul le vin aura coulé, il ny aura pas de révolte cette nuit : lobus de mortier restera sans descendance.
Aimé Beat-Beat a réuni autour de lui ses amis proches et ils sont partis sur le fleuve. Que ce soit ce soir ou demain na que peu dimportance pour eux. Ils anticipent chaque jour de leur vie le grand éclat de rire qui engloutira tout. La douceur de la nuit les enveloppe. Cette nuit qui passe sans trouble. Tout revient à lordre et M. Bazeilles sen retourne chez lui.
Cest le petit matin.
Les rues sont vides.
Monsieur Bazeilles sarrête à lentrée du boulevard. Il regarde de loin sa libraire éventrée, ouverte au vent. Un saccage, triste comme un jouet cassé. Quelque chose dinutile dans le reste qui tourne et qui avance. Un frisson saisit le libraire. Il serre contre lui le numéro du *Magazine* où enfin il a pu placer une critique du *Pauvre Christ de Bomba* et lévocation, en un court article passionné, de ceux que M. Bazeilles aime, ceux avec qui il a décidé de refaire sa vie : les petits jeunes noirs du Casse-Figure qui écrivent leur temps.
Ils écrivent leur temps et le monde entier aussi.
Ils savent rire. Sindigner, voir la grande dérision, pleurer. Et rire.La Librairie Parisienne va doubler le mauvais cap. Elle saura, grâce à lui, diffuser toutes ces nouvelles voix qui mettent à terre les anciennes fictions, celles qui font quon roule encore sur de vieux schémas. M. Bazeilles sengage dans le boulevard et sarrête à lendroit où il y a du verre sur le trottoir : il jauge de quelques longs regards étonnés limpact de lobus. Cest impressionnant. Il ny croyait pas vraiment lorsquil avait tiré dun coup sec la ficelle du mortier, il y a deux jours. Une telle précision ! Des dégâts impeccables ! Les jeunes canonniers, quil avait pris pour des gais-lurons, eh bien cétaient des experts : M. Bazeilles a devant lui sa vitrine éclatée exactement comme il la souhaitait.
Plein dentrain, il pousse la porte imaginaire de sa nouvelle vie. La petite clochette retentit lugubrement.
Toutes les lampes du magasin sallumèrent. M. Bazeilles vit avec stupeur le camp retranché. Il tenta de se protéger la tête avec le pauvre magazine. De derrière une pile de livres scolaires, Mme Juliette mit en route le tromblon de laieul et, miracle, après quelques secondes, le coup parti. M. Bazeilles, blessé au ventre, chancela et saccouda sur les livres empilés. Ça faisait mal, subitement. De plus en plus mal. Son sang gouttait rapidement, il maculait des Guilloux et des Beti. Grenat sombre sur les couvertures mais rouge brillant sur la blancheur des pages quand il sinsinuait dans lépaisseur des livres, le sang était bu peu à peu.
Et voilà comment M. Bazeilles fit son entrée *dans* la littérature.

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title: Tuer le père
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Célébrer le scooter, chanter du rock'n'roll. Se mettre propre, sur soi, se saper *sharp*. Choisir une guitare brillante, une caisse flashy et un micro inox. Pour les paroles, trouver les mots qui riment avec Elvis. Puis tous les synonymes de pénis. Jouer du calembour et, « Presse-les ! » dans le pantalon, enjoindre les garçons à bousculer les filles qui n'attendent, parait-il, que ça. Rêver plus que vivre, marcher toujours comme à Memphis, droit et roulé. Fumer de la frime. Évoluer parmi les posters et les pochettes. Ne jamais casser les miroirs, garder de près les flatteurs, virer les autres de son nuage. Vivoter le reste du temps. Risquer de misérables coups dans de misérables rixes, maintenir un semblant de banane sous le bonnet, à l'usine. Pour gagner un peu de fric, une autre bagarre. Cacher ses tatouages, cirer ses pompes le jeudi et manger souvent de la Mousline. *Merde, quelle merde ce fut*... Le sexe toujours après les bières, l'anglais braillé à tue-tête sans y comprendre quoi que soit d'autre que la provoc' et l'idée de baiser plus qu'à son tour l'idée seulement et le mime sur scène.
*Bon sang*... Je n'ai aucun mal à mettre des mots durs sur tout ça. À l'époque, avec les copains, j'aurais déjà cogné sur le clapet d'un mec qui se serait permis d'en dire la moitié. Un peu de sang collait bien à notre image, on trouvait. Sauf à Paris quand on y montait rêver aux bécanes, claquer nos thunes dans les blousons et de la fringue, baver aux disques d'import. Là, nous rasions les murs : nous étions des minets pour les cats de Paname, fallait faire gaffe aux rencontres. Aller à Londres, ça c'était le rêve. Avant le paradis, un jour, d'aller en Amérique !
J'irai jamais en Amérique. J'irai pas au paradis. J'ai trop croisé de putes dans ma vie pour me laisser une chance sauf toi mon ange. J'ai trop croisé de fils de putes et moi je croyais qu'au rock'n'roll, enfin je croyais que ce qu'il disait était vrai. Juste et vrai. Je le crois encore mais autour de moi tout le monde triche. On truque le monde et on truque le rock'n'roll, c'est pareil. Oui, c'est pareil ! Ne pas respecter une illusion, alors que le monde n'est qu'une vaste blague triste, c'est pas *straight*, c'est pas recta. Bon, en même temps, c'est comme ça, faut s'y faire. Enfin, j'aurais pu ou dû m'y faire, hein ? Mais non.
Maintenant je t'écris, ma fille. C'est possible que ce soit la dernière fois, mon ange. J'écume, j'ai la gorge sèche, tout m'est refusé. À part crever. Là, à l'infirmerie et ça n'est pas la *Saint James*, je t'assure. Bon, c'est comme ça comme je te disais, mais cette fois il faut que je m'y fasse. Vraiment.
Tu sais que j'ai chanté encore l'autre soir ? Avec le groupe des Tocards, ici. J'ai repris une des chansons d'oncle Didier, en souvenir de lui. Ce n'est pas moi qui tenait la guitare, je chantais juste. Ça valait l'hommage, au vieux tatoué ! J'ai eu plus de chance que lui. Lui a pris l'héroïne, sans appuyer sur pause, moi j'ai eu la chance d'avoir de temps en temps une dose de prison pour me sevrer de temps en temps des amphés et tout ça. (Touche pas à l'héro, bébé soit heureuse, éclate-toi mais touche pas à ça. Ni dieu ni maitre, *ni héro ni héros*.) Mais cette fois je suis crevé. C'est finalement arrivé. Mon sang suit plus, les trois thérapies non plus, les muses m'abandonnent sept fois. Aucune maladie n'est plus rock'n'roll que l'autre. J'aurai pas de crise cardiaque sur scène, j'aurai pas de crise fatale de foie. Juste plus d'immunité et un bon cancer. Cette maladie-là, toute conne et toute prolétaire, c'est la mienne. J'y crois, j'en fais mon rock. Elle ne triche pas trop. Moi non plus je ne triche pas (tu sais que je suis aussi Cash que Johnny :)
Daniela, écoute-moi, déconne pas, promets-le moi : tout l'argent que tu as gagné avec ta chanson, dépense-le mais fais-en du concret, achète autre chose que des copains ou des trucs malsains. Les copains, c'est gratuit, la vie, non. Tout comme, disons, un braquage : l'adrénaline, le dévouement, l'action, l'argent qui passe de main en main, ok. Les copains qui t'aident ou ceux qui te mettent en retraite, ok aussi. La bagnole, la maison, manger, les factures, l'alcool et les gosses... Bon, bref.
T'as dû en gagner plein d'argent, non ? Ça m'avait fait tant de plaisir le jour où les collègues de cellule m'ont dit
Hé, on entendu *Daniela*, ça passe en boucle, dehors. Daniela, c'est bien ta fille, hein ?
Ah ouais ?, j'ai dit. Je le croyais pas.
Ben écoute, ta fille elle a l'air sociable et... *cool*.
Mais j'ai jamais pu l'entendre bien correctement ta chanson, Daniela, excuse-moi, je suis désolé, navré. Une fois, ils me l'ont fait écouter mais c'était en fond, un peu de loin... Mitterand passait encore à la télé, on regardait tous et alors Fred a crié, je m'en souviens
Écoute ça, Rocky. Elle est mieux que Piper Alpha ta Daniela !
J'ai pas tout compris, c'était tard le soir et j'étais naze. Il faut comprendre la vie de ton père depuis un an. La radio, maintenant pour moi, c'est soit celle des matons, soit celle des poumons tu comprends ? J'ai pas bien saisi mais je crois que tu avais une belle voix : est-ce toi qui chantait ou un copain ?
J'espère que tu as d'autres chansons encore à passer à la radio. Ou que tu prépares un nouveau disque. Avec ces musiciens j'espère. Parce que tu sais, en musique, faut être fidèle à ses musiciens, à ses copains, à sa bande. Il faut créer son monde. L'imposer aux autres cons. Que ça n'ait pas marché pour moi, ce n'est pas une preuve. Il faut aller de l'avant. Rappelle-toi, toujours droit devant. Comme le rock'n'roll. Aller vite.
Ta mère elle courait. Je n'ai même jamais su me tenir à sa hauteur. Elle a fait tout très vite, m'avoir, t'avoir, s'avoir et les avoir tous en fin de compte ses crédit-débiteurs. Moi je ne lui en veux aucunement, note-le bien. Elle était sur la route, tu vois ?, et j'y étais aussi. Tu y est née, c'est le destin. On nait toujours sur une certaine route. Aux carrefours, on bifurque, on fait des rencontres, on *pactise*. Après on jouit et on finit tous à Memphis à ce qu'il parait. Ou dans le désert, parmi les pelles mécaniques comme dit un autre chanson. Moi je serai bientôt avec Elvis. Je souhaite que ce soit pareil pour toi.
Bon, Daniela, voilà que je chiale. C'est con, mais... Ce n'est pas ça l'important, Daniela l'important c'est que le rock'n'roll est romantique. Voilà, c'est dit. C'est écrit même. Je le comprend là, maintenant, je ne sais pas trop pourquoi. Mais si ça doit être ma dernière parole, hé bien je suis volontaire
*Be romantic, Daniela*.
Ton père.
{{<image float="center" width="20em" frame="true" caption="Couverture du recueil *Bonnes Nouvelles*" src="images/9782376540250.png">}}

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title: Le caisson clos
date: 2005-06-06
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Dans laprès-midi du 3 juin 1941, sur Meadow Beach, Arthur Landon voit venir à lui un officier de larmée japonaise qui, en français, lui dit :
Mes hommes vont faire un exercice de débarquement, ici.
Et, désignant lintérieur immédiat du rivage :
Et un peu plus loin aussi. Autour de votre maison. Y voyez-vous un inconvénient ?
Arthur Landon est un homme désœuvré depuis linvasion de larchipel.
Non, allez-y.
Lofficier séloigne. Le Français reste debout, les mains dans les poches. Tandis quil jette un œil sur Beauséjour, sa villa en pierre, il entend les moteurs. Dans la mer bleue et calme, un blindé, un canot et une barge de débarquement sont lancés à toute vitesse vers la plage. La barge se détache en tête et vient rouler sur la dune, là où Meadow Beach est la plus étroite. Plusieurs hommes en bondissent et, de la porte avant, sort un camion. Le blindé et le canot les rejoignent. Tandis que la petite troupe sorganise, Arthur Landon remonte vers sa maison, villa depuis trois mois sur un rythme de vacances : ses deux filles ne vont plus à lécole, sa femme sabsente fréquemment. Il pousse la lourde porte, la laisse ouverte et reste dans lentrée. Lépoque est en sursis. Secrétaire dun Bureau qui a dû fermer ses portes, Arthur Landon na plus rien de particulier à faire. Il attend.
Le camion sarrête devant la maison et trois soldats en descendent, traînant des caisses. Ce sont des Birmans : leur crâne est rasé très lisse, avec une longue tresse de cheveux noire. Des tatouages se devinent sur les avant-bras. Leur uniforme est jaune crotte-de-chien, jaune malade, mal ajusté. Arthur Landon pense quil sagit dun groupe de mercenaires que lofficier entraîne, pas de larmée régulière japonaise. Il regrette un instant sa nonchalance.
Des caisses sont sortis six fusils que ces Birmans équipent consciencieusement de baïonnettes.
Lofficier sest approché dArthur Landon, comme si des explications étaient nécessaires.
Je les équipe de deux fusils chacun. Et par très petits groupes, pour faire ça bien.
Landon ne pense pas à lui demander lavantage de la méthode, ni ce que sont devenus ceux qui conduisaient les engins ou que va faire le tank. Mais il se dit que cet exercice est mené étrangement. Les Birmans rangent les caisses et se partagent des grenades. Cela fait, ils suivent leur chef vers la cuisine dont une porte donne sur le jardin. Le maître des lieux les voit senfoncer dans les herbes hautes.
Puis, lorsquil ne les voit plus, il entend quelques ordres et quelques phrases lancées ici ou là dans la broussaille. Le silence a repris son domaine.
À Élisabeth sa femme qui descend lescalier, il dit d'appeler la petite Marion et de rester avec Lise, laînée, dans la salle à manger. Le temps quils sen aillent, dit-il sans plus de précisions. En y repensant, il trouve ces soldats brusques et patibulaires.
Mais Élisabeth lui annonce quelle doit sortir.
Jemmène Marion avec moi, lui concède-t-elle.
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Un peu plus tard, Arthur est dans le salon. Dans le jardin, Caboulot le chat sort brusquement par le haut des herbes, faisant le gros dos. Les omoplates sorties démesurément, les poils du dos hérissés complètement, Caboulot siffle bruyamment. Arthur interpelle Élisabeth, prête à sortir :
Viens voir !
Mais aux pieds du chat se dresse lentement un Birman, le fusil pointé sur lanimal. Arthur entrouvre alors rapidement la porte fenêtre et appelle discrètement son chat. Caboulot se faufile et Arthur, dans sa précipitation, manque de lui coincer la patte sur son passage. Le chat sétend, la porte fenêtre est fermée cette fois. Élisabeth sort par lentrée avec un simple au-revoir. Caboulot se calme lorsque Arthur lui dépose, sur les trois marches pompeuses de lentrée, sa gamelle remplie. Le domaine est à nouveau calme et Arthur Landon retourne dans le salon. Il sassoupit peut-être devant la bibliothèque ou le piano. Un chat vient se blottir à ses pieds, cest le gros roux des voisins. Arthur se lève, passe dans lentrée où sont trois chats qui se battent pour la gamelle de Caboulot. Le chat de la maison est mis à lécart. Tandis que le gros chat roux se régale, un petit noir et blanc coince Caboulot sur les premières marches de lescalier. Un autre a gravi à moitié lescalier, un autre encore file dans la salle à manger. Sans doute que la porte de la cuisine donnant sur le jardin est ouverte. Arthur Landon ne sait que faire, il ne peut pas faire la police entre les chats. Il aperçoit Lise qui dessine sagement à la table de la salle à manger. Il passe dans son dos, rejoint la cuisine et ferme la porte donnant sur le jardin, doù sont certainement entrés les chats, mais où tout semble calme désormais. Par larrière-cuisine, il revient au salon.
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Ah, oui !, lélectricité. Est-ce Élisabeth qui lui en a parlé ou bien est-ce lui-même qui a appelé le réparateur ? Il ne sait plus. Lhomme est là, avec ses outils. La maison a sa vie propre. Des lampes grésillent et séteignent presque, cela crée de curieux effets. Quelle heure est-il ? Arthur essaye de se repérer mais la lumière du jour nest pas franche dans lentrée.
Lélectricien referme un tableau dans le salon et, répondant sans doute au regard perdu dArthur Landon, il sapproche de lui, tirant de la poche de son pantalon un plan plié maintes fois. Il lui explique.
Voilà : le circuit principal vient de la cuisine, passe ici le long de larrière, passe au salon et repart vers la salle à manger. Forcément le problème est vers ici, quelque part dans lentrée. Doit y avoir un tableau par là, vous voyez ?
Et déjà le gars démonte un placage de bois, Arthur ne se rend compte quaujourdhui que ce panneau était tenu par des vis des années pourtant quil vit ici, sans les avoir vues. Lélectricien a laissé le plan à Arthur Landon. Celui-ci le déplie devant lui : cest vieux, mais ça ressemble effectivement à Beauséjour, la maison quun riche Français a construit sur cet îlot selon le modèle bourgeois du XIXe siècle. Il y a lépaisseur des murs, les courbures de lescalier central, le grand espace de la cuisine et tous les circuits électriques qui y mènent. Il y a aussi les conduits des cheminées, le faux couloir vers le salon quon appelle arrière-cuisine, lentrée monumentale avec ses trois marches inutiles qui absorbe pratiquement un bon quart du rez-de-chaussée. Et entre cette entrée et larrière-cuisine, au plein cœur du bâtiment sur le plan, une zone hachurée marquée « G.G », se superposant à lescalier vers les caves.
« Tiens, cest vrai, le caisson G.G !, pense Arthur. Pourquoi l'a-t-on appelé ainsi, déjà ? » Cela date de leur arrivée sur Meadow Beach et des premières semaines, délicieuses, de la vie ici. Et cet espace mystérieux entre larrière-cuisine, lentrée et le salon, au-dessus de lescalier menant à la cave et continuant sous les larges marches menant aux étages, ils en avaient estimé la taille, écouté lécho en tapant du poing ou du plat de la main, sans jamais découvrir une trappe permettant dy accéder, au moins dy jeter un œil.
Pendant que Landon contemple ce plan, lélectricien a depuis longtemps ouvert le panneau de bois et il teste des câbles anciens, enroulés dans du tissu ignifuge et plein de poussière. De nouveau, des sautes dans léclairage.
Il y avait donc bien un accès à cet espace. G.G, vague référence à Jules Verne, à Gaston Leroux ou bien encore à Gustave Lerouge, Arthur ne se souvient plus exactement. Une histoire dexplorateurs partant sur un trois-mâts des glaces… Lui et Élisabeth étaient passés rapidement ensuite à autre chose et le mystère du caisson clos restait entier.
Le réparateur abaisse à plusieurs reprises le levier à main dun gros interrupteur. Le courant stoppe tout à fait et laisse entrer dans la maison une pâle lueur diluée, indistincte. Arthur regarde le panneau démonté et les câbles. Dégoutté de ce quil prend pour des entrailles vieillottes, il passe dans la salle à manger.
Ma chérie, dit-il à Lise, il est déjà 6 heures et quart et…
Mais alors il titube un instant et lit soudain sur la pendule midi moins le quart : « Jhallucine, ce nest pas possible… ». Mais quelle heure est-il donc ? Il pense à lélectricien et à son interrupteur. Il balbutie en sexcusant :
Quest-ce que… Je ne sais plus : est-on le midi ou est-on le soir ?
Cela le force à réfléchir un instant. La réponse est forcément liée à la zone hachurée et marquée « G.G » sur le plan … Il revient dans la cuisine, étant incapable de supporter cette *interrogation=* du caisson clos devant sa fille Lise.
Il lentend elle qui lui répond dun ton tranquille, avec peut-être une teinte de reproche :
Cest à toi de décider.
3-6 juin 2005, Santarém.

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title: Amour, autres fleuves
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Volgas, Volgas trop joyeuses
Mékongs aux flots jaunes
Distants Yang-Tsé-Kiang
Noires Mozambiques
Que trop d'années me séparent de vous, exotiques
Vous, saints Nazaire, veillez sur nous, pauvres estuaires
Lacs Victoria, pauvres égards, Rhin industriel
Nançon, Nançon maintenant
Nançon qui mit le Mont
Amours, autres fleuves qui coulez en ma triste mémoire
Dniepr, Dniepr, imprononçables crues
Eaux qui bercez ma triste plume
Eaux qui charriez mes tristes heures
Vous suivez la courbure de la Terre
Vous, Nigers fiers
Abel Gange, Abel Gange, mes larges méandres sont pour vous souvenirs
Vos sources, vos deltas, je n'en veux retenir
ni vos Camargues heureuses, ni vos estuaires boueuses
Mais Danubes, Danubes, vos crues impétueuses
Ô, Ienisseï, Ienisseï amalgamant
Charrie, puissant, mon voyage et ma vie
Emporte, courant, à la mer tous mes ans
(n'en retiens aucun, je t'en prie)
{{<image float="center" width="20em" frame="true" caption="Amour, autres fleuves en typo" src="images/Amour_autres_fleuves.jpg">}}

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title: Aurole Oradour mon amour
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Aurole Oradour mon amour
dont l'église soupire tes cendres
tonnent tant les canons lourds
que la guerre glane l'ambre
Aurole Oradour mon amour
toi qui fit si belle couchée
au soldat tendu des labours
dont ignore la rose siestée
{{<image float="center" width="20em" frame="true" caption="Aurole Oradour en typo" src="images/Aurole_Oradour.jpg">}}

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title: Cicatrices
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Il marche. Il est fier
Sa cicatrice, il ne la voit pas encore
Elle va venir, il la prépare
de par
De par son arrogance, Abel Gance
Et son rictus, Picpus
De par son arrogance, Abel Gance
Et sa démarche, Grande Arche
Cicatrice, Béatrice, Bérénice
Cicatrice, Pénélope, interlope
Cicatrice
Viens, je t'aimerai, je te causerai, je t'embrasserai
On se connaitra mais cicatrice !
Ta pisserie ne s'ra-t-elle donc jamais finie ?
Sa cicatrice est visible, on ne voit d'ailleurs qu'elle
Elle partage son visage en lignes dures, inhabituelles
Comme c'est drôle que chaque vers en emboîte un autre
Comme deux amants, Marguerite
Ah quelle décadence, Abel Gance
Ah quel beau vers, Vauvert
Comme deux amants, maman, est-ce bien moral, Caporal ?
Cicatrice, Béatrice, Bérénice
Cicatrice, Pénélope, interlope
Cicatrice
Viens, je t'aimerai, je te causerai, je t'embrasserai
On se connaitra mais cicatrice !
Ta pisserie ne s'ra-t-elle donc jamais finie ?
Dans la glace, ton baiser m'embarrasse
Dans tous mes gestes, ta trace me strass
Dans ma glace.... Dans mes draps.... Dans mes gestes, je me vois avec
Mon arrogance, Abel Gance
Et son rictus, Picpus
Ma décadence, Abel Gance
Et ma démarche, Grande Arche

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title: La femme qui boit
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La femme qui boit
qui boit son rouge à ses lèvres
elle lève son verre, lève son verre à soi...
et à celui qu'elle déçoit
La femme qui boit
en marchant elle boite, en musique
elle claudique et elle claque et elle blesse à ravir
elle renonce à séduire
Mais est-ce victoire ou défaite
quand, défaite, elle se tient
debout ?
La femme qui boit et a bu abuse
abuse et balbutie tout bas
et raye, et raye ses bas de bal
Et voix éraillée
et la femme a bu
et la femme aboit et la femme à boire
la la la la triste à voir
Mais est-ce défaite
quand, défaite, elle se tient
à bout ?
La femme qui boit et outrancière abuse
du rouge à ses yeux et rougeoient ses yeux
yeux verts de gris qui dégrisent
Celui pourtant qu'elle grise
quand, défaite, elle se tient
debout

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title: La maison rose
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La maison rose est rose et elle provoque la mer
De ses roses la maison fière, toise les cousines, la maison si rose
La maison rose est close et ses persiennes sont fermées
font injure aux marées, ignore les embruns et les va-et-vient des hommes
Tes filles sont des vagues offertes aux poses, maison rose
Et qui jamais ne reposent, elles écrivent la prose de la vie en rose
Ose, maison close, les nuits noyées dans le champagne rose
Ose maison rose
Ceci est la mer
Ose maison close
Mais celles-ci sont tes roses écloses
J'ai dû apprendre la prose de la maison rose
La maison rose outrageusement close
Accueille les vies, dédaigne le mou et laisse les morts
N'enfante rien sinon l'oubli des marées de la mer
Sinon l'oubli des jours amers
Ose maison rose
Ceci est la mer
Ose maison close
Mais celles-ci sont tes roses écloses
J'ai dû apprendre la prose de la maison rose

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title: "Seuls sont tes pas"
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Seuls sont tes pas qui comptent ceux effacés par la pluie.
Nos Iliades sont tissées mais restent à défaire.
Sois le Sysiphe, va t'étendre entre mille batailles.
Sois l'ermite et le musicien, sois l'homme. Tu es le mort.
Ainsi va, Louise, va sans te pardonner et couche-toi entre ces corps en sueurs.
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title: En quête d'improbable
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En quête d'improbable, je suis allée sur les sables
Vague, vague, quand me rendras-tu mon marin ?
À peine marié, il est parti, aux heures de l'aube
Sans doute est-il rentré un soir chez nous
Mais est-il pour lui un sol plus ferme que la mer ?
Vague, vague, quand me rendras-tu mon marin ?
En quête d'improbable, je suis allée sur les sables
Mes bras sont semblables à ceux de la jetée, ils sont ouverts sur le large
Ils offrent la paix, la quiétude et le regret de la mer
Je ne maudis pas, je ne maudirais pas l'océan et ce large qui appelle
Je n'écoute que le ressac mélancolique sur le sable et mon ventre
Vague, vague, quand me rendras-tu mon marin ?
En quête d'improbable, je suis allée sur les sables
Je suis la baie qui attend la marée, je suis l'amoureuse
Ne désire que lui et la nuit tombé

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title: À l'intérieur d'une sphère
date: 1994-05-19
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>Rennes, 19 mai 1994
>à mon ami Loisif,
>Pierre Louise.
À l'intérieur d'une sphère
À l'intérieur d'une sphère
D'une bulle sans nom
qui s'en va éclater sans honte
dans le haut d'un œuf oblong
Qui flotte sans raison à l'intérieur d'une vasque
Œuf, ballotté par les remous d'un liquide amniotique
qui tremble au vent des mondes
Et des planètes qui tournent autour
au sein d'une vaste boule qui révolutionne
l'histoire et circonscrit l'À-venir et tourbillonne
aux entours d'un espace qui éclate
Un homme se tient
Un homme se tient les mains plaquées
Au rien qui l'entoure et tourne en rond tout autour
et ce vide qui l'enserre, Quel est-il
qui l'empêche d'aller, d'aller par ces rondeurs
À l'encontre, à l'encontre de tout continué
qui l'enserre, Et de ces heures
qu'il voit rouler et lentement tourner aux abords de lui
Quelles sont-elles ? Il se tient et regarde.
Il regarde un homme qui se tient les pieds ferrés
dans une bulle de gaz qui tournoie, l'homme qui souhaiterait
Peut-être, certainement, s'il le pouvait
venir à sa rencontre et marcher, marcher sur
ces effervescences qu'ils ne comprennent pas.
Alors la main amicale dans la main amicale
Ce serait le percement de ces outres
et le vin enfin là. Ce serait l'éclatement
de ces éclats du rien général qui sont à devenir
Fragments
Débris de fragments même
Puis éclats de débris, des morceaux d'éclats
de brisures en fêlures puis
En cassures enfin,
en cassures
du tout
pour que la violence du choc
Et les fumées du sens
afin que l'insoutenable éther
Et la liberté de la vie
S'envolent à leur heure dans un autre air libre
et la poésie pourrait vivre.
Alors l'homme qui se tient les mains plaquées
et l'homme qui se tient les pieds ferrés
Se débattent encore pour que l'attente succombe
En ce tourbillon bouillonnant de frontières
leurs allées et venues dans ce vide écrivent
la mélopée prisonnière mais des pieds et des mains, s'aiment
ainsi plus encore que vifs
Pour que demain le jour glorieux.

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title: Madame
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Je veux t'écrire un poème -- je t'aime, je t'aime
Et trouve là quelques rimes -- je t'ime, je t'ime
Est-ce que cela suffit ? -- je fis, je fis
Beaucoup de bêtises -- bises, bises, bises
Et te demande pardon -- ding, ding, dong
Et te demande pardon
car tu sais que
J'ai pleuré quelques larmes -- madame, madame
Et te cries bien fort -- t'as tort, t'as tort
J'ai voulu t'écrire un poème -- je t'aime, je t'aime
Ai trouvé là quelques rimes -- je t'ime, je t'ime
Est-ce que cela suffit ? -- tu fis, tu fis
Beaucoup de bêtises -- bises, bises, bises
J'ai pleuré quelques larmes -- madame, madame
Et te cries bien fort -- t'as tort, t'as tort
Car je te dis que
Ne soyons amants -- les ans, les ans
Passent et ne reviennent jamais
Je t'ai, je t'ai, je t'ai -- aimé