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title: Amour, autres fleuves
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Volgas, Volgas trop joyeuses
Mékongs aux flots jaunes
Distants Yang-Tsé-Kiang
Noires Mozambiques
Que trop d'années me séparent de vous, exotiques
Vous, saints Nazaire, veillez sur nous, pauvres estuaires
Lacs Victoria, pauvres égards, Rhin industriel
Nançon, Nançon maintenant
Nançon qui mit le Mont
Amours, autres fleuves qui coulez en ma triste mémoire
Dniepr, Dniepr, imprononçables crues
Eaux qui bercez ma triste plume
Eaux qui charriez mes tristes heures
Vous suivez la courbure de la Terre
Vous, Nigers fiers
Abel Gange, Abel Gange, mes larges méandres sont pour vous souvenirs
Vos sources, vos deltas, je n'en veux retenir
ni vos Camargues heureuses, ni vos estuaires boueuses
Mais Danubes, Danubes, vos crues impétueuses
Ô, Ienisseï, Ienisseï amalgamant
Charrie, puissant, mon voyage et ma vie
Emporte, courant, à la mer tous mes ans
(n'en retiens aucun, je t'en prie)
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title: Aurole Oradour mon amour
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Aurole Oradour mon amour
dont l'église soupire tes cendres
tonnent tant les canons lourds
que la guerre glane l'ambre
Aurole Oradour mon amour
toi qui fit si belle couchée
au soldat tendu des labours
dont ignore la rose siestée
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title: Cicatrices
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Il marche. Il est fier
Sa cicatrice, il ne la voit pas encore
Elle va venir, il la prépare
de par
De par son arrogance, Abel Gance
Et son rictus, Picpus
De par son arrogance, Abel Gance
Et sa démarche, Grande Arche
Cicatrice, Béatrice, Bérénice
Cicatrice, Pénélope, interlope
Cicatrice
Viens, je t'aimerai, je te causerai, je t'embrasserai
On se connaitra mais cicatrice !
Ta pisserie ne s'ra-t-elle donc jamais finie ?
Sa cicatrice est visible, on ne voit d'ailleurs qu'elle
Elle partage son visage en lignes dures, inhabituelles
Comme c'est drôle que chaque vers en emboîte un autre
Comme deux amants, Marguerite
Ah quelle décadence, Abel Gance
Ah quel beau vers, Vauvert
Comme deux amants, maman, est-ce bien moral, Caporal ?
Cicatrice, Béatrice, Bérénice
Cicatrice, Pénélope, interlope
Cicatrice
Viens, je t'aimerai, je te causerai, je t'embrasserai
On se connaitra mais cicatrice !
Ta pisserie ne s'ra-t-elle donc jamais finie ?
Dans la glace, ton baiser m'embarrasse
Dans tous mes gestes, ta trace me strass
Dans ma glace.... Dans mes draps.... Dans mes gestes, je me vois avec
Mon arrogance, Abel Gance
Et son rictus, Picpus
Ma décadence, Abel Gance
Et ma démarche, Grande Arche

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title: La femme qui boit
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La femme qui boit
qui boit son rouge à ses lèvres
elle lève son verre, lève son verre à soi...
et à celui qu'elle déçoit
La femme qui boit
en marchant elle boite, en musique
elle claudique et elle claque et elle blesse à ravir
elle renonce à séduire
Mais est-ce victoire ou défaite
quand, défaite, elle se tient
debout ?
La femme qui boit et a bu abuse
abuse et balbutie tout bas
et raye, et raye ses bas de bal
Et voix éraillée
et la femme a bu
et la femme aboit et la femme à boire
la la la la triste à voir
Mais est-ce défaite
quand, défaite, elle se tient
à bout ?
La femme qui boit et outrancière abuse
du rouge à ses yeux et rougeoient ses yeux
yeux verts de gris qui dégrisent
Celui pourtant qu'elle grise
quand, défaite, elle se tient
debout

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title: La maison rose
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La maison rose est rose et elle provoque la mer
De ses roses la maison fière, toise les cousines, la maison si rose
La maison rose est close et ses persiennes sont fermées
font injure aux marées, ignore les embruns et les va-et-vient des hommes
Tes filles sont des vagues offertes aux poses, maison rose
Et qui jamais ne reposent, elles écrivent la prose de la vie en rose
Ose, maison close, les nuits noyées dans le champagne rose
Ose maison rose
Ceci est la mer
Ose maison close
Mais celles-ci sont tes roses écloses
J'ai dû apprendre la prose de la maison rose
La maison rose outrageusement close
Accueille les vies, dédaigne le mou et laisse les morts
N'enfante rien sinon l'oubli des marées de la mer
Sinon l'oubli des jours amers
Ose maison rose
Ceci est la mer
Ose maison close
Mais celles-ci sont tes roses écloses
J'ai dû apprendre la prose de la maison rose

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title: "Seuls sont tes pas"
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Seuls sont tes pas qui comptent ceux effacés par la pluie.
Nos Iliades sont tissées mais restent à défaire.
Sois le Sysiphe, va t'étendre entre mille batailles.
Sois l'ermite et le musicien, sois l'homme. Tu es le mort.
Ainsi va, Louise, va sans te pardonner et couche-toi entre ces corps en sueurs.
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title: En quête d'improbable
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En quête d'improbable, je suis allée sur les sables
Vague, vague, quand me rendras-tu mon marin ?
À peine marié, il est parti, aux heures de l'aube
Sans doute est-il rentré un soir chez nous
Mais est-il pour lui un sol plus ferme que la mer ?
Vague, vague, quand me rendras-tu mon marin ?
En quête d'improbable, je suis allée sur les sables
Mes bras sont semblables à ceux de la jetée, ils sont ouverts sur le large
Ils offrent la paix, la quiétude et le regret de la mer
Je ne maudis pas, je ne maudirais pas l'océan et ce large qui appelle
Je n'écoute que le ressac mélancolique sur le sable et mon ventre
Vague, vague, quand me rendras-tu mon marin ?
En quête d'improbable, je suis allée sur les sables
Je suis la baie qui attend la marée, je suis l'amoureuse
Ne désire que lui et la nuit tombé

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title: À l'intérieur d'une sphère
date: 1994-05-19
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>Rennes, 19 mai 1994
>à mon ami Loisif,
>Pierre Louise.
À l'intérieur d'une sphère
À l'intérieur d'une sphère
D'une bulle sans nom
qui s'en va éclater sans honte
dans le haut d'un œuf oblong
Qui flotte sans raison à l'intérieur d'une vasque
Œuf, ballotté par les remous d'un liquide amniotique
qui tremble au vent des mondes
Et des planètes qui tournent autour
au sein d'une vaste boule qui révolutionne
l'histoire et circonscrit l'À-venir et tourbillonne
aux entours d'un espace qui éclate
Un homme se tient
Un homme se tient les mains plaquées
Au rien qui l'entoure et tourne en rond tout autour
et ce vide qui l'enserre, Quel est-il
qui l'empêche d'aller, d'aller par ces rondeurs
À l'encontre, à l'encontre de tout continué
qui l'enserre, Et de ces heures
qu'il voit rouler et lentement tourner aux abords de lui
Quelles sont-elles ? Il se tient et regarde.
Il regarde un homme qui se tient les pieds ferrés
dans une bulle de gaz qui tournoie, l'homme qui souhaiterait
Peut-être, certainement, s'il le pouvait
venir à sa rencontre et marcher, marcher sur
ces effervescences qu'ils ne comprennent pas.
Alors la main amicale dans la main amicale
Ce serait le percement de ces outres
et le vin enfin là. Ce serait l'éclatement
de ces éclats du rien général qui sont à devenir
Fragments
Débris de fragments même
Puis éclats de débris, des morceaux d'éclats
de brisures en fêlures puis
En cassures enfin,
en cassures
du tout
pour que la violence du choc
Et les fumées du sens
afin que l'insoutenable éther
Et la liberté de la vie
S'envolent à leur heure dans un autre air libre
et la poésie pourrait vivre.
Alors l'homme qui se tient les mains plaquées
et l'homme qui se tient les pieds ferrés
Se débattent encore pour que l'attente succombe
En ce tourbillon bouillonnant de frontières
leurs allées et venues dans ce vide écrivent
la mélopée prisonnière mais des pieds et des mains, s'aiment
ainsi plus encore que vifs
Pour que demain le jour glorieux.

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title: Madame
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Je veux t'écrire un poème -- je t'aime, je t'aime
Et trouve là quelques rimes -- je t'ime, je t'ime
Est-ce que cela suffit ? -- je fis, je fis
Beaucoup de bêtises -- bises, bises, bises
Et te demande pardon -- ding, ding, dong
Et te demande pardon
car tu sais que
J'ai pleuré quelques larmes -- madame, madame
Et te cries bien fort -- t'as tort, t'as tort
J'ai voulu t'écrire un poème -- je t'aime, je t'aime
Ai trouvé là quelques rimes -- je t'ime, je t'ime
Est-ce que cela suffit ? -- tu fis, tu fis
Beaucoup de bêtises -- bises, bises, bises
J'ai pleuré quelques larmes -- madame, madame
Et te cries bien fort -- t'as tort, t'as tort
Car je te dis que
Ne soyons amants -- les ans, les ans
Passent et ne reviennent jamais
Je t'ai, je t'ai, je t'ai -- aimé