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title: Janis Trouvé
date: 2025-11-21
keywords:
- Nanowrimo
- Janis
- relu
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« Braderie à Saint-Anne-la-Forêt, 2004 », une photo prise par Julie Trouvé de son petit ami d'alors, qui prend un peu la pose, déhanché, une main au creux des reins, une jambe en avant comme dans une fente de patinage artistique. Derrière un étal, avec une chemise à rayures et à pattes, ses cheveux envahissant le front et un jean sans style, se tient Janis, alors un garçon de dix ans. Il a des cheveux raides et mi longs. Le soleil lui fait plisser les yeux mais il est évident également qu'il regarde la fille, celle qui est au premier plan de la photo : elle a la jambe lancée en avant pour désigner de la tennis un objet posé par terre devant elle, une manière d'en demander le prix. Tandis qu'elle fait cela, son bras droit reste le long de corps, son poing refermé sur une cigarette en-dessous d'un fin bracelet. Ses bras sont nus, son chemisier est serré à l'arrière par deux cordons qui pendent à l'air libre jusqu'au niveau des genoux. On ne voit pas son visage caché par ses cheveux qui tombent en avant -- Janis voit ce visage, lui. Et il est happé par la désinvolture de la jeune fille.
Janis m'indique que cette nana était Valérie, une copine de Julie dont il était amoureux. Il m'a montré la photo car il la garde encore avec lui dans sa chambre d'étudiant. Nous sommes à Blois, Janis étudie en licence de droit mais Janis reste attaché à son enfance à Sainte-Anne-la-Forêt près de Vendôme. C'est le Perche, la Beauce, la Gâtine tourangelle. Un village de 1 000 habitants qui touche Villerable et Crucheray, son bar-concert-alimentation, les Deux Pintes. L'une des pintes est en argent et l'autre en cuivre, on expliquait autrefois que les riches et les pauvres peuvent boire et manger aux Deux Pintes, mais pas les très pauvres. L'idée de richesse a disparu mais pas l'estime de soi et l'attachement au sol.
Il y a tout de même aujourd'hui quelques fermes proprettes. Et même des *lieux* où viennent des néo-ruraux de toutes parts, français et étrangers, italiens et espagnols notamment, puis iraniens et kosovars. Quand Janis y est né, en 1994, Sainte-Anne-la-Forêt nétait déjà plus un décor historique, sauf la place du village sur laquelle sépanouissait un magnifique tilleul. Magnifique tilleul qu'ont vu grandir Louis-Marie d'Aunis et sa femme Mercedes lorsqu'il sont arrivés, eux, en 1965. Ils se sont mariés à la petite mairie, il n'y avait pas foule car ils étaient des étrangers, alors. Les parents de Janis, Nathalie et Pierre Trouvé, tous deux natifs de Sainte-Anne ont hérité de la maison, l'ancienne poste.
Je suis passé à Saint-Anne pour mon enquête et j'ai bien sûr vu les lieux et cette belle maison des Postes, à colombages. Je devine combien Janis y a pu trouver un endroit heureux pour sa jeunesse. Il me la raconte, et l'histoire de ses parents, et de ses grands-parents. Je ne reprends pas ces propos ici bien évidemment : vous connaissez mieux que personne, madame Mercedes, ces temps et ces lieux.
Janis sest décidé tôt cependant à mener une vie citadine et internationale. Il compte plus tard mettre ses études juridiques au service de causes autochtones. Il a appris sérieusement l'espagnol, il envisage Séville ou l'Amérique latine. L'*Histoire des deux Indes* et toutes ses polémiques, par exemple, l'a beaucoup marqué. Il s'est donc intéressé aux royautés de Charles III et Ferdinand II. Janis collectionne aussi les lectures sur la Guerre civile. Il sait qu'une vague grande tante était espagnole et adolescente en 1936, mais on ne lui a pas dit beaucoup plus. (*Dire que je suis le missionnaire de cette « vague grande tante », sa propre grand-mère !* )
Janis n'a pas d'amoureuse, me dit-il. « Je suis du genre transi. », comme dans « transi d'amour » précise-t-il, c'est qu'il n'est du tout entreprenant sur cet aspect. Il dit qu'il a le temps, ce n'est pas une obsession chez lui. Son but est d'abord de redonner à des communautés ce qu'il a reçu au village en termes de vie sociale et à l'université en termes de savoir.
Mais je n'oublie pas la bibliothèque municipale là-dedans, conclut-il.