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edition.rechampir/content/Récits/Les Petits-enfants de madame Peron/13_journee_particuliere.md

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title: Une journée particulière
date: 2025-11-18
keywords:
- Nanowrimo
- comment
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Le 13 novembre 2015 UN JOUR COMME LES AUTRES
>... oui, mais le soleil va plus vite."
>*Les États-Désunis*, Vladimir Pozner.
*Madame, vous devriez recevoir ce dossier le 12 novembre. Je me suis permis, afin de rendre en quelque sorte visible votre diaspora européenne, d'emprunter à Vladimir Pozner son procédé qui consiste à suivre le soleil éclairer une journée sur un territoire. Lui a décrit ainsi le 21 septembre 1936 au dessus des USA, j'ai choisi ce 13 novembre, pensant qu'ainsi vous pourriez suivre* en simultané *la vie vos petit-enfants.*
6:35, quelque part à la surface au-dessus la noyade de Stéfano Perón, le soleil dessine l'ombre d'une falaise mais fait danser déjà au large le dos des remous de la Méditerranée. Laissant dans l'ombre cette tombe maritime, le soleil jaillit sur l'Adriatique quelques minutes plus tard et colore Bari en Italie à 6:37. Comme Achille Matei habite au 5e étage, il le voit largement avant sa logeuse qui est au rez-de-chaussée. Ses yeux sont ouverts, il ne pense à rien d'extraordinaire et attend d'être tout à fait réveillé pour se lever quelques minutes plus tard.
Il est 6:44, Achille se lève alors que le soleil éveille Split et Trieste. Son frère Mentor Mattei, lui homme de la nuit, accompagne ses derniers clients.
À 7:09 GMT, le soleil enjambe la Botte et parvient à Pise, caressant la Tour et l'Arno et bientôt la *casa* d'Alessandro. Sept minutes plus tard, soit à 7:16, il commence à éclairer l'eau et les bateaux du port de Gênes. Alessandro respire à plein au bout du ponton, il termine sa gymnastique et s'apprête à aller boire son *cafè* sacramentel.
À 7:25, l'astre s'empare de la rade de Toulon et du gris pâle des navires de combat. Il vient frapper aux volets de Carla qui resteront fermés un bon moment encore, jusqu'à ce qu'elle se réveille. Sa fille se lève et se verse le café préparé hier soir dans du lait froid.
Aux mêmes heures s'éclairent la vallée de la Roya, Saorge et Breil. Ruth s'est levé avec son mari il y a déjà deux heures, le lait coule dans les cuves en inox. Yves-Marie dort encore dans sa chambre décorée de posters et d'affiches.
Sur l'autoroute vers Paris, passé Lyon, Michel Ponti voit le soleil apparaître. Il est parti en avance du camion de déménagement. Il est 7:37. Voilà 6 minutes qu'à Grenoble le soleil a envahi la terrasse une dernière fois -- et la famille se réveille.
Janis, à Blois, a fini son thé matinal. Il endosse son ciré et s'apprête à partir en vélo à la fac. Il a lu tard hier soir le dernier rapport sur les manifestations de Gênes il y a 15 ans.
C'est à 7:55 que le soleil est sur Paris en ce 13 novembre. Je ne sais pas si Aurore dort encore. Je suis réveillé et je songe.
Il est 8:01 et la baie de Bermeo prend la lumière. Peut-être lisez-vous ces mots mêmes, c'est troublant.
Il est bientôt 8:09 et Rennes, sa forêt, ses Horizons, son Colombier et son Alma voient le jour. Julie Besnard a déjà commencé sa journée en sabots blancs. Guillaume court sur le canal, le long des Prairies Saint-Martin.
8:12 à Saint-Malo, Roman dort, Julien passe en vélomoteur en haut du virage de la Briantais pour aller en classe. Il domine l'estuaire de la Rance. Un ferry s'éloigne dans la baie.
Ainsi vivent leur matin, sous un empan de soleil d'une heure et vingt-huit minutes, vos petits-enfants, madame Perón-Fernandez.
Quand il est presque midi à Paris, Mentor se lève rue Dante, Trieste. Julie Besnard a déjà réalisé une dizaine de clichés "Curie", des radiographies du poignet, du genou, des poumons, du bras ou du bassin, ainsi que l'échographie du ventre d'une vieille femme, à l'heure où un accident sur la rocade sud faisait trois blessés et occasionnait d'importants bouchons durant plusieurs heures. À 11 h 45, elle est passée par la salle de pause du cabinet et s'est versé une tasse de café, tirée d'une bouteille isotherme.
Il est midi et elle laisse le café refroidir et entr'ouvre la porte. Elle fume sa cigarette. Elle a bien dormi cette nuit, enfin, cela faisait longtemps. Son mari s'est juste levé très tôt ce matin pour le bébé. Ce sera un peu plus tranquille maintenant, régulier -- elle se trompe peut-être.
Mais déjà il faut reprendre car on vient la chercher. Une des radios est à refaire, on veut vérifier sous un autre angle comme l'os se présente dans l'articulation. Et l'après-midi commence vite ainsi, de patient en patiente.
J'ai écrit cela car Julie Besnard est la plus proche de vos horaires, à Bermeo. Guillaume a lui rejoint le site de La Harpe pour quelques cours, suivis d'entraînements de rugby et d'athlétisme. Il est treize heures et Guillaume parvient enfin dans la salle du restaurant universitaire, après une longue queue.
Moi, je travaille, j'écris. J'archive mes fiches et j'emballe dans des cartons tous les papiers de mon enquête. Aurore a-t-elle mangé ? Son frère s'est-il arrêté à Paris, est-il monté la voir ? Sait-il seulement que sa sœur aînée est à l'hôpital ?
Je ne sais pas. Tout va si vite finalement.
À Toulon, Carla sort de l'ascenseur et part au cinéma. Ce midi, elle a mangé avec Juliet. Puis, elle a fait quelques courriers administratifs, dont une lettre de demande d'inscription à l'émigration au Québec.
Au fond de la mer Ligérienne, Alessandro s'extrait de la cale d'un yacht qu'il vient de faire visiter, sous la pluie, à un couple de retraités anglais. Il propose d'en voir un autre, amarré celui-ci trois pontons plus loin.
Achille a fini la classe et monte l'escalier vers les fiches des figures culturelles yougoslaves ou pas sous Tito qu'il veut finir de rédiger ce soir. Sa femme est partie quelques jours dans sa famille, avant qu'elle soit limitée dans ses déplacements. Il se cuisine vite les restes et se met à travailler, à consulter, à rédiger et à classer. Ce n'est pas encore le temps de *distinguer*, il faudra pour cela élaborer soigneusement des critères. Il s'agit pour lui, comme d'habitude, de suspendre son jugement pour le moment, et de formuler le plus tard possible -- jamais serait l'idéal qu'il craint ne pas atteindre.
Il est 17:49, le soleil vient de se coucher à Bermeo.
Michel arrive en Bretagne. Au Palace à Toulon, Carla feuillette assise sur une chaise haute. Les séances sont toutes en cours.
Ruth mange tôt pour être à l'heure au conseil municipal. Elle va descendre la petite rue avec ses marches à la lumière de la sa lampe de poche. Yves-Marie conclut un cours de sonorisation avec des ados. Il va ensuite en réunion.
À 20 h, Julie Besnard et son mari s'assoient sur leur canapé. Louna est dans son landau et la *Lettre à Élise* s'égrenne mécaniquement dans le silence de la chambre. Son mari prend Julie dans ses bras, elle s'y blottit et bientôt laisse trainer ses mains. Ils ont une petite fenêtre de temps, peut-être. Sous peu, il soupire. Bientôt ils s'allongent.
De retour vers Pise, Alessandro pense qu'il ira dans un de ses lieux, une *trattoria* qui sert l'*osso buco* avec son magnifique parmesan. Il ira seul avec un copain. Ils joueront deux ou trois coups de poker. Son cousin Mentor Mattei avale son premier *white russian* de la nuit en topant-là avec un fournisseur de spectacle monténégrin.
La journée de ce 13 novembre sera passée : ainsi est-ce comme cela que vos petits-enfants vivent, madame Pérón Fernandez.